Nicole-Marie Iresh, directrice de Township Patterns raconte le parcours très personnel qui l’a menée à fonder cette entreprise sociale. Elle forme des couturières sud-africaines à s’auto-gérer en coopératives. Elle veut s’appuyer sur la Coupe du Monde de Football pour montrer au monde entier des créations très design. Interview.
Retour à Batroun, là où a commencé notre voyage au Liban. Rendez-vous avec Rana-Marie. Du haut de ses 13 ans, elle a déjà un regard très affûté sur la France, le pays de son père – notre fameux Luc Balbont, journaliste à Pèlerin – et sur le Liban, la patrie de sa mère. Certes, le pays de Molière est réputé pour sa culture, ses parcs d’attractions, mais les gens paraissent bien solitaires aux yeux de Rana-Marie tandis qu’au Liban, où il est possible de profiter du soleil en bord de mer l’été et de dévaler à skis les pentes des montagnes enneigées l’hiver, tout le monde est généreux, gentil et accueillant. La famille compte aussi beaucoup pour les Libanais. « Nous vivons mieux que les Français. Nous savons vivre. » Le témoignage de Rana-Marie résume parfaitement ce que son père a pu constater tout au long de son périple. Il n’y avait pas meilleure façon de conclure notre série libanaise.
Au nord de Beyrouth, la cité de Bkerqué est un symbole de foi, de combativité, de volonté pour les chrétiens d’Orient, en particulier pour les maronites . Ce lieu n’est pas inconnu pour Luc Balbont. C’est même pèlerinage pour notre reporter. En effet, il s’y est rendu à plusieurs reprises pour rencontrer le patriarche Boutros Nasrallah Sfeir. Ce 16 mars, cette grande figure du christianisme d’Orient lui a accordé une interview exclusive. Un entretien d’autant plus intéressant qu’il annonce les grands enjeux qui seront à l’ordre du jour lors du synode consacré à l’Église au Proche-Orient, en octobre. À écouter et à méditer :
Le patriarche Boutros Nasrallah Sfeir est né en 1920. Il est le patriarche de tous les maronites d’Orient depuis 1986. Il a été nommé cardinal par Jean-Paul ll, en 1994.
L’Église maronite est une Église autocéphale de rite orientale syriaque. Elle est née en Syrie au IVe siècle, fondée par l’ermite Maron. Elle compte aujourd’hui environ 1,2 million de fidèles, dont plus de 900 000 au Liban. Elle a toujours été fidèle à Rome, ce qui lui a valu d’être persécutée par les Syriaques (des orthodoxes appelés encore Syriens ou Jacobites). En 694 pour fuir les persécutions dont ils étaient victimes, les Maronites ont quitté la Syrie pour s’installer dans les montagnes libanaises du nord.
Reconnus et ayant largement participé a l’édification du Liban indépendant, les maronites ont établi leur patriarcat à Bkerqué, au nord de Beyrouth (voir carte). Depuis l’indépendance du Liban (1943), le président libanais est toujours maronite comme le veut la constitution du pays.
Du 10 au 24 octobre, le pape Benoît XVI convoquera un synode sur l’Église au Proche-Orient, répondant ainsi aux attentes des catholiques orientaux, inquiets, entre autres, de la montée du fondamentalisme musulman. Patriarche maronite depuis 1986 (une Église orientale rattachée à Rome), Mgr Sfeir, qui participera à cette assemblée, a reçu Pèlerin dans son patriarcat de Bkerké (ou Bkerqué), au nord de Beyrouth, pour confier ce qu’il attendait de ce rendez-vous.
Pourquoi les responsables des Églises catholiques d’Orient ont-elles appelé le pape à réunir ce synode, une première au Proche-Orient ?
Les guerres en Irak, en Palestine, la dégradation des conditions de vie et cette crise qui frappe encore plus durement nos régions provoquent une émigration massive des chrétiens. À cette perte humaine, s’ajoute la montée du fondamentalisme musulman qui se développe depuis les années 1980. Un danger qui menace tous les chrétiens d’Orient
Même au Liban ?
Les chrétiens libanais sont encore nombreux (40 % environ de le population), et ils possèdent encore du pouvoir, contrairement à ceux des pays voisins, mais ils ne vivent plus aussi sereinement que dans les années 1970. Ils sont désunis, tiraillés entre le pouvoir et l’opposition. Et les immixtions des puissances étrangères (occidentales, syriennes, iraniennes, saoudiennes) dans la politique libanaise les fragilisent davantage.
Direction Beyrouth. Dans la capitale libanaise, Luc Balbont a croisé le chemin de Vladimir. Vladimir ? Drôle de prénom pour un Libanais, non ? Luc, il faut que tu nous expliques comment tu as rencontré Vladimir Moufarrej, 38 ans, 100 % Libanais, qui court les salles obscures à défaut d’être sur les plateaux de cinéma. Vladimir rêvait de devenir metteur en scène mais ça ne faisait pas très sérieux comme vocation. Et comme Vladimir est un garçon « bien comme il faut », il a suivi les conseils de ses parents et a embrassé une carrière dans la banque. Cela ne l’empêche pas de s’intéresser de très près à la vie culturelle de Beyrouth. Il paraît même que c’est le centre du monde ! Ici, tout se rejoint, les cultures arabe, européenne, américaine…
Écoutez Vladimir, un employé de banque fou de cinéma :
Allô, Luc ? Pourquoi es-tu allé voir un dentiste à Tripoli ? Tu dois te faire soigner une carie ? Tu souffres d’un abcès ? Quoi, tu n’as rien. Alors, pourquoi as-tu suivi Mahmoud El Charbaji, qui exerce ce « beau » métier de dentiste ? Parce qu’il a des choses à dire sur sa ville !
Et qu’est-ce qu’il a bien pu te raconter ? Quoi, il paraît que Tripoli a une mauvaise réputation ? Dans le reste du Liban, on dit que cette ville du nord du pays est un repère pour les fondamentalistes musulmans, que les filles sont voilées… Bref, qu’il ne fait pas bon de s’y promener quand on est un Occidental ni un chrétien libanais d’ailleurs.
C’est faux tout ce que l’on raconte ? Pour Mahmoud, Tripoli est une ville solidaire qui souffre d’une mauvaise réputation, parce que ses habitants sont à 80 % des musulmans de confession sunnite. Mais le vrai problème, selon notre dentiste, ce n’est pas la religion, mais la pauvreté.
Bon, dis moi Luc, ça tient toujours notre prochain rendez-vous, le 15 mars à Beyrouth ? Oui ! Alors, je te souhaite un bon week-end. En France, dimanche, c’est jour de vote : le premier tour des élections régionales. Et pour ceux qui auraient oublié, retrouvez notre article sur pelerin.info.
Ecoutez la troisième chronique audio de Luc Balbont au Liban : « Mahmoud, un dentiste fervent défenseur de sa ville ».
Estelle Couvercelle
Luc Balbont a mal commencé sa journée. La municipalité de Byblos lui a posé un lapin. Mais ce n’est pas un homme à se démonter. Aujourd’hui, notre reporter a eu du nez… en poussant la porte d’une pâtisserie.
N’allez pas me demander ce qui l’a amené à rencontrer Elvire El Khouri, la patronne du lieu. Cette Libanaise francophone et francophile va-t-elle livrer à Luc ses recettes secrètes de beignets ou de gâteaux orientaux ? Hé bien non ! Notre pâtissière préférera parler de son amour du pays, de l’absence de son fils, parti travailler dans un restaurant en France.
Elle sera également intarissable sur l’art de vivre à la libanaise, malheureusement quelque peu terni par les menaces du Hezbollah.
- Ecoutez la deuxième chronique de Luc Balbont au Liban : « Elvire El Khouri, une pâtissière francophone et francophile »
Au fait, la liaison téléphonique est meilleure aujourd’hui ! Croisons les doigts pour avoir la même qualité de son pour le prochain rendez-vous le 12 mars, à Tripoli.
Estelle Couvercelle
Aujourd’hui, Luc se balade à Batroun en compagnie de Sami El Khabbaz, bientôt 60 ans et retraité malgré lui… Mais, c’est un retraité heureux finalement qu’a rencontré Luc Balbont.
Du petit théâtre romain au port phénicien, notre reporter a suivi ce catholique libanais dans les ruelles de cette petite ville nichée sur les rives de la Méditerranée. Bref, un petit coin de paradis peu connu des circuits touristiques. Une visite savoureuse ponctuée par les souvenirs d’enfance de Sami.
Pour cette première virée sonore, le son laisse à désirer. Ah les communications sur téléphone portable ne valent pas la qualité du fixe ! Allez, on va essayer d’y remédier la prochaine fois. Rendez-vous le 10 mars à Byblos.
Ecoutez la première chronique audio de Luc Balbont au Liban : « Sami, un retraité heureux à Batroun ».
Estelle Couvercelle
Luc Balbont, journaliste à Pèlerin, part au Liban quelques semaines pour rejoindre sa femme et sa fille, qui vivent au nord du pays, à Batroun exactement.
Ce spécialiste du monde arabe, auteur de plusieurs ouvrages sur les régions du Maghreb et du Proche-Orient, vous livre une part de lui-même dans un exercice bien connu des lecteurs de Pèlerin, à savoir le « Confessionnal ».
Et ce avant de le retrouver sur le Blog des reporters pour son journal de Liban. Le rendez-vous en ligne est fixé à partir du 9 mars 2010 !
Estelle Couvercelle
Samuel Lieven, de retour d’Haïti, fait le point sur la situation du pays après le séisme qui l’a dévasté le mardi 12 janvier 2010 :
Jeudi 21 janvier
6h – Lever après une nuit pleine d’appréhensions : tremblera, tremblera pas ?
10 h – Après deux heures de pied de grue pour savoir si une équipe de Catholic Relief Service, l’équivalent américain du Secours catholique, accepte de nous embarquer pour une distribution de nourriture à l’extérieur de Port-au Prince, nous décidons de retourner comme hier à l’hôpital à ciel ouvert près de la cathédrale.
Toujours les malades silencieux, les cris de ceux qu’on opère, l’odeur des désinfectants. Et, de plus en plus tenace, celle des morts sous les décombres environnants. On amène à la hâte un jeune homme blessé par balle à la tête. Des affrontements entre jeunes ? La police ? Les versions divergent. La civière est posée à même le sol, devant l’entrée. Les équipes s’activent pour l’oxygéner. Un médecin nous fait comprendre qu’il ne s’en sortira pas.
Port-au-Prince, mercredi 20 janvier
6 heures du matin. Pour mon premier matin à Haïti une semaine après le tremblement de terre, une réplique de 5 à 6 sur l’échelle de Richter me sort du sommeil. Entassés à trois dans la petite chambre que nous partageons avec Jacques Duffaut, « l’envoyé spécial » du Secours catholique, nous dévalons aussitôt les escaliers avec les humanitaires de toutes nationalités qui ont également trouvé refuge dans les locaux de Caritas Haïti. Dans la cour, nous retrouvons ceux qui dormaient sous la tente. Tout le monde a peur, mais comment en parler ?
9 heures. Après deux heures à faire le pied de grue en attendant de suivre en ville une équipe Caritas, des volontaires Mexicains nous emmènent dans le quartier de la cathédrale, l’un des plus touchés. Désolation. Les gens circulent dans les rues à la recherche d’eau, de nourriture, de tout… Pourtant, les conversations s’engagent facilement. Dans l’hôpital à ciel ouvert aménagé près de la cathédrale, les chirurgiens mexicains, cubains et sud-africains soignent à la chaîne et livrent bataille contre la gangrène par 30° à l’ombre. « C’est la guerre », résume l’un d’eux.
(Lire la suite…)
6h30 – Réveil à Santo Domingo, capitale de la République Dominicaine où j’ai atterri, la veille, avec le photographe reporter Jean-Michel Delage. Notre seule préoccupation : être à Port-au-Prince (Haïti) avant la nuit. Pas une mince affaire par les temps qui courent.
A l’autre bout – 200 km à peine – de la petite île où Christophe Colomb posa le pied il y a 518 ans, on n’a rien ressenti du séisme qui a dévasté Haïti. D’ailleurs, la frontière est hermétique. Côté est, la République Dominicaine est le royaume du tourisme et de la canne à sucre. On est loin de l’opulence, mais la croissance de l’industrie hôtelière sur la côte tranche avec la pauvreté à l’intérieur du pays. Côté ouest, Haïti la déshéritée, la dévastée que nous devons rallier en bus
(Lire la suite…)
Suite à mon blog sur le Liban ( 23 décembre 2008- 15 janvier 2009) et à mes posts sur le dialogue islamo-chrétien (21 septembre-18 octobre 2009), voici les portraits de deux Palestiniens rencontrés récemment lors d’un reportage à Bethléem, ville palestinienne de Cisjordanie. Un homme et une femme, nés sur cette Terre et dans cette ville qui, en dépit du conflit israélo-arabe qui dure depuis 1948, croient « le vivre ensemble » encore possible.
George Saadé, vice-maire de Bethléem
Installé derrière son bureau, au premier étage de la municipalité de Bethléem, sous le portrait de Yasser Arafat (1929-2004), père de la nation palestinienne George Saadé, 48 ans, raconte d’une voix posée et sans pathos l’événement qui a bouleversé sa vie…. Ce 25 mars 2003, il se rend en voiture avec sa femme et ses deux filles au super-marché de la ville. Déclenchée à la fin de l’année 2000, la seconde Intifada (la révolte des Palestiniens) fait rage. Pour la contenir, l’armée israélienne opère des incursions régulières dans les Territoires palestiniens, impose un sévère couvre-feu, érige des barrages. C’est à l’un de ses points de contrôle que le drame se produit. Les soldats juifs confondent la voiture de la famille Saadé avec un véhicule suspect, dans lequel se cachent des activistes islamistes armés. Ils tirent. Christine 12 ans, la plus jeune fille des Saadé est tuée. La famille est marquée à vie. (Lire la suite…)










