Au pied du mur

Samedi, mai 16th, 2009

 

Mercredi 13 mai 2009


Messe à Bethléem. (AFP PHOTO/HO/OSSERVATORE ROMANO)

Messe à Bethléem. (AFP PHOTO/HO/OSSERVATORE ROMANO)

La messe est dite. Tout à l’heure, sur la place de la Mangeoire, à Bethléem, à deux pas de la Basilique de la Nativité bâtie au début du IVe siècle pour commémorer la naissance du Christ, près d’une dizaine de milliers de personnes ont écouté avec attention, malgré la morsure du soleil, l’homélie prononcée par le pape Benoît XVI au septième jour de son pèlerinage en Terre sainte. Ils sont venus de toute la Palestine, de Naplouse, de Djenine, de Beth Zeit et même de la bande de Gaza, pour converger vers ce petit bout de territoire sous contrôle de l’Autorité palestinienne, distant d’à peine 8 km de Jérusalem.

 

Bethléem, ville de l’Incarnation, est sans doute le dernier bastion chrétien de Terre sainte. Ici, se concentrent  près de 44 % de l’ensemble des chrétiens de Palestine. Sur le district, qui inclut les villes de Beth Saour et de Beth Jala, ils sont environ 15 000 pour une population totale de 60 000 habitants à majorité musulmane. Un ratio encore honorable, mais qui baisse dangereusement. Cette lente hémorragie démographique s’explique par le fait que les chrétiens ont, en règle générale, un nombre d’enfants moindre que les musulmans et par l’effet de l’exil massif de la jeunesse. En 1964 déjà, lors de son passage en Terre sainte, le pape Paul VI s’inquiétait du phénomène, redoutant que les lieux saints ne deviennent un jour des musées. Pour l’instant, le pire a été évité. « Chaque dimanche, et cela depuis 1700 ans sans discontinuer, notre communauté célèbre une messe dans l’Eglise de la Nativité. Voilà pourquoi il est tellement important que nous restions ici », explique Kamal Mukurker, 29 ans, catholique de Bethléem.


Comme beaucoup de jeunes gens d’ici, Kamal a lui aussi été tenté d’aller chercher ailleurs une vie meilleure. Il a fait ses études supérieures en Allemagne, où il a décroché un Master, puis il a poursuivi aux Etats-Unis pour se spécialiser dans la gestion et la finance. Comme ses deux frères aînés, il aurait pu s’installer à l’étranger et couler une vie paisible. Mais le petit dernier de la famille Mukurker a accepté de céder à sa mère qui se languissait de lui, et voilà deux mois qu’il est revenu au pays. Un choix qu’il ne regrette pas, mais qui n’a pas été facile à faire. « Ici, il n’y a aucune grande compagnie, la plupart des gens vivant du tourisme et des pèlerins. Pour espérer trouver un travail dans mes cordes, il faudrait aller jusqu’à Ramallah, plus au nord. Ce n’est pas très loin de Bethléem, une trentaine de kilomètres à vol d’oiseau à peine, mais pour y parvenir, il faut des heures et des heures à cause de ce mur qui nous empoisonne la vie », raconte-t-il.

 

Un mur. C’est ce que les Israéliens ont imaginé de mieux pour garantir leur sécurité. Sa construction a démarré en 2002 et les travaux ne sont toujours pas achevés. L’ouvrage se construit tronçon par tronçon, pas toujours raccordés, selon un calendrier qui ne cesse de prendre du retard en raison du coût exorbitant du chantier. Pour l’instant, 70 % environ a été réalisé. A terme, cette barrière infranchissable, sauf à quelques « check points » contrôlés par l’armée israélienne pour permettre le passage d’un monde à l’autre, dessinera une sorte de grande muraille proche-orientale enfermant les Palestiniens dans une sorte de « prison à ciel ouvert » et isolant les Israéliens dans une manière de « ghetto sécuritaire ».

 

L’existence de ce mur est très contestée. Côté israélien, le autorités, et une large partie de l’opinion, y voient un moyen de se protéger contre les incursions terroristes qui se sont multipliées après le déclenchement en 2000 de la seconde Intifida (la rébellion palestinienne), faisant de nombreuses victimes parmi la population civile israélienne. De fait, depuis son édification, il n’y a pratiquement pas eu d’attaques et les citoyens israéliens peuvent de nouveau dormir, sinon sur deux oreilles, au moins sur une. Côté palestinien, ce mur est devenu le symbole de l’oppression qu’ils subissent. Il a détruit des maisons, séparé des familles, isolé des paysans de leur terre, rendu la vie impossible à des milliers de Palestiniens. « Pour le franchir, il faut être muni d’un passe délivré par les autorités israéliennes et subir le bon vouloir des militaires qui font patienter des heures alors qu’il ne s’agit que de parcourir quelques kilomètres pour rejoindre son travail », raconte Kamal. Beaucoup dénoncent aussi le fait que le mur est le moyen pour Israël d’annexer, sans le dire, toujours plus de terre. « En 2004, le Premier ministre de l’époque, Ariel Sharon a fait bâtir une nouvelle colonie, Har Houma, sur une colline juste en face de Bethléem. Au prétexte de protéger les juifs installés là, environ 500 personnes pour la plupart venues de France,  le mur empiète désormais sur 18 % du territoire du district palestinien », poursuit le jeune homme.

adobe creative suite 6 master collection

 

Le mur. Il était au coeur du discours prononcé par Mgr Fouad Twal, patriarche latin de Jérusalem, en ouverture de la messe célébrée sur la place de la Mangeoire par Benoît XVI. « Cette terre où Jésus est né a besoin de paix et de réconciliation, mais notre peuple souffre toujours de l’injustice, de la guerre, de l’occupation et du manque d’espoir pour un avenir meilleur. Et cette paix ne sera pas possible tant que Bethléem sera séparée de Jérusalem car personne ne peut prétendre posséder cette terre pour son propre compte et exclure les autres », a déclaré le patriarche avec véhémence. Ce mur, Benoît XVI n’en parlera  pas directement dans son homélie – sans doute l’une des belles, des plus prophétiques de ce pèlerinage – (lire le texte de l'homélie), mais il l’évoquera sans détours quelques heures plus tard, lors de sa visite au camp de réfugiés de Aïda, à la périphérie de Bethléem (lire le discours). D’ailleurs, comment aurait-il pu faire autrement, puisque ses miradors et ses fers barbelés étaient la toile de fond d’une rencontre diffusée sur les télévisions du monde entier.

 

 

Au camp d'Aïda (AFP PHOTO / ALBERTO PIZZOLI)

Au camp d'Aïda (AFP PHOTO / ALBERTO PIZZOLI)

« Dominant au-dessus de nous qui sommes rassemblés ici cet après-midi, s’érige le mur, rappel incontournable de l’impasse où les relations entre Israéliens et Palestiniens semblent avoir abouti. Dans un monde où les frontières sont de plus en plus ouvertes – pour le commerce, pour les voyages, pour le déplacement des personnes, pour les échanges culturels – il est tragique de voir des murs continuer à être construits. Comme il nous tarde de voir les fruits d’une tâche bien plus difficile, celle de construire la paix ! Comme nous prions constamment pour la fin des hostilités qui sont à l’origine de ce mur ! », lancera ainsi le pape dans son allocution.

 

Des mots qui ont touché droit au cœur Faten Mukurker, la mère de Kamal, qui suivait la cérémonie devant sa télévision. « Lorsque j’ai écouté le pape durant la messe, j’étais heureuse mais aussi un peu désappointée. Car c’est bien joli de me demander de faire la paix avec mon ennemi, mais comment faire si je ne le vois pas dans les yeux ? Comment lui serrer la main si je ne peux pas le toucher ? Maintenant, je suis rassurée. Grâce au pape, le monde entier a pu voir ce que nous subissons. Cela ne changera peut-être pas tout de suite la situation, mais cela contribue à mettre la pression sur Israël. Il faut maintenant que la communauté internationale prenne le relais pour que ce mur de la honte soit abattu », lâche Faten.

 

Il est tard et la nuit tombe tôt sur Bethléem. Il est temps de rentrer sur Jérusalem. Sur la place de la Mangeoire, quelques chauffeurs de taxis attendent le client en profitant de la fraîcheur qui vient avec le crépuscule. Je monte, au hasard, dans un des véhicules. « Pouvez-vous me conduire de l’autre côté du mur ? » demande-je au jeune conducteur. Celui me regarde en souriant. « Jérusalem, cela fait quatre ans que je n’y ai plus mis les pieds. A cause d’ennuis avec la police israélienne, je suis interdit de séjour. Mais je peux vous déposer au pied du mur », m’explique-t-il dans le peu d’anglais qu’il sait.

 

Au bout de la route, le mur. Où qu’on porte le regard, le mur. A droite, à gauche, en levant les yeux, le mur. Et sur son long, un couloir grillagé courant sur une centaine de mètres, qu’il faut bien emprunter malgré une certaine appréhension. On arrive alors à un premier tourniquet. Puis un second gardé par un soldat israélien, en l’occurrence une jeune femme postée dans une guérite. Le tourniquet est bloqué et j’essaye d’attirer son attention en exhibant, à travers les barreaux, mon accréditation de journaliste. Le document, pourtant très officiel, n’a pas l’air de l’émouvoir le moins du monde. De longues minutes s’écoulent. Comment vais-je me sortir de ce guêpier ? Deux Palestiniens me rejoignent. Je leur explique, par gestes, que le passage est bloqué et que la jeune femme dans son poste refuse de m’écouter. A leur tour, les deux Palestiniens l’interpellent en hébreu. Cette fois, la jeune militaire leur répond, mais au ton qu’elle emploie, je comprends qu’il va falloir se montrer patient. Vingt minutes plus tard, le tourniquet se débloque. Pourquoi maintenant ? Mystère. Nous entrons dans un no man’s land militarisée pour rejoindre un vaste bâtiment qui sert de poste de sécurité. Nouveau tourniquet, contrôle des affaires par rayons X, passage obligé sous un portique de sécurité. Au contrôle des papiers, une autre jeune femme militaire me demande ce que je suis allé faire de l’autre côté du mur. « Ecouter le message de Bethléem », ai-je envie de lui répondre. Mais je me tais.

zp8497586rq

Guerre des drapeaux à « Josafat Valley »

Jeudi, mai 14th, 2009

Mardi 12 mai 2009, Jérusalem, Israël

Le pape Benoît XVI glisse un billet contenant une prière dans une fente du Mur des Lamentations. (AFP PHOTO/POOL/RONEN ZVULUN)

Le pape Benoît XVI glisse un billet contenant une prière dans une fente du Mur des Lamentations. (AFP PHOTO/POOL/RONEN ZVULUN)

Après une visite du Dôme du Rocher – le monument qui marque l’ascension du prophète Mahomet aux cieux – sur l’esplanade des mosquées où il a dialogué avec le Grand Mufti de Jérusalem (le discours su pape sur l'esplanade des mosquées. Source La Croix), puis une visite au Mur occidental, plus connu sous le nom du Mur des Lamentations – dernier vestige du temple bâti par le roi Salomon – suivi d’une rencontre avec les deux Grands Rabbins de la cité, Benoît XVI a encore eu le temps, dans la même matinée, de prier le Regina Coeli avec les évêques de Terre sainte dans la salle du Cénacle (lire le discours aux évêques) avant de se rendre à la co-cathédrale des Latins de Jérusalem.

 

Rami Saleh en route pour la célébration présidée par le papeRami Saleh en route pour la célébration présidée par le pape (photo A. d'Abbundo)

L’après-midi, le pape avait donné rendez-vous aux chrétiens de Terre sainte pour célébrer la messe dans la vallée de Josafat, partie nord de la vallée du Cédron, ample dépression qui sépare la colline du Temple des pentes du Mont des Oliviers. Une occasion que Rami Saleh, 33 ans, sa femme Ramia et leur jeune fils Jacques, 6 ans, n’ont pas voulu manquer. La famille Saleh fait partie de ces quelque 150 000 arabes chrétiens qui ont la citoyenneté israélienne. Une citoyenneté tronquée, certes, car ils ne bénéficient pas des mêmes avantages que les citoyens juifs – certains métiers considérés par les autorités israéliennes comme relevant de la sécurité nationale leur sont interdits –, mais une citoyenneté quand même : ils ont le droit de vote et disposent donc d’une représentation nationale de 7 députés, sur 130, à la Knesset, le parlement israélien. Rami et les siens habitent de longue date à Bet Hanina, quartier au nord de la vieille ville de Jérusalem. Pourtant, Rami ne se sent en rien israélien. Sa vraie, sa seule patrie, c’est la Palestine. Recouvrer sa terre et ses droits est son obsession quotidienne, à tel point qu’il a renoncé, il y a quelques années, à un poste relativement confortable de professeur de chimie pour s’engager dans une organisation non gouvernementale qui s’occupe de défense les droits de l’homme. Militant convaincu de la cause palestinienne, Saleh n’a cependant rien d’un enragé. Catholique pratiquant, il s’est toujours refusé à la violence, affirme-t-il. Pour autant, il n’accepte pas que seuls les Palestiniens soient qualifiées de terroristes. « Regardez ce que les Israéliens ont fait à Gaza en décembre et janvier derniers. Des milliers de victimes sous mortes sous leurs bombes : des femmes, des enfants, des familles entières. Qui sont les assassins ? », interroge-t-il. Rami porte un tee-shirt avec l’inscription en anglais « Remain your brain » – Souviens-toi – à la mémoire de ces victimes.

L’Eglise grecque-orthodoxe Saint-Stéphane Le bus dans lequel nous nous sommes rencontrés vient de stopper à proximité du premier poste de contrôle, tout près du Tombeau de la Vierge. Derrière, on aperçoit les bulbes dorés de l’Eglise grecque-orthodoxe Saint-Stéphane (photo A. d'Abbundo) qui resplendissent au soleil et, sur la droite, la tâche verte du Mont des Oliviers où Jésus aimait faire retraite et où il fut arrêté. Un épisode que Rami a longuement médité. « Lorsque Jésus a été conduit devant le grand prêtre Caïphe, un soldat l’a giflé. Alors Jésus lui a demandé : « Si j'ai mal parlé, fais voir ce que j'ai dit de mal ; et si j'ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu?» (Jean 18, 22-23). Pourquoi les policiers israéliens nous traitent-ils aussi mal ? » raconte-t-il.

Famille de RamiRami Saleh, 33 ans, sa femme Ramia et leur jeune fils Jacques, 6 ans (photo A. d'Abbundo)

custom essay order

Pour lors, il suffit de présenter son carton d’invitation pour pénétrer dans la vallée où a été dressé l’autel. A l’entrée, les organisateurs distribuent des casquettes aux pèlerins. Un cadeau que Rami s’empresse de repousser. « Elles portent l’inscription Israël et nous ne reconnaissons pas l’occupation de Jérusalem et des territoires. Nous voulons la paix, mais pas aux conditions et selon les règles fixées par Israël », souligne-t-il pour expliquer son geste.

drapeauxDistribution de drapeaux palestiniens (photo A. d'Abbundo)

Le petit Jacques, lui, s’est couvert d’un de ces couvre-chef sans provoquer la moindre réaction de son père. « Il est jeune, il doit se protéger du soleil », lâche Rami en souriant. Combien de personnes peuvent se tenir dans l’étroite vallée de Josafat ? Difficile à dire. En tout cas, les organisateurs ont mis à disposition des communautés chrétiennes autochtones environ 4 000 invitations. D’évidence, le compte n’y est pas.

La messe célébrée par le pape Benoît XVI dans la vallée de Josafat (AFP PHOTO/JACK GUEZ)

La messe célébrée par le pape Benoît XVI dans la vallée de Josafat (AFP PHOTO/JACK GUEZ)

Si les pèlerins étrangers sont nombreux, la présence d’arabes chrétiens est beaucoup plus discrète. Auraient-il décidé de bouder le pape, comme il se murmure ici ? « Non, réplique aussitôt Rami. Si nous sommes si peu, c’est parce que les Israéliens ont multiplié les tracasseries pour que les habitants des territoires occupés alentours renoncent à se déplacer », assure-t-il. Pourtant, en insistant un peu, Rami convient que beaucoup de ses amis sont dubitatifs sur ce voyage. « Il intervient au plus mauvais moment, seulement quelques semaines après la guerre menée par Israël contre Gaza. Nous redoutons que sa venue donne une légitimité à Israël après ce massacre. J’ai entendu le pape. Il a dit qu’il venait ici pour renforcer les liens entre le Vatican et l’Etat hébreu. Ce qui revient à dire qu’il tamponne le fait qu’Israël est un pays juif », s’emporte Rami.

Poste de contrôle avant d'accèder au lieu de la célébrationAu seconde poste de contrôle (photo A. d'Abbundo), une jeune policière se livre à un étrange rituel sur les mains de chacun des invités. Elle frotte chaque paume avec un petit chiffon, chaque échantillon étant soigneusement conservé. Un nouveau procédé pour relever les empreintes génétiques ? Un détecteur de résidus de poudre ou d’explosif ? La policière sourit sans répondre. Il faut encore passer par un portique de détection avant de pouvoir, enfin, pénétrer dans l’enceinte où quelques milliers de personnes vont attendre, trois heures durant, le pape Benoît XVI. Rami a passé l’examen sans trop de difficultés. Fièrement, il exhibe de son sac une centaine de petits drapeaux qu’il propose autour de lui. Aussitôt, des dizaines de bras se tendent pour s’emparer du fanion marqué d’un triangle rouge à bandes noire, blanche et verte. Des jeunes surtout qui agitent aussitôt, avec enthousiasme, leur emblème de fierté perdu au milieu des gigantesques bannières aux armes du Vatican ou de l’Etat hébreu, des drapeaux italiens, polonais ou argentins. C’est assez pour mettre sur les dents le service d’ordre israélien. Quelques minutes plus tard, trois gardes font irruption autour de Rami et le somment de les suivre. Celui-ci s’exécute sans esclandre. « Vous voyez, il suffit que nous sortions un simple drapeau pour leur faire peur », s’énerve un jeune homme, témoin de la scène. Ramia, l’épouse de Rami, ne semble guère inquiète. « Ils vont lui poser quelques questions et l’expulser de la messe. Vous savez, je commence à avoir l’habitude », lâche-t-elle fataliste. De fait, Rami n’assistera pas à la célébration. Interrogé deux heures durant par la police, celle-ci va vite devoir convenir que le jeune homme n’a aucun antécédent judiciaire et qu’aucune loi n’interdit de brandir un drapeau dans le ciel, fusse-t-il palestinien. Ce jour-là, Rami a obtenu un petite victoire : quelques heures durant, le drapeau palestinien a flotté sur Jérusalem, celle que les Arabes s’entêtent à appeler Al Qods.

%%anc%%

> Lire l'homélie du pape durant la dans la Vallée de Josafat (source La Croix)

zp8497586rq
zp8497586rq

Lettres du Liban – 4 janvier 2009

Lundi, janvier 5th, 2009

Et si Youssef épousait Rachel !

Cette nuit, les soldats Israéliens sont entrés dans la bande de Gaza. Au Liban, les chaînes de télévisions arabes diffusent en boucle des images de la guerre. Comment ne pas se sentir concerné par ce qui se passe à Gaza, quand on habite ici ! Une frontière d’à peine 50 km sépare, au sud, le pays du Cèdre de l’Etat hébreu, en guerre l’un contre l’autre depuis la fondation d’Israël (1947-1948). Et plus de 400.000 Palestiniens, chassés de leurs terres par les Israéliens lors des différentes guerres israélo-arabes, ont trouvé refuge au Liban. « Ghettoïsés » dans une quinzaine de camps répartis sur l’ensemble du pays, sans passeport, sans reconnaissance, sans droit, et méprisés des Libanais. Ces derniers qui n’ont pas la mémoire courte se souviennent amèrement de ces combattants  palestiniens à l’origine, en 1975, des quinze années guerre de civile qui avaient ruiné leur pays. Mais voilà, si la majorité des Libanais aimeraient voir ces 400.000 réfugiés (un Etat de plus dans l’Etat libanais qui n’en manque déjà pas) regagner leur Terre natale ou s’exiler ailleurs, l’offensive israélienne a quand même réussi a ressouder la fraternité libano-palestinienne.

Depuis le début de l’opération israélienne «Plomb durci» sur le petit Territoire palestinien autonome, la rue libanaise, les partis politiques toutes tendances confondues et les chefs religieux, chrétiens comme musulmans proclament leur solidarité avec les habitants de Gaza, arabes comme eux. A l’occasion de la messe du Nouvel an dans l’église de Bkerké, le patriarche maronite Nasrallah Sfeir a fermement condamné «  le massacre commis contre le peuple palestinien »  et dénoncé « les images véhiculées par les médias qui ne peuvent qu’engendrer la révolte et la colère.»

writing argumentative essays

Le Liban et ses voisins, du Caire à Bagdad et de Damas à Eilat sont-ils éternellement voués à la guerre ? La paix est-elle un rêve inaccessible ? Tout le laisse penser. Pourtant, les Libanais sont fatigués des guerres. Et excepté quelques fanatiques, personne ne souhaite ici que le pays entre de plein pied dans le conflit. Si les cœurs battent pour Gaza, les autorités font tout pour préserver le Liban de la guerre. La jeunesse veut enfin vivre, profiter de l’embellie économique dont bénéficie actuellement le Pays du Cèdre (6% de croissance prévue en 2009, un vrai miracle en cette période de récession mondiale). Pour les fêtes de fin d’année, les restaurants et les boites de nuit affichaient complet à Beyrouth. La pulsion de vie finira-t-elle par l’emporter sur le sentiment de haine ?

Depuis 18 ans que je fréquente ce pays, je fais le même rêve, celui de voir se construire, un jour prochain, une communauté proche-orientale, avec des frontières ouvertes, une monnaie et des projets communs. Une autoroute qui relierait Tel-Aviv à Tripoli. A Gaza, à Saida, à Haifa, églises, mosquées et synagogues, séparées enfin du pouvoir politique, voisineraient sans problème. Les Israéliens skieraient dans les montages libanaises et les Libanais visiteraient la vieille ville de Jérusalem et ses lieux saints. Les Beyrouthines viendraient faire leur shopping à Tel-Aviv et les Israéliennes danser à Beyrouth. Moins de deux heures de voitures séparent les deux capitales. Et si Youssef épousait Esther ? Une utopie ! Sans doute mais pas plus que l’était la chute du mur de Berlin dans les années 80, ou la construction d’une Europe commune à la fin de la seconde guerre mondiale. Preuve que l’utopie finit toujours par l’emporter. Reste à trouver ici les hommes pour y croire.

lettres du Liban – 30 décembre 2008

Mercredi, décembre 31st, 2008

Le courroux  de Zeina

J’ai lu ma dernière lettre à Zeina, datée du 29 décembre. Elle n’a pas aimé, mais alors pas du tout. La première partie notamment, où je décris Hassan Nasrallah, le chef du hezbollah et la manifestation de soutien aux Palestiniens de Gaza qui s’est déroulée hier à Beyrouth. «  Tu as une vision occidentale, m’a-t-elle dit sur un ton agressif, tu stigmatises les musulmans sans dire un mot de la sauvagerie des Israéliens, qui tuent des enfants, et imposent leur volonté par la force. »

La cinquantaine passée, Zeina, chrétienne maronite, est dentiste à Beyrouth. Laïque et féministe, j’ai bien du mal à comprendre la sympathie qu’elle éprouve pour les islamistes. « Je n’ai aucun penchant pour le tchador et je n’ai pas envie de voir mon Liban se transformer en une République islamique, précise-t-elle aussitôt, mais ce n’est pas en diabolisant les musulmans, comme vous le faites trop souvent en France, qu’on parviendra à les convaincre des bienfaits de la démocratie, de la laïcité, et de l’émancipation des femmes. » Arabe et fière de l’être, Zeina a vécu trois ans en France. Et si elle a aimé Paris, les chateaux de la Loire et nos fromages, elle a été choquée par le mépris des Français envers le monde arabe, et par notre manière de généraliser cette culture et ces peuples multiples, « en les considérant comme des sous-développés. Il y a, dit-elle, un racisme anti-arabe profond chez vous. La façon dont vous imitez notre accent, dont vous nous singez. Pour vous, nos hommes sont tous des fourbes sanguinaires, qui portent cagoule et hache, et qui aspirent au martyr au nom de l’islam. Les Français ne parviennent pas à oublier la guerre d’Algérie. » Quand elle parle d’Israël, cette jeune femme, élégante et raffinée sort de sa réserve habituelle : « Comment un peuple moderne, dont vous vous sentez  proche, ne parvient pas à comprendre qu’il n’arrivera à rien par les armes, et que chacune de ses victoires imposées par la brutalité de ses soldats, engendre un sentiment plus fort de haine et de revanche chez les Arabes, et pas seulement parmi les intégristes musulmans, comme vous le pensez. Le dialogue, le partage des richesses et  du savoir sont les seuls moyens sûrs de parvenir à la paix. »  

write essays for me