Lettres du Liban – 2 janvier 2009

Samedi, janvier 3rd, 2009

«  Moins de 200 euros par mois. Vous trouvez ça normal ! »

 

Nelly est Philippine. Elle a 40 ans. Depuis 3 ans, elle est au service d’une famille libanaise. C’est un bout de femme aux traits bridés, coiffée d’une natte qui sourit tristement. Dans son pays, elle n’arrivait plus à  élever ses enfants. Le salaire de son mari, ouvrier dans le textile, ne suffisait plus. Elle s’est donc résolue à s’inscrire dans une agence de placement à Manille, la capitale de son pays. La compagnie lui a trouvé rapidement un boulot au Liban, s’est occupée de son permis de travail et de séjour, et a prélevé au passage une commission sur «sa vente ». Eh oui, Nelly a été vendue comme domestique, le mot n’est pas trop fort, à une entreprise libanaise de gens de maisons, qui l’a revendue à son tour à un particulier. « Nous étions 8 femmes embarquées dans le même avion, explique-t-elle dans un arabe basique qu’elle a appris sur le tas. A notre arrivée à Beyrouth, on nous a conduites dans 2 grosses voitures jusqu'à un bureau. Là, alignées en rang, un homme nous a expliquées, avec l’aide d’un interprète, quelles seraient nos conditions de travail. J’ai signé un papier. On m’a pris mon passeport. »

Nelly a eu de la chance. La famille qui l’emploie, la traite bien. Elle travaille certes 7 jours sur 7, mais ses patrons sont gentils. Ils respectent les clauses de son contrat. « Ils ne crient jamais après moi, me nourrissent bien, me donnent de vêtements pour m’habiller, je mange à leur table quand il n’y a pas d’invités, j’ai un lit confortable (dans la même chambre que la vieille maman de 88 ans dont elle s’occupe) et ils respectent les clauses de mon contrat. Tous les 15 jours, j’ai le droit d’appeler mon mari aux Philippines avec une carte téléphonique  qu’ils m’offrent.»

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Plus de 200.000 travailleurs étrangers travaillent comme domestiques, manœuvres ou tâcherons au Liban. Philippins, Srilankais, Bengalis, Egyptiens, Erythréens, Ghanéens, Somaliens…. Les femmes sont employées de maison, les hommes se tuent sur les chantiers de construction. Tous ne sont pas aussi bien « traités » que Nelly. Considérées comme des bêtes de somme, beaucoup sont exploités jusqu’à la moelle, sans aucun droit. Les femmes notamment. Nelly, elle, s’avoue heureuse chez M et Mme Figali. D’autant que pour Noël, ces derniers lui ont offert, comme son contrat le stipulait (mais tant de familles libanaises ne respectent pas leurs engagements), un billet aller et retour pour Manille. Dans quinze jours, elle reverra son mari, sa maison et ses six enfants, dont elle est si fière (son fils aîné a pu s’inscrire à l’université). Mme Figali, grande bourgeoise chrétienne, précise que « Nelly fait partie de la famille. Dans notre maison, rien à voir, dit-elle, avec ce que la télévision française a récemment montré sur l’exploitation honteuse des immigrés au Liban. Et puis chez nous, elle gagne 5 fois plus qu’aux Philippines » précise plusieurs fois Madame dans un français presque sans accent, ajoutant que Nelly « avait même pu s’acheter une maison là-bas »….

Au fait, j’allais oublier de vous donner le salaire mensuel de Nelly : 200 dollars par mois. Moins de 200 euros par mois, sans voir ses enfants pendant 2 ans…. Vous trouvez ça normal ?

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