Lettres du Liban – 4 janvier 2009

Lundi, janvier 5th, 2009

Et si Youssef épousait Rachel !

Cette nuit, les soldats Israéliens sont entrés dans la bande de Gaza. Au Liban, les chaînes de télévisions arabes diffusent en boucle des images de la guerre. Comment ne pas se sentir concerné par ce qui se passe à Gaza, quand on habite ici ! Une frontière d’à peine 50 km sépare, au sud, le pays du Cèdre de l’Etat hébreu, en guerre l’un contre l’autre depuis la fondation d’Israël (1947-1948). Et plus de 400.000 Palestiniens, chassés de leurs terres par les Israéliens lors des différentes guerres israélo-arabes, ont trouvé refuge au Liban. « Ghettoïsés » dans une quinzaine de camps répartis sur l’ensemble du pays, sans passeport, sans reconnaissance, sans droit, et méprisés des Libanais. Ces derniers qui n’ont pas la mémoire courte se souviennent amèrement de ces combattants  palestiniens à l’origine, en 1975, des quinze années guerre de civile qui avaient ruiné leur pays. Mais voilà, si la majorité des Libanais aimeraient voir ces 400.000 réfugiés (un Etat de plus dans l’Etat libanais qui n’en manque déjà pas) regagner leur Terre natale ou s’exiler ailleurs, l’offensive israélienne a quand même réussi a ressouder la fraternité libano-palestinienne.

Depuis le début de l’opération israélienne «Plomb durci» sur le petit Territoire palestinien autonome, la rue libanaise, les partis politiques toutes tendances confondues et les chefs religieux, chrétiens comme musulmans proclament leur solidarité avec les habitants de Gaza, arabes comme eux. A l’occasion de la messe du Nouvel an dans l’église de Bkerké, le patriarche maronite Nasrallah Sfeir a fermement condamné «  le massacre commis contre le peuple palestinien »  et dénoncé « les images véhiculées par les médias qui ne peuvent qu’engendrer la révolte et la colère.»

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Le Liban et ses voisins, du Caire à Bagdad et de Damas à Eilat sont-ils éternellement voués à la guerre ? La paix est-elle un rêve inaccessible ? Tout le laisse penser. Pourtant, les Libanais sont fatigués des guerres. Et excepté quelques fanatiques, personne ne souhaite ici que le pays entre de plein pied dans le conflit. Si les cœurs battent pour Gaza, les autorités font tout pour préserver le Liban de la guerre. La jeunesse veut enfin vivre, profiter de l’embellie économique dont bénéficie actuellement le Pays du Cèdre (6% de croissance prévue en 2009, un vrai miracle en cette période de récession mondiale). Pour les fêtes de fin d’année, les restaurants et les boites de nuit affichaient complet à Beyrouth. La pulsion de vie finira-t-elle par l’emporter sur le sentiment de haine ?

Depuis 18 ans que je fréquente ce pays, je fais le même rêve, celui de voir se construire, un jour prochain, une communauté proche-orientale, avec des frontières ouvertes, une monnaie et des projets communs. Une autoroute qui relierait Tel-Aviv à Tripoli. A Gaza, à Saida, à Haifa, églises, mosquées et synagogues, séparées enfin du pouvoir politique, voisineraient sans problème. Les Israéliens skieraient dans les montages libanaises et les Libanais visiteraient la vieille ville de Jérusalem et ses lieux saints. Les Beyrouthines viendraient faire leur shopping à Tel-Aviv et les Israéliennes danser à Beyrouth. Moins de deux heures de voitures séparent les deux capitales. Et si Youssef épousait Esther ? Une utopie ! Sans doute mais pas plus que l’était la chute du mur de Berlin dans les années 80, ou la construction d’une Europe commune à la fin de la seconde guerre mondiale. Preuve que l’utopie finit toujours par l’emporter. Reste à trouver ici les hommes pour y croire.

Lettres du Liban – 29 décembre 2008

Mardi, décembre 30th, 2008

LA PAIX DE NOTRE-DAME DE LA MER

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Dans les quartiers sud de Beyrouth, Hassan Nasrallah, le chef du hezbollah (le parti islamiste chiite libanais pro iranien) se lance dans un discours fleuve. Ils appellent tous les Etats arabes à  résister à Israël, et à soutenir les Palestiniens de Gaza, assiégés depuis deux jours. Paroles de violences où reviennent régulièrement les mots «martyrs», «sang», «humilié », «guerre».

Barbe grise, fines lunettes, turban noir, l’homme, auréolé du prestige de la « victoire de son armée » contre Israël en 2006, fascinent un grand nombre de Libanais, même chrétiens. Elie par exemple, un maronite quadragénaire, qui porte une croix sur sa chemise, m’assure que « le hezbollah a changé…. Qu’il est devenu un parti national, respectueux de la Constitution, prêt à défendre le territoire, même contre la Syrie et l’Iran.» Je reste sceptique. Et la vue de jeunes adolescents dans les rues, ceints d’un bandeau à la gloire de Dieu, portant le Coran dans une main et un fusil mitrailleur dans l’autre, ne me convainc pas de la conversion du Parti islamiste chiite libanais aux bienfaits de la démocratie.

La manifestation est terminée. Il est 17 heures. J’ai envie de retrouver un climat de paix. Ce pays où la violence peu éclater à tout moment, offre paradoxalement un nombre incroyable de lieux de recueillement, de silence et de prières. Petites églises arabes, monastères orthodoxes, ermitages, dissimulés dans les montagnes ou en bordure de Méditerranée comme Notre-Dame de la mer à Batroun, dont j’ai envie de vous parler. C’est une modeste chapelle de grosses pierres ocre, entourée d’une cour carrelée. Toujours ouverte, toujours fleurie et parfumée d’encens. A l’intérieur, au pied des portraits de saints brûlent des cierges en permanence. Parfois, une femme entre, elle embrasse le portrait de la Vierge à l’enfant, s’agenouille, prie et repart furtivement en se signant. Dehors, la cour fait face à la mer et surplombe un mur phénicien, vieux de près de 4000 ans. Nous sommes loin de la violence des manifestations de Beyrouth. Ici, on sent que la paix est peut-être possible. Et qu’il suffit d’un rien pour vivre enfin ensemble dans ce Proche-Orient tourmenté.

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