Lettres du Liban -26 décembre 2008

Samedi, décembre 27th, 2008

La crainte du  retour des  émigrés

Les fêtes de fin d’année ramènent les Libanais émigrés à l’étranger vers leur patrie natale. Et ils sont nombreux. A Batroun, chaque famille compte au moins un de ses membres à l’extérieur. Mimo, 39 ans, travaille aux Emirats Arabes Unis. A Dubaï, elle dirige une entreprise de location immobilière, gagne 5000 dollars par mois, revient deux à trois fois par an dans son Liban qui lui manque énormèment:  » Je n’aime pas Dubaï, se lamente-t-elle. Il n’y a rien d’autre à faire que de gagner de l’argent. Les gens viennent uniquement là pour faire du business. Il n’y aucune morale. On passe seulement dans ce pays pour quelques années, et comme on ne reste pas, on fait n’importe quoi, sans  se soucier de ce qu’on laisse. J’ ai hâte de revivre au Liban. »

Les Libanais ont beau se plaindre de leur pays, de  la corruption des dirigeants, des coupures fréquentes d’eau et d’électricité, du coût de la vie et du confessionnalisme des grandes familles dirigeantes, leur pays leur apparait comme le paradis terrestre, quand ils sont à l’étranger.

Comme Mimo, ils sont des milliers à s’expatrier pour gagner leur vie et faire vivre leur famille.  En Arabie Saoudite, au Barhein, au Koweit, au Yémen, au Qatar mais aussi en Europe ou aux  Etats-Unis. Chefs d’entreprise, ingénieurs, médecins, cadres supérieurs, enseignants. Polyglottes, sur-diplomés, ils s’adaptent à toutes les situations, s’intègrent à toutes les cultures. Certains batissent des fortunes et des empires. Ce sont eux qui permettent au Liban de ne pas tomber en faillite, et qui donnent cette impression d’opulence aux yeux du visiteur fraichement débarqué. Ces maisons somptueuses, ces grosses cylindrées qui roulent sur l’unique autoroute du pays, ces magasins de luxe dans le centre de Beyrouth sont le fruit de l’émigration et de la solidarité familiale.  » Si mon mari était resté au Liban, nous ne pourrions meme pas envoyer nos trois enfants à l’école, explique Houda, une mère de famille de 40 ans. Ici la scolarité coûte une fortune. »

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« Incapables de construire un Liban fort et uni, les Libanais construisent de vrais royaumes à l’étranger » ,  rigole Sami, son mari qui travaille au Koweit, avant d’ajouter sur un ton plus grave :  » Avec la crise mondiale, je crains qu’un grand nombre d’entre nous perdent leur emploi. » Circule ici le nombre de  60.000 travailleurs libanais qui devraient revenir dans les prochains mois au pays du Cèdre. Une véritable catastrophe « qui conduirait à une explosion sociale, comme en Grèce dernièrement », prédit Sami.