Lettres du Liban – 9 janvier 2009

Vendredi, janvier 9th, 2009

«  Where are you Charbel ?»

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 Elle marche devant moi. La trentaine élégante et raffinée. C’est une jolie femme qui appelle son fils en anglais. « Where are you Charbel ?» Deux bons mètres derrière elle, suit sa bonne sri-lankaise qui tient un autre enfant par la main. Nous sommes à l’ABC, la galerie marchande chic de Beyrouth, située à Achafieh, le quartier huppé de la ville. Toutes les marques européennes y ont ouvert leurs boutiques. Tout y est trois fois plus cher. Les cafés, les restaurants, les vêtements. Madame sort et se dirige vers un énorme 4×4 noir aux verres fumés. La jeune femme s’installe au volant, sa bonne monte à l’arrière avec les enfants, dont Charbel, un garçonnet d’environ 7 ans, retrouvé chez Virgin, au rayon des jeux vidéo. En partant, par la vitre, elle tend un billet au porteur qui a chargé ses achats dans le coffre de son véhicule, sans même le regarder. Hier je vous ai parlé du Liban que j’aimais. Aujourd’hui, voilà tout le Liban que déteste.

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lettrres du Liban – 6 janvier 2009

Mardi, janvier 6th, 2009

La France vue du Liban (suite)

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Un rendez-vous à Beyrouth avec mon amie Salma (une historienne chiite dont je vous parlerai prochainement) m’a obligé à prendre l’autoroute en début d’après-midi. Plus de deux heures pour couvrir les 40 km qui séparent Batroun de la capitale libanaise. Conduire ici, dans les embouteillages, est un combat. Les voitures vous coupent la route à tout moment. Des types vous doublent rageusement au volant de gros 4×4, le portable collé à l’oreille. Il faut se garder à droite comme à gauche. La loi du plus fort l’emporte à tous les coups.  Quant à trouver une place dans le quartier d’Amra où je retrouve Salma, voilà qui tient du miracle. Au Liban, on se gare en double ou triple file sans se soucier du voisin. Il faudrait que je rencontre au plus vite le ministre des Transports pour lui susurrer de penser à construire une ligne de tramway, reliant du nord au sud les principales villes libanaises de la côte, Tripoli – Beyrouth – Saïda. Ce ne serait pas un luxe. Et pendant que j’y suis, poursuivre « mes rencontres officielles »avec le ministre de l’Education nationale pour lui souffler à l’oreille, qu’il inscrive au programme scolaire des cours de code de la route, dès l’école primaire. Dans les périodes de paix, il n’est pas nécessaire que les Libanais se tuent sur la route. Non ?

Ce soir, je retrouve avec bonheur le calme de mon appartement à Batroun, face à la mer, entouré de montagnes. Vers 20 heures mon ami Elias passe. Au Liban, votre maison est une auberge espagnole, prête à accueillir à tout instant et à toute heure. Ici c’est la règle sociale. Elias, 60 ans, est médecin gastérologue, membre du Parti communiste libanais  (l’équivalent en France –sans trop d’ironie de ma part- du Parti de François Bayrou). Notre première rencontre remonte à 1993. Depuis, on a du se fâcher une bonne dizaine de fois à cause de divergences politiques, pour se réconcilier à chaque fois devant un verre d’arak.

Ce soir, Elias et moi, nous suivons sur LBC, la chaîne de télévision des Forces libanaises, le résumé des visites de Nicolas Sarkozy en Israël, en Syrie et au Liban. Passionné par la géopolitique proche-orientale et amoureux fou de son pays (il ne s’est jamais exilé, même au plus fort de la guerre civile entre 1975 et 1990), Elias commente : « Sarkozy est l’un des seuls homme d’Etat au monde qui peut se permettre de rendre visite dans la même journée au président syrien et au Premier ministre israélien. C’est grâce à son sens du compromis, qu’il est parvenu à débloquer le dialogue entre le Liban et la Syrie. Si depuis peu nous avons échangé pour la première fois depuis nos indépendances, des ambassadeurs syriens et libanais, c’est à lui que nous le devons, que tu le veuilles ou non. » Mi agacé, mi amusé, je réponds à Elias que c’est bien la première fois, moi aussi, que j’entends un communiste défendre Nicolas Sarkozy. Et nous nous resservons un verre d’Arak. Sacré Liban !

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lettres du Liban – 6 janvier 2009

Mardi, janvier 6th, 2009

La France vue du Liban

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Dans son marathon proche oriental qui le conduit, depuis hier, en Egypte, dans les Territoires palestiniens, en Israël et en Syrie, Nicolas Sarkozy fait une halte de quelques heures au Liban. De tous les pays de la région, le Pays du Cèdre est le seul où la France garde encore une certaine influence. Aujourd’hui, il sera reçu à Baabda, le Palais présidentiel, puis il ira rendre visite aux militaires français, qui, dans le cadre  de la Force Internationale des Nations Unies au Liban (Finul) s’efforcent de maintenir la paix dans le sud du pays, entre le Hezbollah (le Parti de Dieu musulman chiite libanais) et l’armée israélienne.

La paix ! C’est justement pour elle que le président Sakozy vient au Proche-Orient, tenter de convaincre les belligérants de mettre fin à la guerre à Gaza. Parviendra-t-il à arracher un cessez-le-feu ? La plupart des Libanais en doute. « La France n’est plus celle du général de Gaulle, qui pouvait faire plier le monde », commente Boutros, vieux commerçant de Jbeil…. Son neveu Maurice, 32 ans, rigole : « Je vois  mal votre Sarkozy imposer un retrait aux Israéliens. On a beau détester l’Amérique de Bush, sans elle rien n’est possible.» Maurice a demandé du reste un visa pour les Etats-Unis, et attend avec l’espoir de l’obtenir bientôt. « Beaucoup de mes amis ont déposé une demande à l’ambassade. Moi, dit-il, j’espère l’avoir, car c’est plus facile pour nous chrétiens que pour les musulmans. »  

Longtemps chasse gardée de la France, le Liban et les Libanais sont de moins en moins tournés vers notre pays. Et ce n’est plus par la formule « meilleurs vœux » en roulant les «R» que l’on vous souhaite ici la bonne année mais par «un happy new year » sans le moindre accent. Fini aussi le temps, où dans la communauté maronite, ces chrétiens orientaux rattachés à Rome depuis toujours, vous étiez accueilli par cette phrase : « La France ! C’est notre mère ! » Marlène, 25 ans, avoue ainsi : « La France ne m'attire pas autant qu'elle attirait ma grand-mère. Si je devais m’exiler, je choisirais l’Australie. »

La venue de notre président ne met pas non plus les Libanais en émoi. Une demi page d’interview à peine dans les quotidiens libanais d'hier, et quelques reportages, ici et là, sur les chaînes de télé, propriété des politiciens locaux, issus de la majorité pro Hariri. Rien à voir avec la visite du pape Jean-Paul II en 1997, qui avait mis le pays en folie. «  Votre président n’a pas l’envergure de Chirac, son prédécesseur » remarque Georges Traboulsi, employé de banque à Beyrouth. Quand à Hussain, jeune sympathisant chiite du Hezbollah d’une vingtaine d’années rencontré dans un magasin des quartiers sud de Beyrouth, le seul Français qu’il connaisse c’est Zinedine Zidane. Hussain ignore le nom de notre président. « A la mosquée, l’imam m’a juste dit qu’il était avec Israël. C’est vrai, demande-t-il ? ». En revanche s’il hait l’Amérique « qui fait souffrir les musulmans », le garçon cite sans aucune hésitation le nom du nouveau résident de la Maison-Blanche, Barak Obama.

Quand à la langue française, on la parle moins, et le Liban qui restait le seul pays francophone du Proche-Orient, devient de plus en plus anglophone. Dans la famille Khabbaz où j’étais invité hier. Adma, la maman, 66 ans écrit son œuvre en français, mais ses enfants, nés à la fin des années 70, et qui ont pourtant suivi toute leur scolarité en français dans une école religieuse dirigée par les frères capucins, se sentent plus à l’aise dans la langue anglaise. Quand à la troisième génération, celle des 20-25 ans, c’est à l’université américaine de Beyrouth ou dans un établissement anglophone qu’elle préfère poursuivre ses études.

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lettres du Liban – 30 décembre 2008

Mercredi, décembre 31st, 2008

Le courroux  de Zeina

J’ai lu ma dernière lettre à Zeina, datée du 29 décembre. Elle n’a pas aimé, mais alors pas du tout. La première partie notamment, où je décris Hassan Nasrallah, le chef du hezbollah et la manifestation de soutien aux Palestiniens de Gaza qui s’est déroulée hier à Beyrouth. «  Tu as une vision occidentale, m’a-t-elle dit sur un ton agressif, tu stigmatises les musulmans sans dire un mot de la sauvagerie des Israéliens, qui tuent des enfants, et imposent leur volonté par la force. »

La cinquantaine passée, Zeina, chrétienne maronite, est dentiste à Beyrouth. Laïque et féministe, j’ai bien du mal à comprendre la sympathie qu’elle éprouve pour les islamistes. « Je n’ai aucun penchant pour le tchador et je n’ai pas envie de voir mon Liban se transformer en une République islamique, précise-t-elle aussitôt, mais ce n’est pas en diabolisant les musulmans, comme vous le faites trop souvent en France, qu’on parviendra à les convaincre des bienfaits de la démocratie, de la laïcité, et de l’émancipation des femmes. » Arabe et fière de l’être, Zeina a vécu trois ans en France. Et si elle a aimé Paris, les chateaux de la Loire et nos fromages, elle a été choquée par le mépris des Français envers le monde arabe, et par notre manière de généraliser cette culture et ces peuples multiples, « en les considérant comme des sous-développés. Il y a, dit-elle, un racisme anti-arabe profond chez vous. La façon dont vous imitez notre accent, dont vous nous singez. Pour vous, nos hommes sont tous des fourbes sanguinaires, qui portent cagoule et hache, et qui aspirent au martyr au nom de l’islam. Les Français ne parviennent pas à oublier la guerre d’Algérie. » Quand elle parle d’Israël, cette jeune femme, élégante et raffinée sort de sa réserve habituelle : « Comment un peuple moderne, dont vous vous sentez  proche, ne parvient pas à comprendre qu’il n’arrivera à rien par les armes, et que chacune de ses victoires imposées par la brutalité de ses soldats, engendre un sentiment plus fort de haine et de revanche chez les Arabes, et pas seulement parmi les intégristes musulmans, comme vous le pensez. Le dialogue, le partage des richesses et  du savoir sont les seuls moyens sûrs de parvenir à la paix. »  

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Lettres du Liban – 29 décembre 2008

Mardi, décembre 30th, 2008

LA PAIX DE NOTRE-DAME DE LA MER

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Dans les quartiers sud de Beyrouth, Hassan Nasrallah, le chef du hezbollah (le parti islamiste chiite libanais pro iranien) se lance dans un discours fleuve. Ils appellent tous les Etats arabes à  résister à Israël, et à soutenir les Palestiniens de Gaza, assiégés depuis deux jours. Paroles de violences où reviennent régulièrement les mots «martyrs», «sang», «humilié », «guerre».

Barbe grise, fines lunettes, turban noir, l’homme, auréolé du prestige de la « victoire de son armée » contre Israël en 2006, fascinent un grand nombre de Libanais, même chrétiens. Elie par exemple, un maronite quadragénaire, qui porte une croix sur sa chemise, m’assure que « le hezbollah a changé…. Qu’il est devenu un parti national, respectueux de la Constitution, prêt à défendre le territoire, même contre la Syrie et l’Iran.» Je reste sceptique. Et la vue de jeunes adolescents dans les rues, ceints d’un bandeau à la gloire de Dieu, portant le Coran dans une main et un fusil mitrailleur dans l’autre, ne me convainc pas de la conversion du Parti islamiste chiite libanais aux bienfaits de la démocratie.

La manifestation est terminée. Il est 17 heures. J’ai envie de retrouver un climat de paix. Ce pays où la violence peu éclater à tout moment, offre paradoxalement un nombre incroyable de lieux de recueillement, de silence et de prières. Petites églises arabes, monastères orthodoxes, ermitages, dissimulés dans les montagnes ou en bordure de Méditerranée comme Notre-Dame de la mer à Batroun, dont j’ai envie de vous parler. C’est une modeste chapelle de grosses pierres ocre, entourée d’une cour carrelée. Toujours ouverte, toujours fleurie et parfumée d’encens. A l’intérieur, au pied des portraits de saints brûlent des cierges en permanence. Parfois, une femme entre, elle embrasse le portrait de la Vierge à l’enfant, s’agenouille, prie et repart furtivement en se signant. Dehors, la cour fait face à la mer et surplombe un mur phénicien, vieux de près de 4000 ans. Nous sommes loin de la violence des manifestations de Beyrouth. Ici, on sent que la paix est peut-être possible. Et qu’il suffit d’un rien pour vivre enfin ensemble dans ce Proche-Orient tourmenté.

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