Je vous écris de chez Tony
Depuis plus de 30 ans, le Liban renvoie au monde entier l’image de la violence. Les guerres entre les communautés religieuses, les attentats, les larmes et les deuils alimentent l’actualité internationale. Qui donc parmi vous en France peut s’imaginer, qu’en cette veille de Noël, je vous écris d’un lieu de beauté et de sérénité ? Les pieds dans l’eau, face à cette Mer Méditerrannée, matrice de notre civilisation. Cet endroit idyllique a un nom: « chez Tony », un minuscule restaurant de bois et de paille, coincé entre les rochers. De la terrasse, j’aperçois la ville de Batroun, ancien port phénicien bâti il y plus de 3 000 ans. Ici, à 40 km au nord de Beyrouth, tout n’est que paix et harmonie. Le clocher de la cathédrale maronite San Stephano cohabite avec l’église Saint Georges où prient les orthodoxes. Plus loin, la présence d’un petite mosquée ne pose aucun problème. Les pierres sont souvent plus tolérantes que les hommes.
Batroun compte 40 000 habitants: 96% de chrétiens, maronites en majorité, pour seulement 4% de musulmans. Dans le vieux soukh, la foi s’exhibe. Dans les ruelles, les façades des maisons s’ornent d’images de saints locaux, de croix et de statues de la Vierge Marie. La vieille ville est une merveille de l’architecture arabe, une sorte de Jérusalem ignorée fort heureusement des guides de voyages, ce qui évite les défèrlements touristiques. Combien de temps encore Batroun restera préservée des affres du mercantilisme libéral ? Comme Beyrouth, la capitale du pays où chaque nuit, les night-club du centre ville se remplissent d’émirs du Golfe, venus s’encanailler avec des professionnelles du plaisir, débarquées d’Ukraine ou de Bielo-Russie.
Tout autour de Batroun, s’élèvent les montagnes de l’arrière pays. En cette période, elles resplendissent de lumières. Etoiles et croix illuminées signalent les nombreux monastéres et les églises des villages environnants. A l’intérieur des maisons, dans les jardins, les Batrounais rivalisent d’ingéniosité pour construire leurs crèches. Cette année encore, il seront des milliers d’émigrés à renter au pays, pour fêter la naissance du Christ. Demain soir, des églises bondées monteront les chants. Miracle de cette chrétienté libanaise, qui malgré les drames de l’histoire, la montée des extrémismes, l’immigration de ses fidèles maintient coûte que coûte ses traditions. Bienfait d’une présence qui garantit un pluralisme religieux, dans une région et un environnement plus musulman que jamais.