Lettres du Liban – 31 décembre 2008, 1er Janvier 2009

« De quelle famille et de quel village êtes vous ? »

Je ne vous ai pas encore parlé des Khoury. C’est chez eux que je passe ce réveillon 2008, voila donc l’occasion de vous les décrire. La famille Khoury c’est un clan au sens libanais du terme, plus clairement dit, un état dans l’Etat, dont la capitale est Bejdarfel, un village chrétien des montagnes du nord.

Ici, que l’on soit chrétien, comme les Khoury, musulman ou druze, orthodoxe, arménien, maronite, sunnite, chiite ou alaouite, (dix-sept confessions cohabitent dans ce pays), laïc ou incroyant, tout Libanais qui se respecte est d’abord d’une famille et d’un village. « De quelle famille êtes vous ? De quel village ? » Ces questions, je les ai entendues des milliers de fois. Avec votre nom et celui de votre lieu de naissance, votre interlocuteur sait immédiatement de quelle religion vous êtes. La famille et le village sont les deux piliers de la société libanaise. Votre assurance vie en cas de problème, votre sécurité sociale, votre caisse de retraite, la certitude de trouver toujours un gîte et une assiette, de l’aide et de la tendresse. Au Liban, comme dans la plupart des pays arabes voisins l’Etat est absent, et sans la solidarité familiale qui le supplé, ce pays n’aurait jamais survécu à toutes ces guerres et à ces occupations qui l’ont frappé depuis 1975. Mais cette organisation familiale a aussi ses revers. Elle explique pourquoi les Libanais ne parviennent pas à construire un pays fort et uni.

Ce soir, le Khoury sont réunis dans leur maison de Bejdarfel, leur village familial. C’est une superbe et immense bâtisse de style arabe. Edmond Khoury, le père, 54 ans, dirige une entreprise de luminaires. Il travaille avec la Syrie, la Jordanie, les Emirats du Golfe, la Turquie et l’Arménie, car « le Liban, dit-il, est trop petit pour y faire de l’argent. » Ses quatre enfants ont fait des études universitaires. Pierre, l’aîné, 30 ans, est ingénieur en électronique. Il dirige une société d’informatique au Koweit. Sejan, son frère cadet, 27 ans, est cadre dans une industrie pharmaceutique en Arabie Saoudite. Marie, 22 ans termine un « master en business international »  à l’université américaine de Beyrouth. Elle rêve d’aller rejoindre ses cousins en Arizona. Mais ce soir, ils sont tous à la maison. Seul, le dernier, Bassam, 20 ans, a préféré aller faire la fête à Beyrouth, avec ses amis au « Hard rock café », un des nombreux endroits branché de la capitale. Tania leur mère, 50 ans , avocate de formation a cessé de travailler. Le cabinet où elle travaillait a fait faillite.

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Pour la nouvelle année 2009, les Khoury restent entre eux. Les frères, les oncles, les tantes, les cousins, neveux et nièces ne sont pas présents comme au réveillon de Noël. A minuit, ils déboucheront  une bouteille de vin. Rien d’exceptionnel. Juste l’occasion de resserrer les liens, de se dire qu’on sera toujours là, quoiqu’il arrive, comme on l’a toujours été depuis des générations. Que l’on se retrouvera toujours à  Bejdarfel, le berceau de la famille, même lorsqu’on travaille au bout du monde. Malgré les crises, les guerres, la mondialisation, les exils, malgré cette jeunesse qui aspire à dire « JE » plutôt que « NOUS », le sens du clan et du village reste profondément ancré au Liban.

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01/01/2009

3 Réponses pour “Lettres du Liban – 31 décembre 2008, 1er Janvier 2009”

  1. Redigé par Larissa:

    Monsieur,
    vos articles sont très juste.Vous avez décrit le Vrai Liban.Je vous en remercie,j avais oublié a quel point j esuis libanaise.Tr

  2. Redigé par YMP:

    Comme je l’ai déjà écrit, ne dites pas, s’il vous plaît, « la » famille Khoury…
    1- car, comme je l’ai expliqué à propos d’une autre de vos « Lettres », lorsqu’il s’agit de grandes familles, de clans, il faut dire « des » Khabbaz, Aoun, Breidy, etc.
    2- car le nom de « Khoury » n’est pas celui d’une famille clanique, mais le nom « générique » donné, à l’origine, aux fils de prêtres; donc on peut dire que tous les « Khoury » descendent de prêtres maronites, mais n’appartiennent pas à la même famille, puisqu’il ne s’agit pas d’un même clan…

    Cela étant, connaissant très bien une famille Khoury – celle-là de Biqfaya – puisque l’un de ses fils, le P.Bechara Khoury est tout à la fois le meilleur ami et le directeur spirituel de notre fils (qu’il a fait venir définitivement au Liban) et de notre bru (avec qui il est allé en classe, puis qu’il a retrouvée en étant curé de paroisse de sa famille), qu’il les a fiancés, mariés, et dont il a baptisé leur premier fils – je puis vous dire que le tableau que j’en brosserais est bien moins empreint de nostalgie que le vôtre: toute une famille libanaise, vivant au Liban autour de la Mère, restée veuve assez jeune, et toujours très joyeuse et accueillante autour de nous!
    (Par ailleurs, un autre jeune prêtre, le P.Nemtellah Khoury, était dans notre diocèse en même temps que le P.Bechara K., et est d’ailleurs toujours à Paris – mais, s’ils se connaissaient bien, ils n’avaient aucun lien de parenté.)

    Même impression dans la belle-famille de notre fils, à Faytroun (Kesrouan) où nous vivons de « vraies » veillées de Noël en famille dans le petit salon, autour du poële à bois (les Parents + 2 fils avec leurs épouses et leurs enfants + 2 autres fils avec leurs fiancées + notre fils, leur fille et maintenant notre petit-fils, et nous-mêmes, y compris ma Mère que tous appellent « Grand’Mère », car ils n’ont pas connu leurs Grands-Parents…). Tous ensemble, nous allons à la Messe de Minuit à l’église Saint-Georges construite par le beau-père de notre fils, rentrons souper, puis chacun repart chez soi (sauf lorsque la neige est tombée pendant la Messe, rendant rues et route impraticables: il faut connaître les pentes des routes libanaises…; dans ce cas, on ouvre les canapés du petit salon, chauffé, pour la plus âgée, Maman, et les enfants, et ceux du grand salon pour les autres!) avant de remonter pour la Messe du matin de Noël, et le GRAND déjeûner de Noël, où la table libanaise est encore plus garnie et ouverte qu’à l’accoutumée.
    Et puis, partout, de magnifiques crèches (parfois grandeur nature), pour tous les villages, quartiers, commerçants et particuliers, des églises illuminées et pleines d’encens… et de fidèles de tous âges!…

    Foi et Famille sont les deux piliers du Liban chrétien, comme elles l’ont été pour la France (« France, qu’as-tu fait de ton Baptême? »…), même si la Guerre a laissé des plaies béantes entre chrétiens (nos enfants se sont fiancés à N.-D. de Consolation, où a été perpétré le dernier attentat de la Guerre: les milices – qui se prétendent chrétiennes et arborent un drapeau portant la Croix, mais curieusement biaisée au pied – des Forces Libanaises de S. Geagea avaient posé une bombe sous l’autel, tuant les enfants et les jeunes des premiers rangs, blessant très grièvement le prêtre et le chantre, et plusieurs autres, plus importantes, sous le porche de l’église, afin de massacrer touts ceux qui fuyaient le carnage. Dieu merci, ces dernières n’ont pas explosé; mais nous connaissons une famille qui y a perdu sa toute jeune fille! C’est d’ailleurs pour ce dernier attentat que S. Geagea est resté en prison jusqu’à il y a peu).

    Alors, même s’il y a eu Dammour (une sorte d’Oradour), on ne peut pas dire que les clivages se font entre religions, mais plutôt selon des affinités/oppositions historiques et politiques donc sociologiques; ainsi, dans la montagne, on trouve de nombreux villages mixtes chrétiens-chaïtes (j’ai vu de nombreux chaïtes de son village embrasser avec respect P.Bechara, et l’appeler, comme nous, « AbouNa », « mon Père »); mais jamais de villages ni de quartiers mixtes sunnites-chaïtes, encore moins druzes-sunnites ou druzes-chaïtes… Et lorsque sunnites et maronites vivent ensemble, c’est dans les quartiers et alentours « huppés » de Beyrouth, où ne roulent que d’énormes 4×4 aux vitres noires, roulant à toute vitesse avec la sono à fond, le « signe extérieur » des parvenus qui ont fait fortune aux Emirats… et pour qui la religion est avant tout celle de la « réussite » sociale!!!

  3. Redigé par leila:

    J’ai connu dans les annees 70,un couple du nom de Khoury en Algerie
    ils habitaient a Sidi-Feruch au bord de la mer. Mme Mona khoury s’occupait de ses enfants,donc ne travaillait pas.M.khoury travaillait
    pour une societe algerienne.Je demande a toute personne ayant un contact avec les Khoury,de m’aider a les retrouver. Je n’ai pas de renseignements vu la periode noire que l Algerie a traversé ou beaucoup ont quitté le pays en laissant tout derrière soi.
    J’avais un institut de beaute,au centre ville,mariee et 3 enfants,si ca peut aider.