Notre reporter Samuel Lieven en Haïti III

Jeudi 21 janvier

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6h – Lever après une nuit pleine d’appréhensions : tremblera, tremblera pas ?

10 h – Après deux heures de pied de grue pour savoir si une équipe de Catholic Relief Service, l’équivalent américain du Secours catholique, accepte de nous embarquer pour une distribution de nourriture à l’extérieur de Port-au Prince, nous décidons de retourner comme hier à l’hôpital à ciel ouvert près de la cathédrale.

Toujours les malades silencieux, les cris de ceux qu’on opère, l’odeur des désinfectants. Et, de plus en plus tenace, celle des morts sous les décombres environnants. On amène à la hâte un jeune homme blessé par balle à la tête. Des affrontements entre jeunes ? La police ? Les versions divergent. La civière est posée à même le sol, devant l’entrée. Les équipes s’activent pour l’oxygéner. Un médecin nous fait comprendre qu’il ne s’en sortira pas.

Nous demandons à trois jeunes en moto de nous emmener à l’hôpital Saint François de Sales pour y observer le travail des équipes internationales et du bloc opératoire mis en place par Caritas Etats-Unis. Sur un lit, Natacha, 28 ans, radieuse, serre dans ses bras la petite Natalia, 3 jours. « J’ai tout perdu, mais elle est là… »

Un saut à Radio Caraïbes (l’équivalent de Radio-France) dont le bâtiment a été sinistré. Depuis, le trottoir d’en face s’est transformé en studio.

L’après-midi, nous passons quelques heures au milieu des familles réfugiés sous des milliers de tentes de fortune dans la zone du palais présidentiel. Patience, lucidité, joie de vivre… et système D.

22h10 – Au moment où j’écris, nouvelle (petite) secousse. Je sors et dévale quatre à quatre les escaliers. En remontant, je tombe sur Will, un Hollandais aux boucles blanches, vétéran des séismes à travers le monde que les membres de Caritas appellent ici « Monseigneur ». Avec le plus grand flegme, cigare en bouche, il me fait part de ses doutes sur la résistance d’une aile de notre bâtiment en cas de récidive. Précisément celle où je loge. Bonne nuit.

22/01/2010

2 Réponses pour “Notre reporter Samuel Lieven en Haïti III”

  1. Redigé par Brigitte Collet:

    Merci Samuel pour ton témoignage qui nous captive.
    Passe le message : ici tout le monde est mobilisé pour aider Haïti du mieux possible.
    On attend ton retour pour en parler avec toi autour d’un bon café.

    Brigitte

  2. Redigé par luc balbont:

    Samuel
    c’est un excellent témoignage que tu nous donnes, vivant, poignant, on a envie d’en savoir, d’en lire plus.
    Bravo !
    Par pitié ! Fais juste changer la photo qui l’illustre à ton retour