# 12 : A Bethléem, ils s'engagent pour la paix

Suite à mon blog sur le Liban ( 23 décembre 2008- 15 janvier 2009) et à mes posts sur le dialogue islamo-chrétien (21 septembre-18 octobre 2009), voici les portraits de deux Palestiniens rencontrés récemment lors d’un reportage à Bethléem, ville palestinienne de Cisjordanie. Un homme et une femme, nés sur cette Terre et dans cette ville qui, en dépit du conflit israélo-arabe qui dure depuis 1948, croient « le vivre ensemble » encore possible.

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George Saadé, vice-maire de Bethléem

Installé derrière son bureau, au premier étage de la municipalité de Bethléem, sous le portrait de Yasser Arafat (1929-2004), père de la nation palestinienne George Saadé, 48 ans, raconte d’une voix posée et sans pathos l’événement qui a bouleversé sa vie…. Ce 25 mars 2003, il se rend en voiture avec sa femme et ses deux filles au super-marché de la ville. Déclenchée à la fin de l’année 2000, la seconde Intifada (la révolte des Palestiniens) fait rage. Pour la contenir, l’armée israélienne opère des incursions régulières dans les Territoires palestiniens, impose un sévère couvre-feu, érige des barrages. C’est à l’un de ses points de contrôle que le drame se produit. Les soldats juifs confondent la voiture de la famille Saadé avec un véhicule suspect, dans lequel se cachent des activistes islamistes armés. Ils tirent. Christine 12 ans, la plus jeune fille des Saadé est tuée. La famille est marquée à vie.

Ce 5 décembre 2009, six années plus tard, George Saadé se déplace, reçoit, planifie, organise. Pour ne pas vivre constamment dans la souffrance, l’ingénieur en génie civile s’est mis au service des autres, en se lançant dans la politique locale. Une façon d’alléger son fardeau. En mai 2005, il est élu vice-maire de Bethléem. Devenu l’un des 15 membres du Conseil municipal (8 chrétiens et 7 musulmans, tel que l’avait voulu Arafat), il travaille d’arrache-pied pour améliorer les conditions de vie de ses administrés. Pas facile dans une ville soumise au blocus, où les habitants sont enfermés depuis 2004, derrière une ceinture de béton construite par les Israéliens. Chômage endémique (plus de 30%), privations, frustrations multiples, et, plus que tout, cette impression étouffante qui pèse sur les épaules et dans les têtes, de vivre en permanence dans un lieu, où même le ciel est surveillé par son puissant voisin.  Levé à l’aurore, couché tard le soir. La tête pleine, le corps fatigué, il reste moins de temps libre, pour se souvenir de l’Absente.

… Pourtant, tout reste bien fragile : « Je pense chaque jour à Christine, confie le père toujours en deuil, en me levant, en empruntant dans les rues où je marchais avec elle, quand je passe devant son école. Alors pour surmonter, je prie. Je me dis que je la retrouverai, qu’elle me voit. Je suis porteur du message de vie que nous a laissé Jésus dans cette ville, où j’ai moi aussi vu le jour. »… Ce Christ qui, répète l’élu, invite à dépasser l’esprit de revanche, et à éradiquer la haine. « Israéliens et Palestiniens, nous sommes issus de la même humanité. Nous avons besoin d’aimer, d’être aimé, de toucher, d’être touché, d’avoir un toit sur nos têtes, de pouvoir manger et d’avoir les moyens de donner à nos enfants une éducation poussée. Si les Israéliens reconnaissent que notre humanité n’est pas différente de la leur, l’extrémisme sera vaincu, et nous pourrons enfin vivre ensemble, avec les même droits. Si nous y parvenons, Christine ne sera pas morte pour rien. »

Jihan Anastas, directrice du Centre de la paix de Bethléem

Branle-bas de combat au sous-sol du Centre de la Paix de Bethléem. Jihan Anastas et ses collaborateurs préparent une exposition, autour de la place de la Palestine dans le Bassin méditerranéen. Le plus difficile sera de trouver les fonds. Avec le blocus imposé par Israël, tout passe au compte-goutte à travers l’hermétique frontière de béton, et les investisseurs ne se bousculent pas au portillon. Pourtant Jihan garde l’espoir. « Si ce n’étais pas le cas, affirme celle qui dirige ce lieu depuis plus de deux ans, je démissionnerai immédiatement de mon poste ».

L’institution qu’elle dirige est un grand bâtiment blanc, situé entre la basilique de la Nativité et la mosquée Omar. Il occupe tout le côté Est de la Place de la Mangeoire. Il a été ouvert en juillet 1999, en vue de préparer le jubilée de l’an 2000, célébrant les deux millénaires du christianisme : normal dans la ville où est né Jésus. Une ville que Jihan porte comme son propre enfant et qu’elle veut faire découvrir au monde. « Notre but est de montrer que notre histoire n’est pas faite que de lutte et de larmes. Nous voulons faire lire nos poètes, exposer nos artistes, faire entendre nos musiciens. » Autre objectif visé : celui d’être le point de ralliement de tous les Palestiniens exilés. La directrice raconte : « Depuis la première guerre israélo-arabe de 1948, 350.000 Bethléémites sont partis vivre au Chili, pour fuir la violence et la pauvreté. L’année passée, notre Centre a reçu une délégation de ce pays d’Amérique du sud. Trente-cinq frères venus d’un autre continent, mais qui en retrouvant leur ville, leurs maisons, parfois des parents, sont repartis plus forts, en sachant d’où ils venaient. Les Israéliens ont beau construire des murs, confie Jihan, leur béton ne pourra rien séparer. La culture est une arme plus redoutable que leurs chars. »

Parfaitement francophone, Jihan Anastas qui a fait ses études d’architecture à Paris, croit à la paix comme George Saadé, avec qui elle siégea au Conseil municipal de la ville jusqu’à sa nomination. « Malgré la pauvreté, l’exil , et ce « Mur de la honte » qui nous pénalisent, nous sommes les héritiers de Jésus. Ce Christ qui n’incarne pas seulement les chrétiens, mais l’humanité toute entière. Ce serait un comble de ne plus croire en ce Prince de la paix, né comme nous ici, à Bethléem. »

Jihan sait aussi que de l’autre côté du mur, des Israéliens oeuvrent comme elle pour « un vivre ensemble » dans la justice et le partage. « En 2004, se rappelle –t-elle, j’ai fait du « lobbying pour la paix » au Parlement européen avec Deby Lermann, une Israélienne merveilleuse qui détestait la politique agressive et méprisante des ses dirigeants envers notre peuple. Durant trois mois, nous avons constitué un magnifique tandem. Grâce à elle, j’ai compris que la paix n’était pas un leurre. »

Luc Balbont (photos : Yossi Zamir / Flash 90)

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07/01/2010

Une Réponse pour “# 12 : A Bethléem, ils s'engagent pour la paix”

  1. Redigé par frenchy:

    A propos de la Palestine, il y eu, de cela quelques semaines, la publication d’une interview intéressante d’un intellectuel palestinien proposant tout simplement l’annulation de la création d’un état palestinien « tout simplement impossible à être viable » en raison de la politique de fractionnement et de colonisation israélienne et de donner aux palestiniens … la nationalité israélienne, tout en devenant des citoyens de 3ème catégorie.
    Cette personne prétendait qu’une telle solution pourrait mettre Israël devant l’échec à venir de sa politique actuelle via la démographie palestinienne qui demeure plus importante qu’en Israël et que c’était la seule manière de rendre Tel Aviv raisonnable.