# 10 du Liban – Waddah Charara : « Le dialogue ? C’est le conflit assumé, qui nous vient de l’héritage chrétien »

Waadah Charara au centre ville de Beyrouth

Waadah Charara au centre ville de Beyrouth

Après toutes ces années de guerre et de conflits, de plus en plus de Libanais expriment depuis 2005 [NDR, le départ des troupes d’occupation syriennes] une volonté de justice universelle, qui transcende le système de clans, en vigueur dans notre vie quotidienne. Cette manière universelle d’envisager la justice est une exception dans cette région d’Orient, où la force prédomine, et où la loi de la tribu et des armes finissent toujours par l’emporter. Une vision qui provient de l’héritage chrétiens du pays »

Ce n’est pas un religieux, un évêque, ou un «chrétien identitaire» (si nombreux au Liban) qui tient ces propos mais un chiite, né dans un village du sud Liban. Waddah Charara a reçu par son grand-père une éducation religieuse.

Il a même failli devenir Imam, m’avait-il expliqué il y a quelques années : « La découverte vers 17 ans de la langue, de la littérature française et des philosophes des lumières l’ont, dit-il, sauvé de la mosquée. »

Waddah Charara est ce qu’on appelle « une pointure intellectuelle ». Journaliste au quotidien arabophone Al Hayat, historien, sociologue, il a longtemps enseigné à l’université libanaise. Ses articles, ses livres, dont celui qu’il a écrit sur le parti religieux chiite pro-iranien du Hezbollah  (1997), qu’il stigmatise comme étant un Etat dans l’état, font références.

C’est Place de l’Etoile, au centre de Beyrouth, que nous nous sommes retrouvés ce 14 octobre 2009. Waddah, je le connais depuis plus de dix ans, et ses éclairages sur la complexité de la société libanaise et les arcanes de sa politique, m’ont maintes fois aidé à décrypter le cours des évènements, sans pour autant être d’accord avec lui sur tous les sujets abordés. Mais ce penseur authentique reste ouvert à toutes les controverses qu’on lui oppose, toujours prêt à contre argumenter avec des mots justes et pertinents.

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Grand corps ascétique, cheveux blanc, Waddah, 67ans, m’accueille dans le hall de son journal et m’entraîne dans un restaurant de ce centre reconstruit de Beyrouth qui respire le « business », si différents de cette banlieue sud de la capitale, grouillantes et métissées. Mais qu’importe le lieu, je suis si heureux de retrouver mon ami. Nous nous attablons. Il commande. Taboulé pour lui, Taouk (poulet préparé à la libanaise) pour moi. Et nous poursuivons la discussion

« Beaucoup de chrétiens au Liban, déplore mon ami, semblent avoir renoncé à leur héritage, d’où découlent les grands principes universels de l’Humanité. » Waddah est profondément laïc, sans doute incroyant (bien que n’ai jamais osé lui posé directement la question), mais sa reconnaissance pour la culture chrétienne et son apport dans la construction du Liban, sont sans faille. Tout au long de notre repas Waddah insiste sur la spécificité chrétienne, « unique dans ce monde arabo musulman tribal et clanique, où il faut être fort pour se faire respecter », une théologie qui affirme-t-il « relève de la fraternité, de l’égalité et de la compassion. Une reconnaissance du faible, difficilement acceptable dans cette région du monde, où l’arme est le symbole de la puissance. »

Le dialogue qui est le thème de ces lettres du Liban, Waddah Charara le définit comme « un conflit assumé » qui permet aux hommes de reconnaître et d’accepter les décalages qui les opposent, pour mieux les dépasser. Et prévient-il : « Chaque fois, que l’on a refusé de parler des conflits ouvertement, de mettre sur la table les violences anciennes, d’éclairer l’histoire, le dialogue a échoué et la guerre a repris. »

« Conflit assumé », je quitte Waddah en méditant cette vision du dialogue. Je remonte vers la place des Martyrs, la cathédrale Saint Georges des chrétiens maronites côtoie la grande mosquée, où repose le corps de Rafiq Hariri, le Premier ministre libanais assassiné en février 2005. C’est ici, qu’à l’époque, avait convergé des milliers de jeunes Libanais, réclamant le départ des troupes syriennes, avec ce leitmotiv ; « ni chrétiens, ni musulmans, Libanais, 100% Libanais ! »

Luc Balbont/blog des reporters/pelerin.info

14/10/2009

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