# 8 du du Liban : Père Haddad : « Si on va à l’essentiel, le dialogue religieux est possible »

Deux ans déjà que le P.Grégoire Haddad, 85 ans, vit dans cette maison médicalisée d’un quartier nord de Beyrouth, tenue par des religieuses. Ancien évêque grec-catholique (melkite) de Beyrouth, créateur du Mouvement social libanais, « apôtre » de la laïcité, promoteur du dialogue islamo-chrétien, ami de l’abbé Pierre et de l’imam Moussa Sadr (*) , Mgr Haddad fut démis de sa fonction d’évêque en 1974, pour  avoir oser dire « que l’église libanaise était trop riche et qu’elle devait vendre ses biens pour les distribuer aux pauvres ».

Sa hiérarchie prit alors le prétexte de l’un de ses écrits sur la Vierge Marie pour le désavouer. Les Libanais ne furent pas dupes. Il devint l’une des personnalités les plus populaires du pays. Aujourd’hui encore « l’évêque des pauvres » reste l’un des grands hommes de ce pays. Et son œuvre – livres, articles, revues, mouvements associatifs- constitue un fondement pour la construction d’un Liban citoyen. Dans sa chambre, où il a accepté de nous recevoir avec Salma Kojok (lire la 3 è lettre de ce blog), il fait le point sur le dialogue entre les communautés et la citoyenneté libanaises. Deux combats qu’il a menés tout au long de sa vie, et qui continuent d’être au centre de ses préoccupations.

Le corps ne suit plus, mais les idées restent claires et la pensée limpide. Au centre de « la maison de Marie », le P. Grégoire ne vit pas en reclus. Il continue de lire (pour l’heure c’est le poète portugais Fernando Pessoa qui a ses faveurs), et de recevoir. Sa chambre est bien souvent un lieu de débats et de rencontres. Ainsi, c’est là, dans cet espace de quelques mètres carrés, que se tiennent certaines réunions du « Courant  pour la société civile », cette association créée en 1999, par des jeunes Libanais de toutes confessions confondues, un mouvement que le P Grégoire soutient et qui cherche à diffuser une culture de la laïcité au Liban.

Ici aussi convergent régulièrement des hommes et des femmes, connues ou anonymes, venus écouter le Père analyser la situation politique ou sociale du pays, ou chercher simplement un  réconfort moral ou spirituel. L’homme sait transmettre l’espoir et l’énergie, antidotes des périodes de doute. Optimiste mais pas naïf, il reste confiant dans la vision d’un Liban futur uni et déconfessionnalisé.

C’est à dessein qu’il avait  fondé le « Mouvement social libanais » en 1959 : «  Ce n’est pas facile de construire une laïcité avec 18 confessions, reconnaît le P. Haddad. Les chefs religieux – chrétiens comme musulmans- ont peur de perdre leur pouvoir sur les hommes, peur de ne plus maîtriser les esprits, alors ils diabolisent la laïcité. Chaque communauté confessionnelle est ici soutenue par un parti politique, voire une puissance extérieure. Pourtant, constate le religieux, les adeptes du mariage civil sont de plus en plus nombreux, comme ceux qui refusent de voir mentionner la confession sur des papiers officiels. Aujourd’hui, nous soutenons cette sorte de résistance civile des citoyens qui consiste à demander la suppression de la mention de la confession sur l’extrait d’état civil.  De toutes les façons, si les Libanais veulent éviter de nouvelles guerres civiles, ils ne doivent plus vivre repliés sur leurs communautés, comme ils le font aujourd’hui. »  

Une déconfessionnalisation que l’évêque s’applique à lui-même. Ainsi, quelques mois après la fondation du Mouvement social, il passe la main à un laïc, pour ne pas qu’il soit dit que l’association est noyautée par l’Eglise grecque-catholique.

 Autre domaine fort de son engagement : le dialogue avec les musulmans. En 1962, il rencontre pour la première fois l’imam Moussa Sadr, religieux chiite iranien, installé au Liban, qui fondera par la suite le «  Conseil supérieur chiite libanais », puis le mouvement « Amal ». Moussa Sadr qui a le souci  des défavorisés, est intéressé par les combats sociaux  que mène le P. Haddad : « Je lui ai demandé de faire partie de notre mouvement. Il a accepté, et durant 5 ans, il a assisté à toutes nos réunions. Ensemble, nous allions donner des conférences dans tout le pays. Le seul point de divergence que nous avions portait sur la violence. Moussa Sadr affirmait qu’elle était parfois nécessaire pour affirmer ses droits. Nous au mouvement social, nous étions résolument contre.»

 

En 1976, le P. Grégoire participe à la première rencontre islamo-chrétienne organisée en Libye : « il n’en ai pas ressorti grand-chose. Tout fut bloqué par des questions théologiques secondaires, » se souvient-il, « aujourd’hui encore, on n’avance pas dans ce dialogue. » Et pourtant, regrette le Père, « il faudrait si peu de chose pour que l’on s’accepte. Il suffirait que chrétiens et musulmans reviennent à l’essentiel pour que le dialogue devienne possible» Nous lui demandons  ce qu’il entend par là : « L’essentiel pour moi, c’est de prendre conscience qu’un Dieu d’amour vit en chacun de nous et pas en dehors.  Dieu ne peut pas se réduire à des questions théologiques et à des mots. » Les mots piègent l’homme. C’est pourquoi, dit le Père «  qu’aujourd’hui, je prie sans mot. Je n’ai pas besoin des mots convenus de la religion pour prier. Je suis peut être un peu hérétique dans ce sens pour certains. Et pourtant je ne me suis jamais senti aussi proche de Dieu. »

 

Luc Balbont, avec Salma Kojok

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(*) Moussa Sadr. Imam chiite né à Qom (Iran) en 1928. Il s’installe au Liban en 1959. Fondateur du « Conseil supérieur chiite » au Liban en 1969, du « Mouvement des déshérités » en 1974 et du mouvement chiite « Amal » en 1975. Il disparaît mystérieusement lors d’un voyage officiel en Libye en 1978. On n’a jamais retrouvé son  corps. L’imam Sadr reste le grand  artisan dans les années soixante, de la reconnaissance de la communauté chiite du Liban

11/10/2009

Une Réponse pour “# 8 du du Liban : Père Haddad : « Si on va à l’essentiel, le dialogue religieux est possible »”

  1. Redigé par frenchy:

    « la maison de Marie » ou le Christ Roi à Zouk Mosbeh…

    Je ne le connaissais pas, j’ai appris par votre article à le connaitre, je connaissais cependant son successeur Habib Bacha, mais qui manque désormais de saveur par rapport à lui (et pourtant qui fait partie de la famille)