# 7 du Liban : « Ici on sent qu’on peut vivre ensemble ! »

 

Ils ont installé leurs chaises en cercle au milieu de la cour et entamé le dialogue. Huit professeurs et psychologues : un homme, sept femmes. Tous appartiennent à  l’école Insan (humanité en langue arabe). Musulmans et chrétiens mélangés. Du groupe, seule Magy est coiffée d’un voile. Pour le reste, la confession est indiscernable. Ils y tiennent.  Sur le pas de  porte de son bureau, Charles Nasrallah, 34 ans, chemise claire et barbe naissante commente : « L’équipe se composent de toutes les confessions, chiites , sunnites, maronites, orthodoxes. Même les plus minoritaires sont représentées, druze, syriaque, copte. »

C’est dans une vieille école de Bourj Hamoud, le quartier arménien de Beyrouth, que Charles Nasrallah et son équipe officient. Insan, qu’il a fondé en 2000 compte aujourd’hui une trentaine de salariés, épaulés par quelques 40 bénévoles. Son activité est double : d’une part développer par différents programmes, les notions de bien commun dans un Liban rongé par le confessionnalisme et le régionalisme ; de l’autre, travailler à la protection et à l’éducation des enfants pauvres, issus de familles déshéritées et immigrées. Plus de 200.000 étrangers  travaillent  au Liban pour des salaires de misère (200 dollars par mois au mieux). Sri-lankais, Philippins, Soudanais, Erythréens, Egyptiens, Syriens, Palestiniens, Ghanéens, une main d’œuvre exploitée, sans aucune protection sociale. « Des enfants naissent, explique Charles Nasrallah. La loi libanaise ne les reconnaît pas et ne leur donne pas de papiers. Sans papiers, les écoles libanaises ne les acceptent pas. Notre établissement est le seul à les accueillir. » C’est en constatant sur le terrain, que ces enfants ne sortaient jamais de chez eux, confinés dans des taudis, ou pire, traînaient dans les rues à la merci de la sauvagerie ambiante, que l’équipe Insan crée cette école en 2003.

Depuis le début octobre, soixante-dix « petits privilégiés » suivent les cours dans l’une des quatre classes de l’établissement. « Faute de place, nous sommes obligés de refuser une grande partie des demandes d’inscriptions», déplore le directeur. Dans un système scolaire libanais privé, Insan aidée par la Commission européenne à travers «Terre des hommes-Lausanne » et la Caritas libanaise, assume tous les frais de scolarité : transport, fournitures scolaires, nourriture. Hélas, la subvention suffit à peine pour couvrir le montant de la location de l’école (210.000 dollars par an / 150.000 euros environ), et les salaires des 9 professeurs (500 dollars par mois pour un enseignant / moins de 400 euros). Les difficultés de trésorerie empoisonnent chaque fin d’année: « notre survie tient parfois du miracle, « fatalise » Charles Nasrallah. »

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Heures incertaines mais qui renforcent la détermination de  l’équipe à poursuivre cette extraordinaire aventure humaine ! Dans un Liban où le système scolaire est totalement confessionnel, personne ici ne demande aux enfants « quel Dieu il prie ». « Pas facile d’être laïc au Liban, soupire Randa Dirani, responsable des relations extérieures. Le mot est assimilé à l’athéisme.» Cette laïcité, espace de neutralité, est l’un des principes fort de l’association, inscrit dans ses statuts. Insan n’est liée à aucun parti politique, à aucun réseau financier, à  aucune confession religieuse. Une neutralité qui ne constitue pas pour autant un repoussoir pour les religieux. La preuve : Sœur Lodie, libanaise de la Congrégation de la charité de Besançon y enseigne les mathématiques, et sœur Thérèse franciscaine de Saïda (sud du pays) passe régulièrement apporter son soutien au groupe. Le mot laïc ne leur fait pas peur. « Les enfants sont motivés, se réjouit Sœur Lodie, titulaire d’un master en éducation, je suis étonnée par leurs progrès. Je sais pourquoi je suis là. »

Quand aux musulmans, ils se sont totalement accoutumés à travailler aux cotés de ces religieuses en habit. «L’année dernière, les subventions ont tardé à venir, raconte Charles Nasrallah, et nous accumulions dangereusement les dettes. D’un commun accord, les professeurs ont reversé leurs salaires, sous forme de dons, pour sauver l’école. Cette année, nous risquons de traverser les mêmes remous, et tous sont prêts à refaire la même chose, chrétiens comme musulmans. »

Cette mixité islamo-chétienne qui fait la fierté de l’équipe, demande une attention quotidienne «  Nous multiplions les réunions en dehors des cours. Chaque évènement est l’occasion d’une table ronde et de discussions, assure Charles Nasrallah. Nous mettons tous sur la table : le voile, la guerre civile, le racisme, les préjugés. Même des sujets tabous au Liban comme la sexualité sont abordés. Les échanges sont parfois vifs », admet le directeur d’Insan qui se rappelle de ce jour de l’été 2006, où l’aviation israélienne bombardait le Liban, « les chrétiens étaient accusés par les musulmans de prendre le parti des juifs. Deux chrétiens sont venus expliquer combien ils étaient attachés à l’indépendance du Liban, et à l’identité libanaise. Tout est rentré dans l’ordre, sans violence. « Ici, conclut Charles Nasrallah, on sent vraiment qu’on peut vivre ensemble.»

Luc Balbont

Insan –  Sin el Fil, Daher el Jamal Secteur 1, rue 88 – BP 16 7155 – Beyrouth , Liban – insane_info@yahoo.com   -  ou  www.insanassociation.org

09/10/2009

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