# 3 du Liban : une visite chez mon ami cheikh Hussein Salim

Bhabouch, village du nord Liban, est l’un des derniers vestiges de la « fameuse convivialité islamo-chrétienne libanaise». Si cette fraternité de la « Croix et du Croissant » existait avant la guerre civile de 1975 comme le prétendent beaucoup de Libanais, ce n’est plus le cas. Les communes où se côtoyaient chrétiens et musulmans, ont disparu dans les violences de ces trente-cinq dernières années, sauf quelques-unes dont Bhabouch.

Dans ce  bourg de 400 âmes cohabitent encore 2/3 de chrétiens pour 1/3 de musulman, et l’église et la mosquée se font presque face. Un vrai miracle du à la solidarité villageoise, qui dans les périodes de tension a joué un rôle essentiel, pour contrecarrer les interventions extérieures, visant à dresser les deux communautés l’une contre l’autre. Cheikh Hussein Salim est l’imam de ce village.

 Cheikh Hussein Salim est est  né en 1968, et habite toujours la maison familiale – une demeure de plein pied toute simple au cœur de la  localité- avec sa femme, ses quatre enfants et sa mère. Nous nous connaissons lui et moi depuis des années. Et nous avons toujours un réel plaisir à nous retrouver autour d’une tasse de café, que son épouse, revêtue du traditionnel tchador noir des femmes chiites, prépare, heureuse de recevoir l’ami français de son mari.

Comme tout religieux chiite, Hussein a fait ses études en Iran, à l’université de Qom, la référence absolue pour l’islam chiite (*). Ce dimanche 27 septembre 2009, comme à chacune de nos rencontres, il me provoque sur mes convictions laiques. Et s’il admet volontiers « que la séparation entre l’Eglise et l’état est nécessaire en Occident » c’est pour aussitôt souligner que « tel n’est pas le cas dans les pays musulmans, car contrairement à la Bible et à l’Evangile, le Coran est tout a fait apte à régenter avec efficacité la vie quotidienne des hommes. » Je conteste. Il sourit. La discussion est partie

 Fait plutôt rare chez les religieux musulmans (sunnite ou chiite), Hussein Salim a étudié la bible. Il a lu attentivement l’Ancien et le Nouveau Testament. Et s’il est tout à fait capable de citer des passages entiers des Evangiles de Matthieu, Luc ou Jean, voire des versets du Deutéronome, c’est pour mieux « en  relever les incohérences. »

Ainsi il est persuadé que dans l’Ancien Testament, « Dieu annonce à Moïse (Moussa) la venue du Prophète Mahomet, et que dans l’Evangile de Jean,  Jésus avoue qu’il n’est pas Dieu ou fils de Dieu. » Il m’interroge : « Pourquoi les juifs et les chrétiens refusent-ils la vérité ? » Et poursuit : « Dans vos quatre Evangiles, vos apôtres ne cessent de se contredire. Dans le Coran tout est clair, il n’y a aucune contradiction. J’ai souvent demandé des explications, mais aucun chrétien n’a pu me répondre clairement. Les lectures des textes juifs et chrétiens m’ont convaincu que l’islam était vraiment la religion la plus aboutie. »

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Face à sa certitude, mes arguments sonnent le creux. La tolérance chrétienne, le pardon à son offenseur, la condition féminine plus enviable dans les pays non musulmans. Hussein réfute tout. Et si mon ami croit pourtant que le dialogue islamo-chrétien est théologiquement possible, il conçoit celui-ci comme une bataille, qu’il attend de pied ferme : « Si toi chrétien parvient à me convaincre que je fais fausse route et que ta religion est meilleure que l’islam, je suis prêt à me convertir et à devenir Nazaréen (le nom qu’il donne aux chrétiens) », mais ajoute-t-il en riant, « je n’ai aucune crainte.»

Le reste de la visite sera l’occasion de parler du quotidien. De la crise économique qui frappe plus durement les pauvres au Liban, des malades qui ne peuvent pas se soigner faute de moyens financier, la corruption du gouvernement, la montée du chômage qui oblige les Libanais à s’exiler, les frais de scolarité des enfants de plus en plus élevés. Sur ces points Hussein et moi sommes tout à fait d’accord. Nous nous quittons en nous promettant de nous revoir le plus tôt possible.

A peine sorti de chez Hussein, je rencontre l’ancien maire, Assad Khoury (un chrétien), qui m’assure « que chrétiens et musulmans vivent ensemble depuis 300 ans à Bhabouch. Dans mon entreprise, me dit-il, j’emploie des musulmans. » Pourtant quand je lui demande s’il existe des couples islamo-chrétien dans son village, il répond : « Non ! Parce que c’est interdit religieusement. » A Bhabouch, pour ne pas rompre l’harmonie quotidienne, les habitants, chrétiens ou musulmans, savent qu’il y a des bornes à ne pas franchir.

 Luc Balbont

 (*) Sur plus d’un milliard de musulmans dans le monde,les chiites sont environ 10%, mais sont majoritaires en Iran, en Irak et au Liban

27/09/2009

3 Réponses pour “# 3 du Liban : une visite chez mon ami cheikh Hussein Salim”

  1. Redigé par frenchy:

    Il y a malheureusement beaucoup d’incidents dont on ne parle pas même dans les médias libanais entre villages chrétiens et sunnites du Nord Liban.
    Par contre, je suis assez étonné de savoir qu’il existe des chiites au nord Liban, c’est une région plutôt sunnite avec des minorités chrétiennes et alaouites.
    Certes les alaouites sont considérés proches des chiites, mais cela m’a surpris

  2. Redigé par poitur:

    Bonjour

    j’ai pas compris

  3. Redigé par Le blog des reporters de Pèlerin » Blog Archive » # 6 du Liban : Mgr Saadé estime le « dialogue religieux » avec les musulmans « impossible »:

    [...] : un point de vue qui n’est pas sans rappeler celui de Cheikh Salim de Bhabouch (lire la 3ème lettre du Liban), pour qui le dialogue religieux a pour but de convaincre l’autre qu’il se fourvoie dans sa [...]