Guerre des drapeaux à « Josafat Valley »

Mardi 12 mai 2009, Jérusalem, Israël

Le pape Benoît XVI glisse un billet contenant une prière dans une fente du Mur des Lamentations. (AFP PHOTO/POOL/RONEN ZVULUN)

Le pape Benoît XVI glisse un billet contenant une prière dans une fente du Mur des Lamentations. (AFP PHOTO/POOL/RONEN ZVULUN)

Après une visite du Dôme du Rocher – le monument qui marque l’ascension du prophète Mahomet aux cieux – sur l’esplanade des mosquées où il a dialogué avec le Grand Mufti de Jérusalem (le discours su pape sur l'esplanade des mosquées. Source La Croix), puis une visite au Mur occidental, plus connu sous le nom du Mur des Lamentations – dernier vestige du temple bâti par le roi Salomon – suivi d’une rencontre avec les deux Grands Rabbins de la cité, Benoît XVI a encore eu le temps, dans la même matinée, de prier le Regina Coeli avec les évêques de Terre sainte dans la salle du Cénacle (lire le discours aux évêques) avant de se rendre à la co-cathédrale des Latins de Jérusalem.

 

Rami Saleh en route pour la célébration présidée par le papeRami Saleh en route pour la célébration présidée par le pape (photo A. d'Abbundo)

L’après-midi, le pape avait donné rendez-vous aux chrétiens de Terre sainte pour célébrer la messe dans la vallée de Josafat, partie nord de la vallée du Cédron, ample dépression qui sépare la colline du Temple des pentes du Mont des Oliviers. Une occasion que Rami Saleh, 33 ans, sa femme Ramia et leur jeune fils Jacques, 6 ans, n’ont pas voulu manquer. La famille Saleh fait partie de ces quelque 150 000 arabes chrétiens qui ont la citoyenneté israélienne. Une citoyenneté tronquée, certes, car ils ne bénéficient pas des mêmes avantages que les citoyens juifs – certains métiers considérés par les autorités israéliennes comme relevant de la sécurité nationale leur sont interdits –, mais une citoyenneté quand même : ils ont le droit de vote et disposent donc d’une représentation nationale de 7 députés, sur 130, à la Knesset, le parlement israélien. Rami et les siens habitent de longue date à Bet Hanina, quartier au nord de la vieille ville de Jérusalem. Pourtant, Rami ne se sent en rien israélien. Sa vraie, sa seule patrie, c’est la Palestine. Recouvrer sa terre et ses droits est son obsession quotidienne, à tel point qu’il a renoncé, il y a quelques années, à un poste relativement confortable de professeur de chimie pour s’engager dans une organisation non gouvernementale qui s’occupe de défense les droits de l’homme. Militant convaincu de la cause palestinienne, Saleh n’a cependant rien d’un enragé. Catholique pratiquant, il s’est toujours refusé à la violence, affirme-t-il. Pour autant, il n’accepte pas que seuls les Palestiniens soient qualifiées de terroristes. « Regardez ce que les Israéliens ont fait à Gaza en décembre et janvier derniers. Des milliers de victimes sous mortes sous leurs bombes : des femmes, des enfants, des familles entières. Qui sont les assassins ? », interroge-t-il. Rami porte un tee-shirt avec l’inscription en anglais « Remain your brain » – Souviens-toi – à la mémoire de ces victimes.

L’Eglise grecque-orthodoxe Saint-Stéphane Le bus dans lequel nous nous sommes rencontrés vient de stopper à proximité du premier poste de contrôle, tout près du Tombeau de la Vierge. Derrière, on aperçoit les bulbes dorés de l’Eglise grecque-orthodoxe Saint-Stéphane (photo A. d'Abbundo) qui resplendissent au soleil et, sur la droite, la tâche verte du Mont des Oliviers où Jésus aimait faire retraite et où il fut arrêté. Un épisode que Rami a longuement médité. « Lorsque Jésus a été conduit devant le grand prêtre Caïphe, un soldat l’a giflé. Alors Jésus lui a demandé : « Si j'ai mal parlé, fais voir ce que j'ai dit de mal ; et si j'ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu?» (Jean 18, 22-23). Pourquoi les policiers israéliens nous traitent-ils aussi mal ? » raconte-t-il.

Famille de RamiRami Saleh, 33 ans, sa femme Ramia et leur jeune fils Jacques, 6 ans (photo A. d'Abbundo)

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Pour lors, il suffit de présenter son carton d’invitation pour pénétrer dans la vallée où a été dressé l’autel. A l’entrée, les organisateurs distribuent des casquettes aux pèlerins. Un cadeau que Rami s’empresse de repousser. « Elles portent l’inscription Israël et nous ne reconnaissons pas l’occupation de Jérusalem et des territoires. Nous voulons la paix, mais pas aux conditions et selon les règles fixées par Israël », souligne-t-il pour expliquer son geste.

drapeauxDistribution de drapeaux palestiniens (photo A. d'Abbundo)

Le petit Jacques, lui, s’est couvert d’un de ces couvre-chef sans provoquer la moindre réaction de son père. « Il est jeune, il doit se protéger du soleil », lâche Rami en souriant. Combien de personnes peuvent se tenir dans l’étroite vallée de Josafat ? Difficile à dire. En tout cas, les organisateurs ont mis à disposition des communautés chrétiennes autochtones environ 4 000 invitations. D’évidence, le compte n’y est pas.

La messe célébrée par le pape Benoît XVI dans la vallée de Josafat (AFP PHOTO/JACK GUEZ)

La messe célébrée par le pape Benoît XVI dans la vallée de Josafat (AFP PHOTO/JACK GUEZ)

Si les pèlerins étrangers sont nombreux, la présence d’arabes chrétiens est beaucoup plus discrète. Auraient-il décidé de bouder le pape, comme il se murmure ici ? « Non, réplique aussitôt Rami. Si nous sommes si peu, c’est parce que les Israéliens ont multiplié les tracasseries pour que les habitants des territoires occupés alentours renoncent à se déplacer », assure-t-il. Pourtant, en insistant un peu, Rami convient que beaucoup de ses amis sont dubitatifs sur ce voyage. « Il intervient au plus mauvais moment, seulement quelques semaines après la guerre menée par Israël contre Gaza. Nous redoutons que sa venue donne une légitimité à Israël après ce massacre. J’ai entendu le pape. Il a dit qu’il venait ici pour renforcer les liens entre le Vatican et l’Etat hébreu. Ce qui revient à dire qu’il tamponne le fait qu’Israël est un pays juif », s’emporte Rami.

Poste de contrôle avant d'accèder au lieu de la célébrationAu seconde poste de contrôle (photo A. d'Abbundo), une jeune policière se livre à un étrange rituel sur les mains de chacun des invités. Elle frotte chaque paume avec un petit chiffon, chaque échantillon étant soigneusement conservé. Un nouveau procédé pour relever les empreintes génétiques ? Un détecteur de résidus de poudre ou d’explosif ? La policière sourit sans répondre. Il faut encore passer par un portique de détection avant de pouvoir, enfin, pénétrer dans l’enceinte où quelques milliers de personnes vont attendre, trois heures durant, le pape Benoît XVI. Rami a passé l’examen sans trop de difficultés. Fièrement, il exhibe de son sac une centaine de petits drapeaux qu’il propose autour de lui. Aussitôt, des dizaines de bras se tendent pour s’emparer du fanion marqué d’un triangle rouge à bandes noire, blanche et verte. Des jeunes surtout qui agitent aussitôt, avec enthousiasme, leur emblème de fierté perdu au milieu des gigantesques bannières aux armes du Vatican ou de l’Etat hébreu, des drapeaux italiens, polonais ou argentins. C’est assez pour mettre sur les dents le service d’ordre israélien. Quelques minutes plus tard, trois gardes font irruption autour de Rami et le somment de les suivre. Celui-ci s’exécute sans esclandre. « Vous voyez, il suffit que nous sortions un simple drapeau pour leur faire peur », s’énerve un jeune homme, témoin de la scène. Ramia, l’épouse de Rami, ne semble guère inquiète. « Ils vont lui poser quelques questions et l’expulser de la messe. Vous savez, je commence à avoir l’habitude », lâche-t-elle fataliste. De fait, Rami n’assistera pas à la célébration. Interrogé deux heures durant par la police, celle-ci va vite devoir convenir que le jeune homme n’a aucun antécédent judiciaire et qu’aucune loi n’interdit de brandir un drapeau dans le ciel, fusse-t-il palestinien. Ce jour-là, Rami a obtenu un petite victoire : quelques heures durant, le drapeau palestinien a flotté sur Jérusalem, celle que les Arabes s’entêtent à appeler Al Qods.

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> Lire l'homélie du pape durant la dans la Vallée de Josafat (source La Croix)

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14/05/2009

3 Réponses pour “Guerre des drapeaux à « Josafat Valley »”

  1. Redigé par André ROUX:

    Bonjour.
    Je ne fais pas de critique sur les textes d’aujourd’hui, je n’ai pas encore eu le temps de les lire. Mais une chose est certaine: C’est Jésus-Christ qui est le seul lien, le seul intermédiaire entre Dieu et les hommes, entre les hommes et Dieu.
    Le pape est le chef d’une religion. Pour qu’une religion soit utile aux hommes, elle doit les conduire à Dieu selon Sa Parole, et non selon des préceptes religieux qui sont parfois contraires.
    Suivons et respectons la parole de Dieu, la bible, recevons le Saint-Esprit, et nous serons bénis (pas bénits).
    André

  2. Redigé par giroux drivon:

    je trouve que c’est une très bonne chose que le PAPE soit allé en pays saint!
    c’est très réjouissant!
    cela me plait beaucoup!

  3. Redigé par GUY:

    Il convient que tous les lecteurs se souviennent que Jésus de Nazareth était juif.
    La négation qui en est faite aujourd’hui n’est que le reflet de prise de position politique.

    Guy