Vendredi 8 mai, Amman, Jordanie

L’amour qui sauve

Dans la vieille ville d'Amman, ruines romaines, chrétiennes et musulmanes mêlées

Dans la vieille ville d'Amman, ruines romaines, chrétiennes et musulmanes mêlées (A. d'A.)

 

 

 

 

 

 

Une « visite historique ». C’est ainsi que la presse jordanienne – de langue arabe ou anglophone – qualifiait ce matin, avec une belle unanimité, la venue du pape Benoît XVI prévue en début d’après-midi. Pour lors, en ce vendredi ensoleillé, jour de prières pour les musulmans, la capitale Amman prend son temps avant de se rendre à la mosquée comme il est demandé à tout bon croyant. Dans les rues désertées, le flâneur découvre alors, agréable surprise, les charmes insoupçonnés d’une cité d’ordinaire saturée des bruits de la circulation. Un silence dont il faut profiter en se rendant à la citadelle plantée sur l’une des sept collines – djebel, en arabe – sur lesquelles s’est bâtie l’antique cité de Rabba des Ammonites, peuple dont elle tire son nom actuel.

 

Là, sur ce promontoire qui domine les quartiers Est de la vieille ville, l’histoire semble arrêtée. Ou peut-être ne fait-elle que passer comme en témoignent les vestiges mêlés des occupations successives : romaine, avec les imposants restes du temple de Neptune, chrétienne qui bâtit la majestueuse basilique byzantine transformée plus tard, sous les Ommeyades, en mosquée, et aujourd’hui superbe ruine. En contrebas de la colline, la mosquée Hussein, toujours en activité elle, s’apprête à accueillir les fidèles pour le traditionnel prêche de l’imam. Aux abords de l’édifice, il se murmure que celui-ci devrait évoquer la venue du « Baba », le chef des chrétiens.

 

JORDAN-POPE

Le roi Abadallah II et de son épouse, la reine Rania, accueillent le pape à l'aéroport (AFP/PATRICK BAZ)

Comme indiqué  sur le programme réglé à la minute près,  le vol Alitilia AZ4000 s’est posé à 14 h 30, heure locale, sur l’aéroport Reine Alia d’Amman. Et ceux qui, après l’épisode de la petite phrase sur le préservatif prononcée, en avril dernier, lors du précédent voyage pontifical en Afrique, guettaient une nouvelle polémique à la descente d’avion, en auront été pour leur frais. A bord, Benoît XVI a certes accepté de répondre, durant une dizaine de minutes, aux questions des journalistes accrédités qui l’accompagnent – quelque 70 personnes au total –  , mais s’en est tenu avec prudence à des considérations générales (entretiens avec les journalistes : le texte en italien). D’abord sur son espérance de voir l’Eglise catholique jouer un rôle, comme force spirituelle, dans le processus de paix au Proche-Orient. Puis en insistant, de manière plus originale, sur la nécessité de développer un dialogue interreligieux tripartite entre juifs, chrétiens et musulmans.

 

C’est à ces derniers qu’il destinera l’essentiel de son premier discours prononcé lors de la cérémonie de bienvenue à l’aéroport international en présence du roi Abadallah II et de son épouse, la reine Rania, ainsi que des nombreux officiels venus l’accueillir (lire l'intégralité du discours : source La Croix). « Ma visite en Jordanie me donne l’heureuse occasion de dire mon profond respect pour la communauté musulmane », lance-t-il ainsi à l’assemblée, non sans avoir rappelé, au préalable, son attachement à la liberté religieuse considérée comme un « droit humain fondamental et inaliénable ». Dans un hommage appuyé à l’actuel souverain jordanien, et à son père et prédécesseur, le roi Hussein, dont il a salué la politique d’ouverture, le pape a prôné une « alliance des civilisations entre l’Occident et le monde musulman », invitant à promouvoir les valeurs de paix et de justice et à mettre en échec ceux qui, au contraire, considèrent « inévitables la violence et les conflits », en particulier tous les « extrémistes ». Rappelant les avancées obtenues à l’automne dernier, lors de la tenue du Forum catholico-musulman à Rome, Benoît XVI a enfin invité les deux traditions religieuses à approfondir le nécessaire dialogue à partir du « rôle central du commandement de l’amour » qui leur est commun.

 

Le pape Benoît XVI salue les enfants du roi et de la reine de Jordanie, à son arrivée au Palais royal à Amman. (AFP /ALBERTO PIZZOLI)

Le pape Benoît XVI salue les enfants du roi et de la reine de Jordanie, à son arrivée au Palais royal à Amman. (AFP /ALBERTO PIZZOLI)

 

 

 

 

 

 

L’amour qui sauve (Jean 12, 32) : c’est la parole forte que l’on retiendra de la seconde visite en terre jordanienne, intervenue en milieu d’après-midi. Lieu du rendez-vous : le centre Regina Pacis, à une vingtaine de kilomètres de la capitale. Une campagne de collines où l’olivier dispute sa place au rocher, endroit rêvé pour bâtir ce lieu d’accueil, de soins et d’insertion sociale destiné aux personnes handicapées fondé en avril 2004 par le patriarcat latin de Jérusalem et placé, depuis, sous l’autorité du dynamique vicaire du patriarcat d’Amman, Mgr Salim Sayegh.

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Notre-Dame de la paix : pouvait-on choisir plus belle figure tutélaire pour ce voyage ? Et comment mieux commencer ce pèlerinage que dans la rencontre avec ceux « marqués par la souffrance ou les épreuves » mais qui n’ont pas « renoncé à l’espérance ». Un symbole fort pour les quatre mille personnes réunies dans la cour du Centre Régina Pacis, venus de toute la Jordanie et au-delà, pour communier avec le pape dans la foi en « l’amour inconditionnel de Dieu, qui donne vie à chaque être humain, donne une dignité, un sens et un but à toute vie humaine » (lire lintégralité du discours. Source: la Croix). Une foule jeune, joyeuse et bien décidée à ne pas ménager sa voix pour dire son enthousiasme.

 

« Benedetto, benvenuto », scande ainsi, avec force, la petite troupe emmenée par le Père Fadi Tabet, venue en renfort du Liban voisin. Directeur de « La Voix de la charité », première radio chrétienne du Moyen-Orient, le Père Tabet est une figure locale sans équivalent. Cheveux mi-longs tirés en arrière, barbe soignée, costume noir cintré, ceinture de marque et escarpins lustrés, il aurait pu faire sans problème une carrière au cinéma. Il a choisi de parler aux jeunes de Jésus-Christ, à sa manière : en musique et sans complexe. Et à voir l’effet d’entraînement qu’il provoque chez les adolescents – et les adolescentes – on se dit que sa méthode et son habit peu orthodoxes ont finalement du bon.

 

L'arrivée au centre

 

 

 

Il est 15 h 31 et la température monte encore d’un cran quand se présente, enfin, le cortège officiel. Vibrant à l’unisson de la foule restée à l’extérieur, une grande clameur ponctuée de youyous s’élève de la chapelle quand Benoît fait son entrée. Il sourit, tend les bras, presse des mains, visiblement heureux de cette première vraie rencontre avec le peuple chrétien jordanien. Puis il s’agenouille devant l’autel et, instantanément, le silence se fait. « A la différence des pèlerins du passé, je ne viens pas avec des présents ou des offrandes. Je viens simplement avec une intention, une espérance : prier plus particulièrement pour le don précieux de l’unité et de la paix, très spécialement au Moyen Orient (…) Prier pour un paix durable qui naît de la justice, de l’intégrité et de la compassion, la paix qui surgit de l’humilité, du pardon et du désir profond de vivre en harmonie les uns avec les autres », dira-t-il plus tard avant d’entonner, avec l’assemblée, le Notre Père chanté en arabe.

 

Au Centre

Paroles exigeantes que celles de ce Pape qui annonce d’emblée qu’il vient, les mains vides, nous inviter à croire en cet « amour sauveur » qu’évoque l’Evangéliste Jean. Auront-elle été entendues ? L’heure n’est pas encore aux questions, mais à la fête et à la joie. Déjà, quelques-uns s’avancent vers le Saint-Père, les bras chargés de cadeaux. C’est d’abord deux jeunes trisomiques qui lui remettent un somptueux tabernacle d’argent et d’or orné d’un agneau. Puis deux scouts viennent poser sur les épaules du pape ce foulard de tête brodé rouge et blanc qui résume l’identité bédouine. Benoît XVI, tout sourire, ne paraît pas s’en effrayer. Le Saint-Père en keffieh : les journalistes tiennent leur cliché ! (voir photo)

 

La messe au Centre

 

 

 

Puis, c’est au tour de deux jeunes femmes en fauteuil roulant de se présenter. Parmi elles, May, 27 ans,  a rejoint le centre Regina Pacis depuis six mois. C’est ici qu’elle a découvert qu’elle n’était pas seulement handicapée, mais qu’elle avait aussi un talent pour la céramique, la mosaïque et les bijoux. Que derrière ce corps cabossé, il y avait une âme d’artiste. Au pape, May avoue qu’elle n’a pas su quoi dire. « J’ai juste pu embrasser sa main. » Ce qu’elle pense de cette rencontre, de ce voyage ? « Je suis heureuse. Que dire d’autre ? », réplique-t-elle simplement.

 

Dehors, les journalistes ont pris d’assaut les officiels, les gens importants, les experts. « Ce pèlerinage commence bien, mais la Jordanie est la partie la plus facile. C’est une fois passé le Jourdain, en Israël, que la politique va s’inviter dans le débat. Et là, le jeu sera plus compliqué » , lâche l’un d’eux aux micros tendus.  May, elle, est restée prier encore un moment dans la chapelle. « Pour dire merci à Dieu », lâche-t-elle.

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08/05/2009

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