Lettres du Liban – 10 janvier

Ain El Héloué, une Palestine au Liban

J’ai retrouve Waël devant le camp de Ain El Héloué, à une centaine de mètres de la guérite des militaires libanais qui, protégés par des sacs de sable, en surveillent les entrées. Voilà 14 ans que je n’avais pas revu cet ami palestinien. A  l’époque, il m’arrivait de dormir dans sa maison, quand fatigué par des reportages au sud Liban, occupé alors par l’armée israélienne, je n’avais pas le courage d’affronter les embouteillages et les barrages de l’autre occupant, le syrien, pour remonter au nord, jusqu’à Batroun où j’habitais.

Ain El Héloué est une petite Palestine de 6 km 2, implantée au Liban sud, à l’entrée de Saïda, la capitale du sud (60.000 habitants). Environ 40.000 Palestiniens vivent dans ce camp. Les premiers arrivants se sont installés en 1948, lors de la première guerre israélo-arabe. On leur avait juré que la situation ne durerait pas. Qu’ils pourraient rentrer chez eux, dés que l’armée israélienne se retirerait de leurs terres…. 61 ans plus tard, ils sont toujours là. En Palestine, la famille de Waël habitait autour du lac de Tibériade. Une famille de bédouins qui élevaient des chevaux et pêchaient dans les eaux du lac. Arrivés au Liban, ils ont plantés des tentes, dons de l’ONU. Puis, comme le provisoire durait, les générations suivantes ont construit des maisons en dur, avec des matériaux sommaires et disparates. C’est dans l’une d’elle qu’est né Waël, en 1980. La Palestine, il ne l’a jamais vue. Il a toujours vécu dans ce camp de poussière aux ruelles étroites,

Waël m’entraîne en dehors du camp, m’expliquant que Ain El Héloué est devenu dangereux pour les étrangers, que je n’y serais plus en sécurité comme autrefois. Nous allons boire un verre en ville. Mon ami a changé. Ses traits se sont durcis. Il porte une barbe  bien taillée et ponctue chacune de ses phrases par un «Abdulillah » (grâce à Dieu) en levant les yeux au ciel. Il me parle de la souffrance de ses frères de Gaza, en argumentant ses propos par des versets du Coran. Il finit par m’avouer qu’il a adhéré au Hamas, le groupe islamiste palestinien qui jouit d’une représentation officielle au Liban. Il veut aller se battre en Palestine pour y mourir « en martyr, Abdullilah !». Je tente de le persuader qu’il serait plus utile vivant pour la cause palestinienne. Rien n’y fait. Il me quitte une heure plus tard, pour aller manifester avec différents groupes palestiniens et libanais en centre ville contre « les crimes d’Israël à Gaza.»

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Je reste devant mon café. Je repense à cette équipe de jeunes que formaient Waël et ses cousins lorsque je l’ai connu. A nos crises de rires et nos parties de basket, à nos descentes dans le centres ville de Saïda, à ses regards échangés avec les groupes de filles croisés sur la plage. Waël voulait étudier les télécommunications dans une université étrangère et revenir en Palestine un jour prochain, pour y construire, avec d’autres, un Etat démocratique. Ses parents étaient militants au FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine), la formation la plus laïque des organisations palestiniennes. Le premier accord israélo-palestinien de l’histoire, celui de « Gaza-Jéricho d’abord », qui prévoyait la création d’un Etat palestinien en 5 ans, venait d’être signé. C’était en 1994, et le Hamas comptait alors ses partisans sur les doigts de la main. 15 ans plus tard, il n’y a toujours pas d’Etat palestinien. Le peuple de cette nation errante vit dans des conditions encore plus misérables. Et son seul choix est d’opter pour l’exil ou l’islamisme.

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12/01/2009

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