Lettres du Liban – 9 janvier 2009

«  Where are you Charbel ?»

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 Elle marche devant moi. La trentaine élégante et raffinée. C’est une jolie femme qui appelle son fils en anglais. « Where are you Charbel ?» Deux bons mètres derrière elle, suit sa bonne sri-lankaise qui tient un autre enfant par la main. Nous sommes à l’ABC, la galerie marchande chic de Beyrouth, située à Achafieh, le quartier huppé de la ville. Toutes les marques européennes y ont ouvert leurs boutiques. Tout y est trois fois plus cher. Les cafés, les restaurants, les vêtements. Madame sort et se dirige vers un énorme 4×4 noir aux verres fumés. La jeune femme s’installe au volant, sa bonne monte à l’arrière avec les enfants, dont Charbel, un garçonnet d’environ 7 ans, retrouvé chez Virgin, au rayon des jeux vidéo. En partant, par la vitre, elle tend un billet au porteur qui a chargé ses achats dans le coffre de son véhicule, sans même le regarder. Hier je vous ai parlé du Liban que j’aimais. Aujourd’hui, voilà tout le Liban que déteste.

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09/01/2009

Une Réponse pour “Lettres du Liban – 9 janvier 2009”

  1. Redigé par YMP:

    C’est aussi le Liban que je déteste… Je le rencontre tous les jours lorsque j’accompagne notre bru (libanaise) qui conduit notre petit-fils (français: bien que né au Liban d’une mère libanaise, et vivant au Liban, il n’aura jamais – non plus que notre fils qui a fait le choix de vivre et de travailler au Liban – la nationalité libanaise; cela pour éviter d’avoir à donner cette nationalité aux palestiniens… Ils n’auront donc JAMAIS le droit de vote ni de représentants, ni le droit d’accéder à des postes administratifs ou politiques, même si notre fils a fait Sciences-Po, entre autres, et enseigne l’Histoire et les Sciences Politiques aux futurs politiciens libanais!!!) à la « Nursery » (puisqu’elle est obligée, malgré le salaire de notre fils et l’aide financière mensuelle que nous leur envoyons, de travailler comme enseignante – alors qu’elle a ses diplômes de Magistrat, mais ne peut exercer, faute des bons « pistons » – confessionnels & politiques)… Ces tout-petits, qui seront vraisemblablement l’élite socio-professionnelle du Liban, embrassent leur nurse sri-lankaise qui descend avec eux du 4×4 de leurs mères, mais celles-ci, toujours le cellulaire collé à l’oreille, ne les regardent même pas entrer dans le sas de sécurité de la « Nursery », où les éducatrices viennent les chercher avec tendresse (parce que c’est une « bonne » Nursery!)… Quelle image maternelle? Quelle image parentale (puisque les maris, eux, ne voient même pas leurs enfants, couchés lorsqu’ils rentrent de leurs affaires)?…

    PS- Ce n’est pas parce que vous connaissez l’ABC d’Achrafieh et ses alentours que vous pouvez dire que c’est « LE quartier HUPPE » de Beyrouth; allez dans ses ruelles, et vous découvrirez un petit peuple grouillant de volonté de vivre, même si c’est dans des immeubles encore stigmatisés par la Guerre, certains toujours éventrés. C’est le plus vieux quartier chrétien de Beyrouth, et lorsque l’on parle affectueusement des « Tantes d’Achrafieh », il s’agit de dames âgées (« Tante » étant les titre que chacun donne aux femmes de la génération de sa mère; comme les « frères de Jésus » étaient en fait les hommes de sa génération), parlant un français teinté de merveilleux libanismes, d’une grande culture et d’une extraordinaire dignité, mais très souvent plus pauvres que nos plus pauvres retraitées (aucun système de retraite au Liban, encore moins pour les veuves)!… Il existe un ACHRAFIEH PAUVRE, et il est beaucoup plus important que l’Achrafieh « huppé » pour touristes!…