Lettres du Liban – 8 janvier 2009

Ce Liban que j’aime

Salma a 32 ans, elle vient d’un village du sud Liban, elle est musulmane chiite. Historienne, elle enseigne l’histoire dans lycée international à Beyrouth. Salma ne porte pas de voile, et ne milite pas au Hezbollah. Son engagement se situe ailleurs. Elle croit en un Liban déconfessionnalisé et explique à ses élèves qu’un « laïc n’est pas un athée, mais une personne qui s’identifie avant tout comme un citoyen libanais, et non par sa religion. »

Ni chiite, ni sunnite, ni maronite, ni druzze, ni orthodoxe mais 100% libanais : c’est la devise de Michel, chrétien orthodoxe, 29 ans, talentueux journaliste à l’Orient-le-Jour, le seul quotidien francophone du Pays du Cèdre.

Emile, 35ans, chrétien maronite a épousé Fatima, 33ans, musulmane sunnite. Leurs parents ne s’y sont pas opposés, ce qui est rare dans un pays où les mariages  interconfessionnels se font  dans le déchirement des familles. Dans le couple, chacun a gardé sa foi. Fatima explique que « pour elle « servir son prochain sans arrière pensée est sa façon à elle de prier. Au Liban, déplore-t-elle trop de gens encore rejettent leurs voisins qui ne sont pas de la même religion. »

Walid, un Druzze de 22 ans, une confession sectaire chiite, réfléchit avec un groupe de jeunes libanais de toutes confessions et de toutes origines à la période de la guerre civile qui a déchiré son pays entre 1975 et 1980. «  A partir de documents et de témoignages, nous voulons comprendre pourquoi les Libanais se sont  battus entre eux. Nos parents nous affirment toujours que cette guerre était celle des autres, et qu’avant 1975, toutes les communautés religieuses vivaient entre elles sans problème. Ce n’est pas tout à fait juste, et nous voulons savoir ce qui s’est réellement passé, pour ne plus revivre ces tragédies causées ici régulièrement par le communautarisme.»

Ce Liban que j’aime porte les visages de Salma, Michel, Emile, Fatima et Walid. Le visage de cette nouvelle génération qui veut en finir avec le Liban de leurs aînés, celui des grands féodaux et des patriarches, du tribalisme et du religieux identitaire.

En 1997, le pape Jean-Paul II dans le discours qu’il avait prononcé à Beyrouth, lors de son voyage dans ce pays aux 17 confessions avait  parlé « du Liban comme d’un message» …. Un Etat qui porte un message au monde : A l’époque tous ici avaient été conquis. Les croyants bien sûr, mais également la gauche libanaise laïque. Enthousiastes, certains de ses dirigeants, je m’en souviens pour avoir suivi le périple papal, allaient même jusqu’à vouloir faire de l’exhortation apostolique de Jean-Paul II « une charte pour le Liban futur.» Chacun mettaient dans le mot de « message » ses rêves et ses espoirs. Pour ma part, derrière ce « Liban message », je voyais – et aujourd’hui encore – comme une invitation faites à tous de bâtir un Liban libanais, arabe et fier de l’être. Un Liban qui en finirait enfin du diktat imposé par les grandes familles féodales qui le dirigent depuis son indépendance. Ceux qui se comportent comme des chefs de clan, à la tête de véritables petits royaumes.
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Contrairement  à ces princes qui mettent leur pays en coupe, Salma, Michel, Emile, Fatima, Walid s’efforcent de construire ce Liban libanais. Comme Jean-Paul II, ils savent que sur ces 10.000 km 2 (la superficie de ce pays) se joue un enjeu mondial, celui de donner naissance à une citoyenneté faite des sensibilités religieuses différentes. Un Liban d’ouverture de dialogue et de tolérance qui deviendrait un exemple pour la terre entière. C’est ce Liban là que j’aime, celui de Jean-Paul II et de mes amis. C’est pour lui que j’ai appris l’arabe. C’est dans ce Liban là que j’ai envie de vivre.    

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09/01/2009

Une Réponse pour “Lettres du Liban – 8 janvier 2009”

  1. Redigé par YMP:

    Une erreur: les Druzes ne sont pas des Chaïtes (orthographe & prononciation libanaises pour « Chiites »), mais bien une religion? secte? voire race (selon certains druzes)? qui se veut « à part ».
    En tous cas, une « religion du secret »
    - puisqu’un non-druze de naissance ne peut être intégré à la communauté (pas même de rites d’initiation pour lui),
    - puisque les mariages mixtes sont plus que rares, et entraînent de facto l’exclusion de celui ou celle qui a épousé un(e) non-druze,
    - puisqu’un non-druze « infiltré » est passible de mort (on raconte ainsi, entre autres, la vie et la mort au début du XXème siècle d’un religieux maronite, soucieux de mieux connaître et faire connaître cette communauté, découvert et égorgé après qu’il ait pu faire parvenir à l’extérieur un « reportage », en tous cas des notes sur elle).
    D’aucuns attribuent une origine indienne (et il est de fait que l’on trouve certains éléments hindouistes, dans ce que l’on peut connaître par les « infiltrés », de la philosophie? mystique? religion? druze) à cette religion avant tout syncrétique.
    Le trait principal (et le mot central) de cette « religion » est la « dissimulation », ce qui d’ailleurs a pour conséquence les retournements politiques les plus inattendus, dans un pays où religion et politique sont intimement liés; que l’on suive par exemple le cheminement politique du plus célèbre des Druzes, Walid Joumblatt… qui va en Occident en jeans et chemise écossaise ouverte se présentant comme un « homme de gauche »… et reçoit l’hommage de ses vassaux (qui s’agenouillent devant lui et lui baisent la main) comme le féodal qu’il est, en sarouel traditionnel, avec poignard à la ceinture…
    Au demeurant, nous, chrétiens, sommes reçus dans les commerces des villages druzes (où même les tout jeunes hommes continuent à porter sarouel, tarbouche et moustache, et où les voiles des femmes indiquent leur âge et leur condition sociale) avec le sourire; mais n’oublions pas les massacres perpétrés durant la Guerre par des Druzes contre leurs voisins Chrétiens!…
    Peuple étrange, et qui – du fait de son endogamie stricte – tend à diminuer, même si on en trouve toujours non seulement au Liban, mais aussi en Syrie (où ils sont alliés au gouvernement, alors que W.Joumblatt au Liban fait partie du 14 mars/Hariri!)… et même en Israël (où leur majorité soutient également le gouvernement – quel qu’il soit! – contre les palestiniens!…), en Jordanie et peut-être même encore en Iraq… « dissimulation », et alliance avec le plus fort obligent!…