Un autre Maroc 6/8 : avec les femmes d’Azrou

Carnet de reportage : un autre Maroc. 5ème jour. Azrou : ville de 3500 âmes, située aux portes du sud, entre Marrakech et Essaouira. Rien n’y retient l’attention : ni palais, ni monuments, ni musée, ni soukh particulier, sauf, pour qui est informé, une coopérative de femmes.

Elles sont une vingtaine à s’être regroupées. La plus jeune a trente ans, la plus âgée frise la soixantaine. Issues des couches populaires, elles avaient l’envie de sortir de leur rôle de mère et d’épouse. L’envie de ne pas subir, de ne plus être de perpétuelles muettes.

C’est au début des années 2000, que l’une d’elle, Sultana, après avoir regardé un documentaire à la télévision sur les bienfaits du commerce équitable, a envie de créer un centre identique dans la commune. Elle en parle à quelques amies, les persuadent d’agir. Elles se fédèrent. Après tout, elles ont des savoir-faire. Dans leurs terres, elles produisent des légumes, des fruits, élèvent du bétail. A la maison, elles cuisinent le couscous, font des confitures et du miel. Pourquoi ne mutualiseraient-elles pas leurs forces ? Pourquoi ne pas créer une coopérative pour vendre leurs produits sur le marché marocain ? Pourquoi ne pas se construire un réseau de clientèles, comme le font les hommes d’affaires ?

Sultana transforme sa maison en siège de société. Elle prend des contacts avec le ministère marocain de l’agriculture. Ce dernier est intéressé mais n’a pas de sous. Juste des promesses de formation et un don de 25 lapins pour commencer un élevage. Les amies grattent leur fond de tiroir. Trop peu pour espérer lancer une structure durable. Heureusement, Sultana a entendu parler de la Sodev. Elle sollicite l’association, qui, après avoir étudier le dossier, accepte de fiancer le projet.

Aujourd’hui, elles sont une trentaine à travailler à la « coopé ». Leur salaire va de 30 à 60 euros par mois, selon les ventes réalisées. Des groupes venus d’Europe par le tourisme solidaire les visite et leur achète le coucous aux herbes fines, huile de rose, confiture et miel haut de gamme.

Les femmes d’Azrou ont aussi réussi à développer un réseau de distribution, et vendre leurs produits à des commerçants des villes touristiques proches comme Marrakech, Ifrane ou Essaouira. « Notre problème, explique Sultana, reste le transport. Notre prochain investissement sera d’acheter des véhicules, pour faire parvenir nos marchandises plus rapidement, sans passer par un professionnel du fret, qui prélève sa commission. »

Tandis que Malika traduit de l’arabe au français, Ghazi mesure les progrès accomplis : « Au début de l’aventure, confie-t-il, les maris, méfiants, accompagnaient leurs épouses à la coopérative. Aujourd’hui elles y viennent seules. C’est le début de l’autonomie… »

Contacts

Au Maroc : « TIZI-Randonnées » et « Sodev »– 46, avenue Moulay Abderrrahman N°1 Kénitra Maroc – Tél 00 212 5 37 37 53 54
E-mail : tizirando@hotmail.com

En France : CCFD-Terre Solidaire (Comité catholique contre la faim et pour le développement) 4, rue Jean Lantier 750021 Paris – Tél 01 44 82 80 00. A lire : le dossier tourisme solidaire sur le site du CCFD.

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De notre envoyé spécial Luc Balbont

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11/12/2010

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