Un autre Maroc 2/8 : à la rencontre des habitants d'Aït Jaber

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Carnet de reportage : un autre Maroc. 1er jour. Nous passons Fès. La cité impériale, où fourmillent les groupes de touristes qui visitent la ville au pas de course, ne nous intéresse pas. C’est 30 km plus loin que nous nous arrêtons, à Aït Jaber, un modeste village berbère d’une dizaine de maisons en torchis.

Depuis quelques années, Tizirando et Sodev y ont construit un gîte. Un lieu d’accueil sans artifice, mais qui permet de salarier quatre personnes. Une aubaine dans ce bourg du Moyen-Atlas, où l’emploi était jusqu’alors inexistant. Un café devrait ouvrir bientôt. Une renaissance et une véritable bouffée d’oxygène pour la population du village.

C’est là que nous passerons notre première nuit. El Ghazi Gortat, la cinquantaine, nous fait visiter les lieux. Trois chambres de quatre lits, deux douches avec de l’eau chaude par intermittence, deux WC, et un lavabo commun.

Le mobilier est sommaire : un lit, une table, rien d’autre. Mais ceux qui sont là se moquent bien des conditions spartiates, où ils vont devoir vivre. Ils ne sont pas venus au Maroc, pour profiter du luxe des hôtels chics des bords de mer, mais pour rencontrer les villageois de l’intérieur, connaître leur quotidien, mesurer par eux mêmes les difficultés de ces habitants, et chercher aussi ce qu’ils pourraient entreprendre pour aider ce monde occulté par les agences de voyage. Ils sont là pour établir un contact fort et durable.

El Ghazi Gortat, le patron de la Sodev qui fédère et finance une trentaine d’associations marocaines de développement rural (coopératives de femmes, maison de la jeune fille, centre éducatifs etc), nous emmène prendre le thé dans une famille.

Galettes de maïs, huile d’olive et beurre local sont disposés sur une grande table de bois, au centre de la pièce. La famille possède une vache, quelques moutons, des poules.

Aït Jaber est un village berbère, habité par la tribu des Beni Sadin. Tribus, clans familiaux, sont la pierre angulaire des société arabo-berbères. « C’est là que j’ai grandi, dit Ghazi avec fierté, là que j’ai fait pousser et vendu des courgettes au marché de Ras Tabouda, à 5 km plus loin. »

La conversation s’anime. Deux vieilles femmes du village se mêlent au groupe. L’une d’elle, assure malicieusement, qu’«elle préférerait rajeunir et retrouver un mari plutôt que d’aller en pèlerinage à la Mecque. » Nous éclatons de rire.

Puis, plus sérieusement, Ghazi parle du Maroc. Sans langue de bois, il stigmatise la corruption, l’argent détourné par les puissants, les manquements aux droits humains, le sous équipement des écoles des villages.

« En 1987 j’ai fondé Tizirando, une association de tourisme solidaire, pour montrer aux Occidentaux ce Maroc qu’ils ne voient jamais. » Plus que l’argent que rapporte l’association, et qui est affecté aux projets de développement des communes oubliées, El Ghazi insiste « sur les rencontres qui se nouent durant les séjours. Elles torpillent, dit-il, les idées reçues. »

Ce soir, sur la terrasse du gîte Hervé, ingénieur chimiste à la retraire et sa femme Françoise, venus de Compiègne (Oise) ont écouté le patron des lieux parler des difficultés éprouvées par son centre pour personnes handicapées, le premier du genre au Maroc.

« Chez nous, hélas, le handicap fait peur.» précise El Ghazi. Hervé milite à L’Arche, l’association française pour handicapées fondée par Jean Vannier. Le repas fini, il est allé voir El Ghazi. Il voudrait que l’Arche s’engage au Maroc, où elle n’est pas encore présente. Son implantation contribuerait certainement à soutenir le centre marocain de la Sodev.

A son retour, il promet d’en parler à sa direction …

Dans tourisme solidaire, le second mot prévaut bien sur le premier.

Contacts

Au Maroc : « TIZI-Randonnées » et « Sodev »– 46, avenue Moulay Abderrrahman N°1 Kénitra Maroc – Tél 00 212 5 37 37 53 54
E-mail : tizirando@hotmail.com

En France : CCFD-Terre Solidaire (Comité catholique contre la faim et pour le développement) 4, rue Jean Lantier 750021 Paris – Tél 01 44 82 80 00. A lire : le dossier tourisme solidaire sur le site du CCFD.

De notre envoyé spécial Luc Balbont

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07/12/2010

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