Archive la catégorie ‘Paroles de croyants’

Ahmad Ali Ahmadi (musulman chiite) : "Je ne me sens pas différent de mes voisins chrétiens"

Samedi, juin 4th, 2011

Ahmad Ali Ahmadi, 55 ans,
Musulman chiite du village de Rachkida
Employé municipal
Marié 3 enfants

Qui est Dieu pour vous ? Que vous apporte la foi ?
Ahmad Ali Ahmadi : Je suis un croyant fervent mais pas un pratiquant régulier. Je ne suis pas le Coran à la lettre, mais le verset de notre Livre saint qui dit que « Dieu est Celui qui a le pouvoir sur toute la création », incarne pour moi tout le sens de notre existence.

Dieu me rassure. Avec Lui, je ne suis pas seul. Il me protège. Il protège mes enfants, ma famille, mes amis. Il me donne une direction à suivre. Il gère mon quotidien. Souvent avant de prendre une décision importante, je m’adresse à Lui.

Comment priez vous ?
Je prie tous les jours, dans mon travail, dans mes moments de libre. Je demande à Dieu de vivre en paix avec moi-même, et d’essayer de faire le bien autour de moi. Je ne me sens pas différent de mes voisins chrétiens. Nous prions avec les mêmes mots, pour demander la même chose.

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Quand je parle avec eux, je m’étonne toujours de nos désirs communs : avoir une famille et de quoi la nourrir, aimer et être aimé, avoir un toit, des enfants qui travaillent bien à l’école.

Pourquoi nous faisons nous la guerre ? Je préfère un chrétien humain à un musulman extrémiste. Mais je trouve que l’Occident nous caricature. Il existe aussi des intégristes chez les chrétiens.

Chrétiens musulmans peuvent-ils vivre ensemble dans un Liban uni ?
Chrétiens et musulmans nous pourrions vivre ensemble. Pourquoi avons nous tant de mal ? Je ne sais pas. Qu’est-ce qui nous en empêche. Il suffirait de rien. J’ai le sentiment parfois qu’un mauvais esprit s’en mêle. Si je crois en Dieu, je crois aussi au diable.

Recueilli par Luc Balbont/Pèlerin

NB : majoritaire au Liban, mais aussi en Iran et au Bahreïn, l’islam chiite ne représente que 10% de l’islam mondial (90% pour les sunnites). Cette branche de l’islam qui se réclame de l’imam Ali, gendre du prophète, assassiné en 661, ne reconnaît que les descendants de cet imam comme seuls successeurs de Mahomet.

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Docteur Abbas Halabi (Druze) : "Dieu est d'abord un Esprit"

Vendredi, juin 3rd, 2011

Docteur Abbas Halabi, 63 ans,
Musulman druze,
Administrateur de la Banque de Beyrouth et des Pays arabes,
Marié 3 enfants

Qui est Dieu pour vous ?
Docteur Abbas Halabi : le druizisme que j’ai représenté au synode pour le Liban en 1995, n’est pas une religion. Je le qualifierai plutôt de discipline qui synthétise les trois religions monothéistes – judaïsme, christianisme, islam – et les philosophies perse, grecque, hindoue et bouddhiste. Je crois pourtant en « un Dieu Un », qui tient mon destin dans sa main.

Que vous apporte la foi ?
Cette foi m’apporte l’humilité et la certitude qu’il existe une volonté supérieure au-dessus de moi, qui me renvoie à ma mesure. Terrestre. Pour le druze que je suis, Dieu est d’abord un Esprit, qui façonne mon comportement et mes rapports dans et à la société .

Comment priez vous ?
Je ne prie pas, puis que notre discipline, né d’un schisme de l’islam chiite (fatimide) en 1017 en Egypte, n’a pas de lieu de culte (ni mosquées, ni église, ni temple), mais j’étudie chaque jeudi, dans des salles communales ou municipales, où un initié conduit nos méditations.

Nos enseignements sont consignés dans le « Livre de la Sagesse » qu’il est interdit de montrer à un non druze et d’imprimer, afin que la parole ne soit pas dévoyée.

Chrétiens musulmans peuvent-ils vivre ensemble dans un Liban uni ?
Nous sommes exclusifs. Nous refusons les conversions et les mariages avec les non-druzes. Pourtant, je crois à la convivialité. J’ai fondé le groupe arabe pour le dialogue avec les chrétiens. Je le préside toujours.

Il n’y a pas d’autres chemins que le dialogue entre les cultures et les religions pour éviter la confrontation et la guerre, notamment dans notre Liban, déchiré par le confessionnalisme, un fléau que nous devons éradiquer de l’espace publique.

La religion chez nous envahi notre existence quotidienne. Tout en respectant les différentes croyances, nous devons nous attacher à construire un espace commun, où nous pourrons tous vivre et travailler ensemble, dans une même nation libanaise.

NB On trouve des communautés druzes au Liban, mais aussi en Syrie et en Israël

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Recueilli par Luc Balbont/Pèlerin

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Jamil Haddad (chrétien grec orthodoxe) : "Je suis un croyant solitaire"

Jeudi, juin 2nd, 2011

Jamil Haddad, 63 ans,

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chrétien grec orthodoxe,
Directeur d’école,
marié 4 enfant

Que vous apporte la foi ?
Jamil Haddad : Je n’arrive pas à me faire à la mort. Je ne peux pas croire qu’il ne restera plus rien de ceux que j’aime après leur passage sur terre.

J’ai un besoin fondamental d’immortalité, d’être persuadé que la vie aura toujours le dessus, que le mot fin n’existe pas. La foi c’est avoir la certitude que nous vivrons éternellement.

Comment priez vous ?
Je prie mais rarement en groupe, dans une église au milieu d’une foule de gens. Pour m’adresser à Dieu, j’ai besoin de me retrouver seul. J’aime ces face-à-face avec Celui qui nous a créés.

Je suis un croyant solitaire. Tellement solitaire que je n’ai aucun rapport avec la hiérarchie orthodoxe de ma ville. J’ai souvent été déçu par les prêtres et des évêques.  Selon moi, ils se comportent et agissent souvent au gré de leurs intérêts.

Chrétiens musulmans peuvent-ils vivre ensemble dans un Liban uni ?
Avant de vouloir vivre avec les musulmans, il faudrait peut-être travailler à la réconciliation entre les différentes communautés chrétiennes. Nous sommes si divisés au Liban.

Nos hiérarchies persistent à s’ignorer. Elles préfèrent maintenir leur pouvoir au détriment de notre unité. Dans ce pays, nous souffrons du confessionnalisme. Ils nous empêche de construire une vraie citoyenneté. Nous appartenons d’abord à des clans, à des régions, à des villages, à des familles. Pas à un pays, à une nation. Le confessionnalisme et le clanisme nous étouffent. Ils mettent régulièrement le Liban à feu et à sang.

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Khalil Jamil Darwish (musulman sunnite) : "Dieu transcende toutes les confessions"

Mercredi, juin 1st, 2011

Khalil Jamil Darwish, 80 ans,
musulman sunnite,
commerçant à Batroun (Nord-Liban),
veuf, trois enfants (dont un handicapé)

Qui est Dieu pour vous ?
Dieu est Celui qui m’accompagne. J’ai besoin de Le sentir proche. S’il n’avait pas été là, j’aurai certainement quitté Batroun, ma ville natale.

Entre 1975 et 1990, durant la guerre civile, où les milices, chrétiennes et musulmanes, s’entretuaient, notre mosquée a été détruite par les chrétiens majoritaires à 90% dans notre région.

Beaucoup de familles musulmanes ont émigré. Si je suis resté, je le dois à la confiance et à la force que Dieu m’a toujours donné.

Que vous apporte la foi ?
Croire c’est craindre Dieu.  Craindre de le perdre, et finir par faire n’importe quoi, car sans Lui, nous sommes capables du pire. Je n’ai jamais douté, même lors de la mort de trois de mes enfants.

J’accepte la volonté de mon Créateur. Il me suffit de regarder autour de moi, pour comprendre que mon existence n’est pas le fruit de la science.

Comment priez vous ?
Je prie, chaque vendredi à la mosquée, mais je peux aussi prier dans une église lorsque je suis invité à un mariage, à un baptême ou durant la messe d’enterrement d’un ami chrétien.

L'Église c’est aussi la maison de Dieu. Je n’ai aucun problème pour y rentrer et m’y recueillir. Dieu n’est ni chrétien, ni musulman, Il transcende toutes les confessions.

Chrétiens et musulmans peuvent-ils vivre ensemble dans un Liban uni ?
J’ai énormément d’amis chrétiens. Madeleine, qui me seconde dans mon magasin est chrétienne. En 1982, j’ai été élu maire adjoint de Batroun, grâce aux électeurs chrétiens.

Je suis resté en place jusqu’en 2000. C’est bien la preuve que nous pouvons vivre et travailler ensemble.

Recueilli par Luc Balbont/Pèlerin

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Jean Nakhoul (Maronite) : "La foi m'a fait traverser les épreuves"

Mardi, mai 31st, 2011

Jean Nakhoul, 55 ans,

chrétien maronite,
professeur d’histoire à l’Université libanaise,
marié trois enfants

Qui est Dieu pour vous ?
Jean Nakhoul : Dieu est essentiel dans ma vie. Sans Lui, j’en suis réduit à « une finitude », à une vie dépourvue de sens. Dieu incarne l’Esprit Saint qui me dit que mon existence ne s’arrête pas seulement à mon passage sur terre, mais que chacune de mes paroles, chacun de mes gestes quotidiens sont effectués et pensés pour améliorer le sort de ceux qui m’entourent.

Que vous apporte la foi ?
La foi me fait traverser les épreuves personnelles et collectives difficiles. Grâce à elle, j’ai supporté la guerre civile qui a durement frappé notre pays entre 1975 et 1990, les déchirements, les deuils, les destructions.

Comment priez vous ?
Je prie chaque jour comme le faisaient mes parents, comme le faisaient nos ancêtres. Dans les rues de ma ville, sur les chemins de nos montagnes.

Maronite, j’appartiens à cette tradition chrétienne vieille de 16 siècles, une culture qui a forgé notre territoire. Sans les Maronites, le Liban ne serait pas ce pays ouvert et moderne qu’il est aujourd’hui.

Dans nos villages, les jeunes convergent chaque vers l’Eglise. Et s’ils n’y rentrent pas toujours, leur rassemblement autour de la maison de Dieu, constitue aussi une manière d’affirmer sa chrétienté maronite.

Chrétiens musulmans peuvent-ils vivre ensemble dans un Liban uni ?
Avec les musulmans, le dialogue reste difficile. Leur interprétation fondamentaliste du Coran fait souvent obstacle à la relation que nous pourrions avoir avec eux. Le « Vivre ensemble » a ses limites.

Les chrétiens libanais en ont fait l’expérience dans l’histoire. Le dialogue religieux est possible, mais seulement à un très haut-niveau de foi et de pensée.

NB : L’église maronite a été fondée au IV è siècle de notre ère en Syrie par l’ermite Saint Jean Maron. Elle est toujours restée fidèle à l’Eglise catholique romaine.

Recueilli par Luc Balbont/Pèlerin

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Liban : chrétiens et musulmans parlent de Dieu

Lundi, mai 30th, 2011

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Notre envoyé spécial au Liban, Luc Balbont a rencontré cinq croyants, chrétiens et musulmans, appartenant aux communautés les plus représentatives du Pays du Cèdre :

- Un Maronite (la plus grosse communauté chrétienne, entre 700 000 et 800 000 fidèles, rattachés à Rome)
- Un Grec-orthodoxe (environ 250 000 fidèles, église autocéphale)
- Un musulman Chiite (environ 1 million de fidèles)
- Un musulman sunnite ( entre 800 000 et 900 000 fidèles)
- Un Druze (confession musulmane issue du chiisme, 250 000 à 300 000 fidèles)

Et il leur a posé les mêmes questions :

- Qui est Dieu pour vous ?
- Que vous apporte la foi ?
- Comment priez vous ?
- Chrétiens musulmans peuvent-ils vivre ensemble dans un Liban uni ?…

Nous publions la réponse de ces témoins de la foi à partir du mardi 31 mai jusqu'au samedi 4 juin.

Repères

Le Liban, c'est :
-  10.900 km2
- 2, 4 millions d’habitants
- 18 confessions :  14 chrétiennes, 4 musulmanes, auxquelles s’ajoute une petite communauté juive d’environ 200 individus résidant à Beyrouth.

Les chrétiens
- 7 Confessions rattachées à Rome : Maronites, Grecs-catholiques, Chaldéens, Coptes catholiques, Syriaques catholiques, Arméniens catholiques, Latins
- 7 Confessions non romaines (autocéphales) : Nestoriens, Grecs –orthodoxes, Assyriens, Coptes orthodoxes, Syriaques orthodoxes (Jacobites), Arméniens orthodoxes, Protestants.

Les Musulmans
- Chiites,
- Sunnites,
- Druzes
- Alaouites

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