Archive la catégorie ‘Lettres du Liban’

# 2 du Liban : « Mon Dieu, libérez nous du confessionnalisme ! »

Samedi, septembre 26th, 2009
Andréa (au c.), animatrice à OffreJoie, avec les jeunes de la colonie de Kfifan.

Andréa (au c.), animatrice à OffreJoie, avec les jeunes de la colonie de Kfifan.

De toutes les initiatives visant à faire du Liban un pays citoyen, débarrassé enfin de ce clanisme social et confessionnel qui le ronge depuis toujours, «OffreJoie» tient une place de choix. Fondée en 1985 par un étudiant en droit de 22 ans, Melhem Khalaf, cette association fut la première organisation non gouvernementale libanaise à œuvrer, en pleine guerre civile, au rapprochement de jeunes chrétiens et musulmans.

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# 1 du Liban : chrétiens-musulmans, le difficile dialogue

Jeudi, septembre 24th, 2009

Luc Balbont

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Au Liban, le dialogue islamo-chrétien n’a jamais existé, quoiqu’en disent les nostalgiques, des phrases souvent entendues comme : « Il n ’y a jamais eu de problèmes entre chrétiens et musulmans. Ce sont les autres qui ont déclenché la guerre en 1975» sont une aberration, un détournement de la vérité.

Entre les deux confessions, les conflits et les massacres pullulent dans l’histoire. Pourtant, quinze ans de guerre civile (1975-1990) ont commencé a changer les mentalités. Et si cette convivialité islamo-chrétienne ne s’est jamais vraiment matérialisée, de petites initiatives, bribes de dialogue de vie, ont commencé à naître.

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Lettres du Liban – 14 janvier 2009

Mercredi, janvier 14th, 2009

 Ce qui m’attire au Pays du Cèdre

balbontpar Luc Balbont

Dernier billet, derniers mots, demain je prends l’avion pour Paris. Vendredi, je retrouve le journal, les locaux de Bayard Presse, mes collègues, la France et ses problèmes politiques et sociaux.

Je reviendrai au Liban au printemps, cet été aussi et puis encore cet automne et cet hiver. Autant que je le pourrai. Depuis bientôt 20 ans, une partie de ma vie se passe ici. Pourquoi ? Qu’est-ce qui m’attire tant au Pays du Cèdre ? Au risque de vous paraître étrange, ce qui m’y fait revenir, c’est ce confessionnalisme, que pourtant j’exècre. 17 confessions se côtoient sur un territoire de 10.000 km 2 (la superficie d’un département français). 13 chrétiennes, 4 musulmanes, avec cette obsession d’y construire une citoyenneté commune. Jusqu’à présent, toutes les tentatives se sont soldées par des échecs. Depuis des siècles au Liban, chrétiens et musulmans s’affrontent régulièrement, s’ignorent au mieux. Et quand la mosquée et l’église ne guerroient plus l’une contre l’autre, ce sont les chrétiens qui se battent entre eux, ou les musulmans, (comme aujourd’hui les sunnites et les chiites) qui prennent le relais. Manipulations sataniques ? Humaines plus certainement ! Mais quelles sont ces mains qui, dans l’ombre, tirent les ficelles pour transformer les messages de paix des Livres saints et des prophètes en conflits meurtriers ? C’est toute l’histoire du monde et ses interrogations qui se répètent ici.

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En ce début de siècle, pour atténuer les effets des attentats du 11 septembre 2001, des guerres menées par l’Occident en Irak et en Afghanistan et du drame palestinien, les sages de ce monde appellent à un dialogue entre les cultures, les civilisations et les religions. Quel pays, mieux que le Liban, peut accueillir ces rendez-vous de l’humanité et contribuer à déjouer ce choc des civilisations que les augures du temps prophétisent ? Un espace d’autant plus propice, qu’Israël, Terre d’Abraham et des prophètes juifs, s’étend à la porte Sud. Pour moi, il est clair que ce n’est ni à la Mecque, ni au Vatican, encore moins à Pékin, à Moscou, à Bruxelles ou à Washington que se joue l’avenir de l’homme. Mais ici dans ce Liban qui me fascine.

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Lettres du Liban – 12 janvier 2009

Lundi, janvier 12th, 2009

Un musulman libanais écrit à son cousin juif

Déjà plus de 800 morts à Gaza, en majorité des civils, parmi eux des femmes et des enfants. Images de violence, de souffrance, surenchère de haine. Le climat est lourd au Proche-Orient. Parfois, surgit pourtant comme un miracle une bouffée de paix, une respiration d’espoir. Ce week-end, la presse libanaise publiait un long texte de Mohammad Nokkari (*), «lettre ouverte à mon  cousin juif».

Une page superbe à garder précieusement pour la lire et la relire quand le désespoir vous ronge, écrit par un musulman d’une grande culture religieuse, qui s’appuie sur des textes de la bible, qu’il connaît parfaitement.

«  Depuis  mon âge d’enfant, écrit M Nokkari en préambule, j’entends que tu es mon cousin, que ma langue arabe et ta langue hébraïque ont la même origine, que nous appartenons toi et moi à la même race sémitique » Suit un long plaidoyer pour le vivre ensemble « dans un pays que nous aimons tous, toi autant que moi »

« J’ai entendu, rappelle-t-il à son cousin juif, que ta grand-mère Sara –que j’honore et respecte- ne pouvant pas avoir d’enfant, parce que stérile et âgée. Ma grand-mère Agar, alors servante égyptienne, fut appelée à porter le premier fils d’Abraham ». Ce fils appelé Ismaël, Dieu en fit une nation, un peuple qui allait devenir musulman. Pourtant si le Dieu miséricordieux nous fit de la même famille, il faut que tu comprennes que « nous ne sommes plus les enfants de la servante et toi tu n’es pas l’enfant privilégié. »

En musulman croyant aux mêmes prophètes, Mohammad Nokkari respecte le peuple juif et demande la réciproque à son cousin, lui rappelant au passage que « lorsque sa communauté a été chassée d’Espagne, c’est dans les territoires de ses cousins arabes qu’il a trouvé refuge. » …  «  Mon cousin juif, conclut-il, réfléchis, ouvre-moi ton cœur et écoute moi, en poursuivant cette politique de haine, de destruction, de division, de démonstration de force, tu ne gagneras point. Il arrivera un jour que tes voisins seront plus forts…. Qui te viendra alors en aide et qui protégerait la vie sacrée de tes enfants, qui est aussi sacrée que la vie de nos propres enfants. »

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(*) Mohammad Nokkari est le directeur général de « Dar al-Fatwa » (l’instance suprême de la législation musulmane). Chef de cabinet du mufti de la République libanaise, il enseigne le droit public à l’université jésuite Saint Joseph de Beyrouth.

Lettres du Liban – 10 janvier

Lundi, janvier 12th, 2009

Ain El Héloué, une Palestine au Liban

J’ai retrouve Waël devant le camp de Ain El Héloué, à une centaine de mètres de la guérite des militaires libanais qui, protégés par des sacs de sable, en surveillent les entrées. Voilà 14 ans que je n’avais pas revu cet ami palestinien. A  l’époque, il m’arrivait de dormir dans sa maison, quand fatigué par des reportages au sud Liban, occupé alors par l’armée israélienne, je n’avais pas le courage d’affronter les embouteillages et les barrages de l’autre occupant, le syrien, pour remonter au nord, jusqu’à Batroun où j’habitais.

Ain El Héloué est une petite Palestine de 6 km 2, implantée au Liban sud, à l’entrée de Saïda, la capitale du sud (60.000 habitants). Environ 40.000 Palestiniens vivent dans ce camp. Les premiers arrivants se sont installés en 1948, lors de la première guerre israélo-arabe. On leur avait juré que la situation ne durerait pas. Qu’ils pourraient rentrer chez eux, dés que l’armée israélienne se retirerait de leurs terres…. 61 ans plus tard, ils sont toujours là. En Palestine, la famille de Waël habitait autour du lac de Tibériade. Une famille de bédouins qui élevaient des chevaux et pêchaient dans les eaux du lac. Arrivés au Liban, ils ont plantés des tentes, dons de l’ONU. Puis, comme le provisoire durait, les générations suivantes ont construit des maisons en dur, avec des matériaux sommaires et disparates. C’est dans l’une d’elle qu’est né Waël, en 1980. La Palestine, il ne l’a jamais vue. Il a toujours vécu dans ce camp de poussière aux ruelles étroites,

Waël m’entraîne en dehors du camp, m’expliquant que Ain El Héloué est devenu dangereux pour les étrangers, que je n’y serais plus en sécurité comme autrefois. Nous allons boire un verre en ville. Mon ami a changé. Ses traits se sont durcis. Il porte une barbe  bien taillée et ponctue chacune de ses phrases par un «Abdulillah » (grâce à Dieu) en levant les yeux au ciel. Il me parle de la souffrance de ses frères de Gaza, en argumentant ses propos par des versets du Coran. Il finit par m’avouer qu’il a adhéré au Hamas, le groupe islamiste palestinien qui jouit d’une représentation officielle au Liban. Il veut aller se battre en Palestine pour y mourir « en martyr, Abdullilah !». Je tente de le persuader qu’il serait plus utile vivant pour la cause palestinienne. Rien n’y fait. Il me quitte une heure plus tard, pour aller manifester avec différents groupes palestiniens et libanais en centre ville contre « les crimes d’Israël à Gaza.»

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Je reste devant mon café. Je repense à cette équipe de jeunes que formaient Waël et ses cousins lorsque je l’ai connu. A nos crises de rires et nos parties de basket, à nos descentes dans le centres ville de Saïda, à ses regards échangés avec les groupes de filles croisés sur la plage. Waël voulait étudier les télécommunications dans une université étrangère et revenir en Palestine un jour prochain, pour y construire, avec d’autres, un Etat démocratique. Ses parents étaient militants au FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine), la formation la plus laïque des organisations palestiniennes. Le premier accord israélo-palestinien de l’histoire, celui de « Gaza-Jéricho d’abord », qui prévoyait la création d’un Etat palestinien en 5 ans, venait d’être signé. C’était en 1994, et le Hamas comptait alors ses partisans sur les doigts de la main. 15 ans plus tard, il n’y a toujours pas d’Etat palestinien. Le peuple de cette nation errante vit dans des conditions encore plus misérables. Et son seul choix est d’opter pour l’exil ou l’islamisme.

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Lettres du Liban – 9 janvier 2009

Vendredi, janvier 9th, 2009

«  Where are you Charbel ?»

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 Elle marche devant moi. La trentaine élégante et raffinée. C’est une jolie femme qui appelle son fils en anglais. « Where are you Charbel ?» Deux bons mètres derrière elle, suit sa bonne sri-lankaise qui tient un autre enfant par la main. Nous sommes à l’ABC, la galerie marchande chic de Beyrouth, située à Achafieh, le quartier huppé de la ville. Toutes les marques européennes y ont ouvert leurs boutiques. Tout y est trois fois plus cher. Les cafés, les restaurants, les vêtements. Madame sort et se dirige vers un énorme 4×4 noir aux verres fumés. La jeune femme s’installe au volant, sa bonne monte à l’arrière avec les enfants, dont Charbel, un garçonnet d’environ 7 ans, retrouvé chez Virgin, au rayon des jeux vidéo. En partant, par la vitre, elle tend un billet au porteur qui a chargé ses achats dans le coffre de son véhicule, sans même le regarder. Hier je vous ai parlé du Liban que j’aimais. Aujourd’hui, voilà tout le Liban que déteste.

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Lettres du Liban – 8 janvier 2009

Vendredi, janvier 9th, 2009

Ce Liban que j’aime

Salma a 32 ans, elle vient d’un village du sud Liban, elle est musulmane chiite. Historienne, elle enseigne l’histoire dans lycée international à Beyrouth. Salma ne porte pas de voile, et ne milite pas au Hezbollah. Son engagement se situe ailleurs. Elle croit en un Liban déconfessionnalisé et explique à ses élèves qu’un « laïc n’est pas un athée, mais une personne qui s’identifie avant tout comme un citoyen libanais, et non par sa religion. »

Ni chiite, ni sunnite, ni maronite, ni druzze, ni orthodoxe mais 100% libanais : c’est la devise de Michel, chrétien orthodoxe, 29 ans, talentueux journaliste à l’Orient-le-Jour, le seul quotidien francophone du Pays du Cèdre.

Emile, 35ans, chrétien maronite a épousé Fatima, 33ans, musulmane sunnite. Leurs parents ne s’y sont pas opposés, ce qui est rare dans un pays où les mariages  interconfessionnels se font  dans le déchirement des familles. Dans le couple, chacun a gardé sa foi. Fatima explique que « pour elle « servir son prochain sans arrière pensée est sa façon à elle de prier. Au Liban, déplore-t-elle trop de gens encore rejettent leurs voisins qui ne sont pas de la même religion. »

Walid, un Druzze de 22 ans, une confession sectaire chiite, réfléchit avec un groupe de jeunes libanais de toutes confessions et de toutes origines à la période de la guerre civile qui a déchiré son pays entre 1975 et 1980. «  A partir de documents et de témoignages, nous voulons comprendre pourquoi les Libanais se sont  battus entre eux. Nos parents nous affirment toujours que cette guerre était celle des autres, et qu’avant 1975, toutes les communautés religieuses vivaient entre elles sans problème. Ce n’est pas tout à fait juste, et nous voulons savoir ce qui s’est réellement passé, pour ne plus revivre ces tragédies causées ici régulièrement par le communautarisme.»

Ce Liban que j’aime porte les visages de Salma, Michel, Emile, Fatima et Walid. Le visage de cette nouvelle génération qui veut en finir avec le Liban de leurs aînés, celui des grands féodaux et des patriarches, du tribalisme et du religieux identitaire.

En 1997, le pape Jean-Paul II dans le discours qu’il avait prononcé à Beyrouth, lors de son voyage dans ce pays aux 17 confessions avait  parlé « du Liban comme d’un message» …. Un Etat qui porte un message au monde : A l’époque tous ici avaient été conquis. Les croyants bien sûr, mais également la gauche libanaise laïque. Enthousiastes, certains de ses dirigeants, je m’en souviens pour avoir suivi le périple papal, allaient même jusqu’à vouloir faire de l’exhortation apostolique de Jean-Paul II « une charte pour le Liban futur.» Chacun mettaient dans le mot de « message » ses rêves et ses espoirs. Pour ma part, derrière ce « Liban message », je voyais – et aujourd’hui encore – comme une invitation faites à tous de bâtir un Liban libanais, arabe et fier de l’être. Un Liban qui en finirait enfin du diktat imposé par les grandes familles féodales qui le dirigent depuis son indépendance. Ceux qui se comportent comme des chefs de clan, à la tête de véritables petits royaumes.
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Contrairement  à ces princes qui mettent leur pays en coupe, Salma, Michel, Emile, Fatima, Walid s’efforcent de construire ce Liban libanais. Comme Jean-Paul II, ils savent que sur ces 10.000 km 2 (la superficie de ce pays) se joue un enjeu mondial, celui de donner naissance à une citoyenneté faite des sensibilités religieuses différentes. Un Liban d’ouverture de dialogue et de tolérance qui deviendrait un exemple pour la terre entière. C’est ce Liban là que j’aime, celui de Jean-Paul II et de mes amis. C’est pour lui que j’ai appris l’arabe. C’est dans ce Liban là que j’ai envie de vivre.    

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lettrres du Liban – 6 janvier 2009

Mardi, janvier 6th, 2009

La France vue du Liban (suite)

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Un rendez-vous à Beyrouth avec mon amie Salma (une historienne chiite dont je vous parlerai prochainement) m’a obligé à prendre l’autoroute en début d’après-midi. Plus de deux heures pour couvrir les 40 km qui séparent Batroun de la capitale libanaise. Conduire ici, dans les embouteillages, est un combat. Les voitures vous coupent la route à tout moment. Des types vous doublent rageusement au volant de gros 4×4, le portable collé à l’oreille. Il faut se garder à droite comme à gauche. La loi du plus fort l’emporte à tous les coups.  Quant à trouver une place dans le quartier d’Amra où je retrouve Salma, voilà qui tient du miracle. Au Liban, on se gare en double ou triple file sans se soucier du voisin. Il faudrait que je rencontre au plus vite le ministre des Transports pour lui susurrer de penser à construire une ligne de tramway, reliant du nord au sud les principales villes libanaises de la côte, Tripoli – Beyrouth – Saïda. Ce ne serait pas un luxe. Et pendant que j’y suis, poursuivre « mes rencontres officielles »avec le ministre de l’Education nationale pour lui souffler à l’oreille, qu’il inscrive au programme scolaire des cours de code de la route, dès l’école primaire. Dans les périodes de paix, il n’est pas nécessaire que les Libanais se tuent sur la route. Non ?

Ce soir, je retrouve avec bonheur le calme de mon appartement à Batroun, face à la mer, entouré de montagnes. Vers 20 heures mon ami Elias passe. Au Liban, votre maison est une auberge espagnole, prête à accueillir à tout instant et à toute heure. Ici c’est la règle sociale. Elias, 60 ans, est médecin gastérologue, membre du Parti communiste libanais  (l’équivalent en France –sans trop d’ironie de ma part- du Parti de François Bayrou). Notre première rencontre remonte à 1993. Depuis, on a du se fâcher une bonne dizaine de fois à cause de divergences politiques, pour se réconcilier à chaque fois devant un verre d’arak.

Ce soir, Elias et moi, nous suivons sur LBC, la chaîne de télévision des Forces libanaises, le résumé des visites de Nicolas Sarkozy en Israël, en Syrie et au Liban. Passionné par la géopolitique proche-orientale et amoureux fou de son pays (il ne s’est jamais exilé, même au plus fort de la guerre civile entre 1975 et 1990), Elias commente : « Sarkozy est l’un des seuls homme d’Etat au monde qui peut se permettre de rendre visite dans la même journée au président syrien et au Premier ministre israélien. C’est grâce à son sens du compromis, qu’il est parvenu à débloquer le dialogue entre le Liban et la Syrie. Si depuis peu nous avons échangé pour la première fois depuis nos indépendances, des ambassadeurs syriens et libanais, c’est à lui que nous le devons, que tu le veuilles ou non. » Mi agacé, mi amusé, je réponds à Elias que c’est bien la première fois, moi aussi, que j’entends un communiste défendre Nicolas Sarkozy. Et nous nous resservons un verre d’Arak. Sacré Liban !

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lettres du Liban – 6 janvier 2009

Mardi, janvier 6th, 2009

La France vue du Liban

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Dans son marathon proche oriental qui le conduit, depuis hier, en Egypte, dans les Territoires palestiniens, en Israël et en Syrie, Nicolas Sarkozy fait une halte de quelques heures au Liban. De tous les pays de la région, le Pays du Cèdre est le seul où la France garde encore une certaine influence. Aujourd’hui, il sera reçu à Baabda, le Palais présidentiel, puis il ira rendre visite aux militaires français, qui, dans le cadre  de la Force Internationale des Nations Unies au Liban (Finul) s’efforcent de maintenir la paix dans le sud du pays, entre le Hezbollah (le Parti de Dieu musulman chiite libanais) et l’armée israélienne.

La paix ! C’est justement pour elle que le président Sakozy vient au Proche-Orient, tenter de convaincre les belligérants de mettre fin à la guerre à Gaza. Parviendra-t-il à arracher un cessez-le-feu ? La plupart des Libanais en doute. « La France n’est plus celle du général de Gaulle, qui pouvait faire plier le monde », commente Boutros, vieux commerçant de Jbeil…. Son neveu Maurice, 32 ans, rigole : « Je vois  mal votre Sarkozy imposer un retrait aux Israéliens. On a beau détester l’Amérique de Bush, sans elle rien n’est possible.» Maurice a demandé du reste un visa pour les Etats-Unis, et attend avec l’espoir de l’obtenir bientôt. « Beaucoup de mes amis ont déposé une demande à l’ambassade. Moi, dit-il, j’espère l’avoir, car c’est plus facile pour nous chrétiens que pour les musulmans. »  

Longtemps chasse gardée de la France, le Liban et les Libanais sont de moins en moins tournés vers notre pays. Et ce n’est plus par la formule « meilleurs vœux » en roulant les «R» que l’on vous souhaite ici la bonne année mais par «un happy new year » sans le moindre accent. Fini aussi le temps, où dans la communauté maronite, ces chrétiens orientaux rattachés à Rome depuis toujours, vous étiez accueilli par cette phrase : « La France ! C’est notre mère ! » Marlène, 25 ans, avoue ainsi : « La France ne m'attire pas autant qu'elle attirait ma grand-mère. Si je devais m’exiler, je choisirais l’Australie. »

La venue de notre président ne met pas non plus les Libanais en émoi. Une demi page d’interview à peine dans les quotidiens libanais d'hier, et quelques reportages, ici et là, sur les chaînes de télé, propriété des politiciens locaux, issus de la majorité pro Hariri. Rien à voir avec la visite du pape Jean-Paul II en 1997, qui avait mis le pays en folie. «  Votre président n’a pas l’envergure de Chirac, son prédécesseur » remarque Georges Traboulsi, employé de banque à Beyrouth. Quand à Hussain, jeune sympathisant chiite du Hezbollah d’une vingtaine d’années rencontré dans un magasin des quartiers sud de Beyrouth, le seul Français qu’il connaisse c’est Zinedine Zidane. Hussain ignore le nom de notre président. « A la mosquée, l’imam m’a juste dit qu’il était avec Israël. C’est vrai, demande-t-il ? ». En revanche s’il hait l’Amérique « qui fait souffrir les musulmans », le garçon cite sans aucune hésitation le nom du nouveau résident de la Maison-Blanche, Barak Obama.

Quand à la langue française, on la parle moins, et le Liban qui restait le seul pays francophone du Proche-Orient, devient de plus en plus anglophone. Dans la famille Khabbaz où j’étais invité hier. Adma, la maman, 66 ans écrit son œuvre en français, mais ses enfants, nés à la fin des années 70, et qui ont pourtant suivi toute leur scolarité en français dans une école religieuse dirigée par les frères capucins, se sentent plus à l’aise dans la langue anglaise. Quand à la troisième génération, celle des 20-25 ans, c’est à l’université américaine de Beyrouth ou dans un établissement anglophone qu’elle préfère poursuivre ses études.

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Lettres du Liban – 4 janvier 2009

Lundi, janvier 5th, 2009

Et si Youssef épousait Rachel !

Cette nuit, les soldats Israéliens sont entrés dans la bande de Gaza. Au Liban, les chaînes de télévisions arabes diffusent en boucle des images de la guerre. Comment ne pas se sentir concerné par ce qui se passe à Gaza, quand on habite ici ! Une frontière d’à peine 50 km sépare, au sud, le pays du Cèdre de l’Etat hébreu, en guerre l’un contre l’autre depuis la fondation d’Israël (1947-1948). Et plus de 400.000 Palestiniens, chassés de leurs terres par les Israéliens lors des différentes guerres israélo-arabes, ont trouvé refuge au Liban. « Ghettoïsés » dans une quinzaine de camps répartis sur l’ensemble du pays, sans passeport, sans reconnaissance, sans droit, et méprisés des Libanais. Ces derniers qui n’ont pas la mémoire courte se souviennent amèrement de ces combattants  palestiniens à l’origine, en 1975, des quinze années guerre de civile qui avaient ruiné leur pays. Mais voilà, si la majorité des Libanais aimeraient voir ces 400.000 réfugiés (un Etat de plus dans l’Etat libanais qui n’en manque déjà pas) regagner leur Terre natale ou s’exiler ailleurs, l’offensive israélienne a quand même réussi a ressouder la fraternité libano-palestinienne.

Depuis le début de l’opération israélienne «Plomb durci» sur le petit Territoire palestinien autonome, la rue libanaise, les partis politiques toutes tendances confondues et les chefs religieux, chrétiens comme musulmans proclament leur solidarité avec les habitants de Gaza, arabes comme eux. A l’occasion de la messe du Nouvel an dans l’église de Bkerké, le patriarche maronite Nasrallah Sfeir a fermement condamné «  le massacre commis contre le peuple palestinien »  et dénoncé « les images véhiculées par les médias qui ne peuvent qu’engendrer la révolte et la colère.»

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Le Liban et ses voisins, du Caire à Bagdad et de Damas à Eilat sont-ils éternellement voués à la guerre ? La paix est-elle un rêve inaccessible ? Tout le laisse penser. Pourtant, les Libanais sont fatigués des guerres. Et excepté quelques fanatiques, personne ne souhaite ici que le pays entre de plein pied dans le conflit. Si les cœurs battent pour Gaza, les autorités font tout pour préserver le Liban de la guerre. La jeunesse veut enfin vivre, profiter de l’embellie économique dont bénéficie actuellement le Pays du Cèdre (6% de croissance prévue en 2009, un vrai miracle en cette période de récession mondiale). Pour les fêtes de fin d’année, les restaurants et les boites de nuit affichaient complet à Beyrouth. La pulsion de vie finira-t-elle par l’emporter sur le sentiment de haine ?

Depuis 18 ans que je fréquente ce pays, je fais le même rêve, celui de voir se construire, un jour prochain, une communauté proche-orientale, avec des frontières ouvertes, une monnaie et des projets communs. Une autoroute qui relierait Tel-Aviv à Tripoli. A Gaza, à Saida, à Haifa, églises, mosquées et synagogues, séparées enfin du pouvoir politique, voisineraient sans problème. Les Israéliens skieraient dans les montages libanaises et les Libanais visiteraient la vieille ville de Jérusalem et ses lieux saints. Les Beyrouthines viendraient faire leur shopping à Tel-Aviv et les Israéliennes danser à Beyrouth. Moins de deux heures de voitures séparent les deux capitales. Et si Youssef épousait Esther ? Une utopie ! Sans doute mais pas plus que l’était la chute du mur de Berlin dans les années 80, ou la construction d’une Europe commune à la fin de la seconde guerre mondiale. Preuve que l’utopie finit toujours par l’emporter. Reste à trouver ici les hommes pour y croire.

Lettres du Liban – 2 janvier 2009

Samedi, janvier 3rd, 2009

«  Moins de 200 euros par mois. Vous trouvez ça normal ! »

 

Nelly est Philippine. Elle a 40 ans. Depuis 3 ans, elle est au service d’une famille libanaise. C’est un bout de femme aux traits bridés, coiffée d’une natte qui sourit tristement. Dans son pays, elle n’arrivait plus à  élever ses enfants. Le salaire de son mari, ouvrier dans le textile, ne suffisait plus. Elle s’est donc résolue à s’inscrire dans une agence de placement à Manille, la capitale de son pays. La compagnie lui a trouvé rapidement un boulot au Liban, s’est occupée de son permis de travail et de séjour, et a prélevé au passage une commission sur «sa vente ». Eh oui, Nelly a été vendue comme domestique, le mot n’est pas trop fort, à une entreprise libanaise de gens de maisons, qui l’a revendue à son tour à un particulier. « Nous étions 8 femmes embarquées dans le même avion, explique-t-elle dans un arabe basique qu’elle a appris sur le tas. A notre arrivée à Beyrouth, on nous a conduites dans 2 grosses voitures jusqu'à un bureau. Là, alignées en rang, un homme nous a expliquées, avec l’aide d’un interprète, quelles seraient nos conditions de travail. J’ai signé un papier. On m’a pris mon passeport. »

Nelly a eu de la chance. La famille qui l’emploie, la traite bien. Elle travaille certes 7 jours sur 7, mais ses patrons sont gentils. Ils respectent les clauses de son contrat. « Ils ne crient jamais après moi, me nourrissent bien, me donnent de vêtements pour m’habiller, je mange à leur table quand il n’y a pas d’invités, j’ai un lit confortable (dans la même chambre que la vieille maman de 88 ans dont elle s’occupe) et ils respectent les clauses de mon contrat. Tous les 15 jours, j’ai le droit d’appeler mon mari aux Philippines avec une carte téléphonique  qu’ils m’offrent.»

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Plus de 200.000 travailleurs étrangers travaillent comme domestiques, manœuvres ou tâcherons au Liban. Philippins, Srilankais, Bengalis, Egyptiens, Erythréens, Ghanéens, Somaliens…. Les femmes sont employées de maison, les hommes se tuent sur les chantiers de construction. Tous ne sont pas aussi bien « traités » que Nelly. Considérées comme des bêtes de somme, beaucoup sont exploités jusqu’à la moelle, sans aucun droit. Les femmes notamment. Nelly, elle, s’avoue heureuse chez M et Mme Figali. D’autant que pour Noël, ces derniers lui ont offert, comme son contrat le stipulait (mais tant de familles libanaises ne respectent pas leurs engagements), un billet aller et retour pour Manille. Dans quinze jours, elle reverra son mari, sa maison et ses six enfants, dont elle est si fière (son fils aîné a pu s’inscrire à l’université). Mme Figali, grande bourgeoise chrétienne, précise que « Nelly fait partie de la famille. Dans notre maison, rien à voir, dit-elle, avec ce que la télévision française a récemment montré sur l’exploitation honteuse des immigrés au Liban. Et puis chez nous, elle gagne 5 fois plus qu’aux Philippines » précise plusieurs fois Madame dans un français presque sans accent, ajoutant que Nelly « avait même pu s’acheter une maison là-bas »….

Au fait, j’allais oublier de vous donner le salaire mensuel de Nelly : 200 dollars par mois. Moins de 200 euros par mois, sans voir ses enfants pendant 2 ans…. Vous trouvez ça normal ?

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Lettres du Liban – 31 décembre 2008, 1er Janvier 2009

Jeudi, janvier 1st, 2009

« De quelle famille et de quel village êtes vous ? »

Je ne vous ai pas encore parlé des Khoury. C’est chez eux que je passe ce réveillon 2008, voila donc l’occasion de vous les décrire. La famille Khoury c’est un clan au sens libanais du terme, plus clairement dit, un état dans l’Etat, dont la capitale est Bejdarfel, un village chrétien des montagnes du nord.

Ici, que l’on soit chrétien, comme les Khoury, musulman ou druze, orthodoxe, arménien, maronite, sunnite, chiite ou alaouite, (dix-sept confessions cohabitent dans ce pays), laïc ou incroyant, tout Libanais qui se respecte est d’abord d’une famille et d’un village. « De quelle famille êtes vous ? De quel village ? » Ces questions, je les ai entendues des milliers de fois. Avec votre nom et celui de votre lieu de naissance, votre interlocuteur sait immédiatement de quelle religion vous êtes. La famille et le village sont les deux piliers de la société libanaise. Votre assurance vie en cas de problème, votre sécurité sociale, votre caisse de retraite, la certitude de trouver toujours un gîte et une assiette, de l’aide et de la tendresse. Au Liban, comme dans la plupart des pays arabes voisins l’Etat est absent, et sans la solidarité familiale qui le supplé, ce pays n’aurait jamais survécu à toutes ces guerres et à ces occupations qui l’ont frappé depuis 1975. Mais cette organisation familiale a aussi ses revers. Elle explique pourquoi les Libanais ne parviennent pas à construire un pays fort et uni.

Ce soir, le Khoury sont réunis dans leur maison de Bejdarfel, leur village familial. C’est une superbe et immense bâtisse de style arabe. Edmond Khoury, le père, 54 ans, dirige une entreprise de luminaires. Il travaille avec la Syrie, la Jordanie, les Emirats du Golfe, la Turquie et l’Arménie, car « le Liban, dit-il, est trop petit pour y faire de l’argent. » Ses quatre enfants ont fait des études universitaires. Pierre, l’aîné, 30 ans, est ingénieur en électronique. Il dirige une société d’informatique au Koweit. Sejan, son frère cadet, 27 ans, est cadre dans une industrie pharmaceutique en Arabie Saoudite. Marie, 22 ans termine un « master en business international »  à l’université américaine de Beyrouth. Elle rêve d’aller rejoindre ses cousins en Arizona. Mais ce soir, ils sont tous à la maison. Seul, le dernier, Bassam, 20 ans, a préféré aller faire la fête à Beyrouth, avec ses amis au « Hard rock café », un des nombreux endroits branché de la capitale. Tania leur mère, 50 ans , avocate de formation a cessé de travailler. Le cabinet où elle travaillait a fait faillite.

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Pour la nouvelle année 2009, les Khoury restent entre eux. Les frères, les oncles, les tantes, les cousins, neveux et nièces ne sont pas présents comme au réveillon de Noël. A minuit, ils déboucheront  une bouteille de vin. Rien d’exceptionnel. Juste l’occasion de resserrer les liens, de se dire qu’on sera toujours là, quoiqu’il arrive, comme on l’a toujours été depuis des générations. Que l’on se retrouvera toujours à  Bejdarfel, le berceau de la famille, même lorsqu’on travaille au bout du monde. Malgré les crises, les guerres, la mondialisation, les exils, malgré cette jeunesse qui aspire à dire « JE » plutôt que « NOUS », le sens du clan et du village reste profondément ancré au Liban.

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lettres du Liban – 30 décembre 2008

Mercredi, décembre 31st, 2008

Le courroux  de Zeina

J’ai lu ma dernière lettre à Zeina, datée du 29 décembre. Elle n’a pas aimé, mais alors pas du tout. La première partie notamment, où je décris Hassan Nasrallah, le chef du hezbollah et la manifestation de soutien aux Palestiniens de Gaza qui s’est déroulée hier à Beyrouth. «  Tu as une vision occidentale, m’a-t-elle dit sur un ton agressif, tu stigmatises les musulmans sans dire un mot de la sauvagerie des Israéliens, qui tuent des enfants, et imposent leur volonté par la force. »

La cinquantaine passée, Zeina, chrétienne maronite, est dentiste à Beyrouth. Laïque et féministe, j’ai bien du mal à comprendre la sympathie qu’elle éprouve pour les islamistes. « Je n’ai aucun penchant pour le tchador et je n’ai pas envie de voir mon Liban se transformer en une République islamique, précise-t-elle aussitôt, mais ce n’est pas en diabolisant les musulmans, comme vous le faites trop souvent en France, qu’on parviendra à les convaincre des bienfaits de la démocratie, de la laïcité, et de l’émancipation des femmes. » Arabe et fière de l’être, Zeina a vécu trois ans en France. Et si elle a aimé Paris, les chateaux de la Loire et nos fromages, elle a été choquée par le mépris des Français envers le monde arabe, et par notre manière de généraliser cette culture et ces peuples multiples, « en les considérant comme des sous-développés. Il y a, dit-elle, un racisme anti-arabe profond chez vous. La façon dont vous imitez notre accent, dont vous nous singez. Pour vous, nos hommes sont tous des fourbes sanguinaires, qui portent cagoule et hache, et qui aspirent au martyr au nom de l’islam. Les Français ne parviennent pas à oublier la guerre d’Algérie. » Quand elle parle d’Israël, cette jeune femme, élégante et raffinée sort de sa réserve habituelle : « Comment un peuple moderne, dont vous vous sentez  proche, ne parvient pas à comprendre qu’il n’arrivera à rien par les armes, et que chacune de ses victoires imposées par la brutalité de ses soldats, engendre un sentiment plus fort de haine et de revanche chez les Arabes, et pas seulement parmi les intégristes musulmans, comme vous le pensez. Le dialogue, le partage des richesses et  du savoir sont les seuls moyens sûrs de parvenir à la paix. »  

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Lettres du Liban – 29 décembre 2008

Mardi, décembre 30th, 2008

LA PAIX DE NOTRE-DAME DE LA MER

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Dans les quartiers sud de Beyrouth, Hassan Nasrallah, le chef du hezbollah (le parti islamiste chiite libanais pro iranien) se lance dans un discours fleuve. Ils appellent tous les Etats arabes à  résister à Israël, et à soutenir les Palestiniens de Gaza, assiégés depuis deux jours. Paroles de violences où reviennent régulièrement les mots «martyrs», «sang», «humilié », «guerre».

Barbe grise, fines lunettes, turban noir, l’homme, auréolé du prestige de la « victoire de son armée » contre Israël en 2006, fascinent un grand nombre de Libanais, même chrétiens. Elie par exemple, un maronite quadragénaire, qui porte une croix sur sa chemise, m’assure que « le hezbollah a changé…. Qu’il est devenu un parti national, respectueux de la Constitution, prêt à défendre le territoire, même contre la Syrie et l’Iran.» Je reste sceptique. Et la vue de jeunes adolescents dans les rues, ceints d’un bandeau à la gloire de Dieu, portant le Coran dans une main et un fusil mitrailleur dans l’autre, ne me convainc pas de la conversion du Parti islamiste chiite libanais aux bienfaits de la démocratie.

La manifestation est terminée. Il est 17 heures. J’ai envie de retrouver un climat de paix. Ce pays où la violence peu éclater à tout moment, offre paradoxalement un nombre incroyable de lieux de recueillement, de silence et de prières. Petites églises arabes, monastères orthodoxes, ermitages, dissimulés dans les montagnes ou en bordure de Méditerranée comme Notre-Dame de la mer à Batroun, dont j’ai envie de vous parler. C’est une modeste chapelle de grosses pierres ocre, entourée d’une cour carrelée. Toujours ouverte, toujours fleurie et parfumée d’encens. A l’intérieur, au pied des portraits de saints brûlent des cierges en permanence. Parfois, une femme entre, elle embrasse le portrait de la Vierge à l’enfant, s’agenouille, prie et repart furtivement en se signant. Dehors, la cour fait face à la mer et surplombe un mur phénicien, vieux de près de 4000 ans. Nous sommes loin de la violence des manifestations de Beyrouth. Ici, on sent que la paix est peut-être possible. Et qu’il suffit d’un rien pour vivre enfin ensemble dans ce Proche-Orient tourmenté.

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Lettres du Liban, 27 décembre 2008

Dimanche, décembre 28th, 2008

Gibran Bacile, portrait d'un ministre pas comme les autres

Des mots écrits sur un tifo accroché entre deux maisons, de part et d'autre de la route qui mène  vers les montagnes de l'arrière pays :   » La ta'rafou a'lal Batroun, Gibran ra'iyha » …  » N'ayez pas peur pour Batroun, Gibran la protège. » Gibran Bacile est devenu la nouvelle grande figure de Batroun. Gendre du général Michel Aoun, Gibran est depuis le départ des troupes syriennes du Liban en 2005, le ministre des Télécommunications. 
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Petit de taille, le crâne légèrement dégarni, agé d'une quarantaine d'années ; si son physique n'est pas celui d'un tribun des scènes politiques, son travail est apprécié. C'est un gros bosseur, honnête, qui s'est mis au service de son pays, sans arrière pensée clanique, ni – ce qui est rare dans ce pays- sans parti pris confessionnel. Chrétien maronite, le ministre des Télécom est Libanais, avant tout Libanais. Contrairement à ces fils de familles influentes qui, ici, héritent des charges politiques de leur père, Gibran Bacile a dû se battre pour se faire une place, et a connu une longue traversée du désert jusqu'au départ de l'occupant syrien. Des épreuves qui lui ont donné une modestie inhabituelle chez un homme de pouvoir libanais. A Batroun, beaucoup l'ont connu quand il était obligé, pour vivre, de vendre des vêtements qu'il allait achetés lui même en Turquie. En souvenir de cette époque, Gibran Bacile a su rester proche des gens. Pourvu qu'il ne change pas. Aujourd'hui, à la tribune du  » Congrès National Chrétien » qu'il préside, devant un parterre d'élus locaux, il parle avec compétence de problèmes concrets : le manque de voies de communications, le réseau internet trop vite saturé, les négligences de l'Etat en matière d'environnement. Pas de discours politiciens en campagne. Le ministre stigmatise avec force la main mise du clan Hariri (famille de l'ancien Premier ministre assassiné en 2005), qui par la société immobilière « Solidere » dont elle est propriétaire,  achète chaque année des milliers d'hectares de terrains , sans demander la moindre autorisation à l'Etat, comme le veut la loi. Gibran veut éradiquer ces moeurs mafieuses de la vie politique libanaise, où se mêle publique et privé. Il est sincère. Aura-t-il la volonté d'aller jusqu'au bout de son combat ? Et le laissera-t-on faire ? Ne tombera -il pas comme les autres dans ces combines claniques qui minent et empoisonnent le Liban ? L'homme incarne aujourd'hui un nouveau profil d'homme politique libanais. Pourvu que ça dure, et que d'autres suivent son exemple.

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