Archive la catégorie ‘Lettres du Liban’

Liban V : Bkerqué, le royaume des maronites

Mercredi, mars 17th, 2010

Au nord de Beyrouth, la cité de Bkerqué est un symbole de foi, de combativité, de volonté pour les chrétiens d’Orient, en particulier pour les maronites . Ce lieu n’est pas inconnu pour Luc Balbont. C’est même pèlerinage pour notre reporter. En effet, il s’y est rendu à plusieurs reprises pour rencontrer le patriarche Boutros Nasrallah Sfeir. Ce 16 mars, cette grande figure du christianisme d’Orient lui a accordé une interview exclusive. Un entretien d’autant plus intéressant qu’il annonce les grands enjeux qui seront à l’ordre du jour lors du synode consacré à l’Église au Proche-Orient, en octobre. À écouter et à méditer :

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Repères : le patriarche Sfeir, héritier de seize siècles d'histoire du christianisme

Mercredi, mars 17th, 2010

Le patriarche Boutros Nasrallah Sfeir est né en 1920. Il est le patriarche de tous les maronites d'Orient depuis 1986. Il a été nommé cardinal par Jean-Paul ll, en 1994.

L'Église maronite est une Église autocéphale de rite orientale syriaque. Elle est née en Syrie au IVe siècle, fondée par l'ermite Maron. Elle compte aujourd'hui environ 1,2 million de fidèles, dont plus de 900 000 au Liban. Elle a toujours été fidèle à Rome, ce qui lui a valu d'être persécutée par les Syriaques  (des orthodoxes appelés encore Syriens ou Jacobites). En 694 pour fuir les persécutions dont ils étaient victimes, les Maronites ont quitté  la Syrie pour s'installer dans les montagnes libanaises du nord.

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Reconnus et ayant largement participé a l'édification du Liban indépendant, les maronites ont établi leur patriarcat à Bkerqué, au nord de Beyrouth (voir carte). Depuis l'indépendance du Liban (1943), le président libanais est toujours maronite comme le veut la constitution du pays.

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Le patriarche Boutros Nasrallah Sfeir reçoit Pèlerin

Mercredi, mars 17th, 2010

Du 10 au 24 octobre, le pape Benoît XVI convoquera un synode sur l’Église au Proche-Orient, répondant ainsi aux attentes des catholiques orientaux, inquiets, entre autres, de la montée du fondamentalisme musulman. Patriarche maronite depuis 1986 (une Église orientale rattachée à Rome), Mgr Sfeir, qui participera à cette assemblée, a reçu Pèlerin dans son patriarcat de Bkerké (ou Bkerqué), au nord de Beyrouth, pour confier ce qu’il attendait de ce rendez-vous.

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Pourquoi les responsables des Églises catholiques d’Orient ont-elles appelé le pape à réunir ce synode, une première au Proche-Orient ?

Les guerres en Irak, en Palestine, la dégradation des conditions de vie et cette crise qui frappe encore plus durement nos régions provoquent une émigration massive des chrétiens. À cette perte humaine, s’ajoute la montée du fondamentalisme musulman qui se développe depuis les années 1980. Un danger qui menace tous les chrétiens d’Orient

Même au Liban ?

Les chrétiens libanais sont encore nombreux (40 % environ de le population), et ils possèdent encore du pouvoir, contrairement à ceux des pays voisins, mais ils ne vivent plus aussi sereinement que dans les années 1970. Ils sont désunis, tiraillés entre le pouvoir et l’opposition. Et les immixtions des puissances étrangères (occidentales, syriennes, iraniennes, saoudiennes) dans la politique libanaise les fragilisent davantage.

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Liban III : Mahmoud, un dentiste fervent défenseur de sa ville

Vendredi, mars 12th, 2010

Allô, Luc ? Pourquoi es-tu allé voir un dentiste à Tripoli ? Tu dois te faire soigner une carie ? Tu souffres d’un abcès ? Quoi, tu n’as rien. Alors, pourquoi as-tu suivi Mahmoud El Charbaji, qui exerce ce « beau » métier de dentiste ? Parce qu’il a des choses à dire sur sa ville !

Et qu’est-ce qu’il a bien pu te raconter ? Quoi, il paraît que Tripoli a une mauvaise réputation ? Dans le reste du Liban, on dit que cette ville du nord du pays est un repère pour les fondamentalistes musulmans, que les filles sont voilées… Bref, qu’il ne fait pas bon de s’y promener quand on est un Occidental ni un chrétien libanais d’ailleurs.

C’est faux tout ce que l’on raconte ? Pour Mahmoud, Tripoli est une ville solidaire qui souffre d’une mauvaise réputation, parce que ses habitants sont  à 80 % des musulmans de confession sunnite. Mais le vrai problème, selon notre dentiste, ce n’est pas la religion, mais la pauvreté.

Bon, dis moi Luc, ça tient toujours notre prochain rendez-vous, le 15 mars à Beyrouth ? Oui ! Alors, je te souhaite un bon week-end. En France, dimanche, c’est jour de vote : le premier tour des élections régionales. Et pour ceux qui auraient oublié, retrouvez notre article sur pelerin.info.

Ecoutez la troisième chronique audio de Luc Balbont au Liban : « Mahmoud, un dentiste fervent défenseur de sa ville ».

Estelle Couvercelle

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Liban I : Sami, un retraité heureux à Batroun

Mardi, mars 9th, 2010

Aujourd'hui, Luc se balade à Batroun en compagnie de Sami El Khabbaz, bientôt 60 ans et retraité malgré lui… Mais, c’est un retraité heureux finalement qu’a rencontré Luc Balbont.

Du petit théâtre romain au port phénicien, notre reporter a suivi ce catholique libanais dans les ruelles de cette petite ville nichée sur les rives de la Méditerranée. Bref, un petit coin de paradis peu connu des circuits touristiques. Une visite savoureuse ponctuée par les souvenirs d’enfance de Sami.

Pour cette première virée sonore, le son laisse à désirer. Ah les communications sur téléphone portable ne valent pas la qualité du fixe ! Allez, on va essayer d’y remédier la prochaine fois. Rendez-vous le 10 mars à Byblos.

Ecoutez la première chronique audio de Luc Balbont au Liban : « Sami, un retraité heureux à Batroun ».

Estelle Couvercelle

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« Le paradis est sur terre, et c’est aux hommes de le construire »

Mardi, mars 2nd, 2010

Luc Balbont, journaliste à Pèlerin, part au Liban quelques semaines pour rejoindre sa femme et sa fille, qui vivent au nord du pays, à Batroun exactement.

Ce spécialiste du monde arabe, auteur de plusieurs ouvrages sur les régions du Maghreb et du Proche-Orient, vous livre une part de lui-même dans un exercice bien connu des lecteurs de Pèlerin, à savoir le « Confessionnal ».

Et ce avant de le retrouver sur le Blog des reporters pour son journal de Liban. Le rendez-vous en ligne est fixé à partir du 9 mars 2010 !

Estelle Couvercelle

# 12 : A Bethléem, ils s'engagent pour la paix

Jeudi, janvier 7th, 2010

Suite à mon blog sur le Liban ( 23 décembre 2008- 15 janvier 2009) et à mes posts sur le dialogue islamo-chrétien (21 septembre-18 octobre 2009), voici les portraits de deux Palestiniens rencontrés récemment lors d’un reportage à Bethléem, ville palestinienne de Cisjordanie. Un homme et une femme, nés sur cette Terre et dans cette ville qui, en dépit du conflit israélo-arabe qui dure depuis 1948, croient « le vivre ensemble » encore possible.

George Saadé, vice-maire de Bethléem

Installé derrière son bureau, au premier étage de la municipalité de Bethléem, sous le portrait de Yasser Arafat (1929-2004), père de la nation palestinienne George Saadé, 48 ans, raconte d’une voix posée et sans pathos l’événement qui a bouleversé sa vie…. Ce 25 mars 2003, il se rend en voiture avec sa femme et ses deux filles au super-marché de la ville. Déclenchée à la fin de l’année 2000, la seconde Intifada (la révolte des Palestiniens) fait rage. Pour la contenir, l’armée israélienne opère des incursions régulières dans les Territoires palestiniens, impose un sévère couvre-feu, érige des barrages. C’est à l’un de ses points de contrôle que le drame se produit. Les soldats juifs confondent la voiture de la famille Saadé avec un véhicule suspect, dans lequel se cachent des activistes islamistes armés. Ils tirent. Christine 12 ans, la plus jeune fille des Saadé est tuée. La famille est marquée à vie. (suite…)

# 11 du Liban : le dialogue chrétien-musulman ? A chacun sa définition !

Dimanche, octobre 18th, 2009
Luc Balbont (à d.), de retour du Liban, avec Antoine d'Abbundo, chef du service Actu de Pèlerin

Luc Balbont (à d.), de retour du Liban, avec Antoine d'Abbundo, chef du service Actu de Pèlerin, devant les locaux de Bayard.

Un mois  de rencontres, d’interviews, de reportages autour du dialogue islamo-chrétien, dans ce Liban, seul pays arabe du Proche-Orient, où les chrétiens sont encore en nombre suffisant (40% de la population totale selon les estimations,  et sans doute  plus de 50% avec la diaspora) pour pouvoir dialoguer, et où ils exercent encore assez de pouvoir, pour qu’ils ne soient pas réduits, comme dans les pays voisins, à une minorité passive qui subit un diktat.

Un mois à demander obsessionnellement à chaque personne croisée, ce que signifiait pour elle le dialogue avec l’autre, et si ce dernier était possible entre l’Eglise et la Mosquée. Les réponses montrent que si tous mes interlocuteurs plébiscitent le dialogue et militent pour un « vivre ensemble », chacun en a sa définition personnelle.

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# 10 du Liban – Waddah Charara : « Le dialogue ? C’est le conflit assumé, qui nous vient de l’héritage chrétien »

Mercredi, octobre 14th, 2009
Waadah Charara au centre ville de Beyrouth

Waadah Charara au centre ville de Beyrouth

Après toutes ces années de guerre et de conflits, de plus en plus de Libanais expriment depuis 2005 [NDR, le départ des troupes d’occupation syriennes] une volonté de justice universelle, qui transcende le système de clans, en vigueur dans notre vie quotidienne. Cette manière universelle d’envisager la justice est une exception dans cette région d’Orient, où la force prédomine, et où la loi de la tribu et des armes finissent toujours par l’emporter. Une vision qui provient de l’héritage chrétiens du pays »

Ce n’est pas un religieux, un évêque, ou un «chrétien identitaire» (si nombreux au Liban) qui tient ces propos mais un chiite, né dans un village du sud Liban. Waddah Charara a reçu par son grand-père une éducation religieuse.

Il a même failli devenir Imam, m’avait-il expliqué il y a quelques années : « La découverte vers 17 ans de la langue, de la littérature française et des philosophes des lumières l’ont, dit-il, sauvé de la mosquée. »

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# 9 du Liban : Général Aoun : « Pourquoi je dialogue avec le Hezbollah et la Syrie »

Lundi, octobre 12th, 2009

Lorsqu’en février 2006, le général chrétien Michel Aoun entreprend de dialoguer avec le Hezbollah, beaucoup de chrétiens ne comprennent pas. Comment cette figure symbolique d’un Liban libre, qui entre 1982 et 1990, avait combattu les armes à la main ce  parti religieux musulman chiite soutenu pas l’Iran, pouvait-il se compromettre avec « ces extrémistes fous de Dieu » ?

De même quand le bouillant général, l’un des seuls dirigeants libanais à résister aux troupes d’occupation syriennes jusqu’à leur départ du Liban en 2005, effectue un voyage à Damas en 2008, pour donner l’accolade de paix au président Bachar El Assad, son initiative est fraîchement accueillie par une partie de ses concitoyens. Se réconcilier avec la Syrie ? Quelle trahison ! Michel Aoun avait-il perdu la raison, pour pactiser ainsi avec l’ennemi ? Tant de libanais avaient péri sous le feu de ces Syriens, qui avaient occupé le pays de manière brutale durant 29 ans.

Dans sa résidence de Rabiah, sur les hauteurs de Beyrouth, et alors qu’il sort d’une longue réunion avec Saad Hariri, Premier ministre désigné du Liban, qui tente de former un gouvernement depuis plus de 4 mois, Michel Aoun a accepté de recevoir « Pèlerin », pour expliquer  les raisons de ces inattendus  rapprochements. A 74 ans, l’homme reste vif et lucide. Le ton est parfois autoritaire, mais les mots sont pesés, réfléchis. Ils sont ceux d’un homme pragmatique, qui sait pourquoi il a tourné la page.

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# 8 du du Liban : Père Haddad : « Si on va à l’essentiel, le dialogue religieux est possible »

Dimanche, octobre 11th, 2009

Deux ans déjà que le P.Grégoire Haddad, 85 ans, vit dans cette maison médicalisée d’un quartier nord de Beyrouth, tenue par des religieuses. Ancien évêque grec-catholique (melkite) de Beyrouth, créateur du Mouvement social libanais, « apôtre » de la laïcité, promoteur du dialogue islamo-chrétien, ami de l’abbé Pierre et de l’imam Moussa Sadr (*) , Mgr Haddad fut démis de sa fonction d’évêque en 1974, pour  avoir oser dire « que l’église libanaise était trop riche et qu’elle devait vendre ses biens pour les distribuer aux pauvres ».

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# 7 du Liban : « Ici on sent qu’on peut vivre ensemble ! »

Vendredi, octobre 9th, 2009

 

Ils ont installé leurs chaises en cercle au milieu de la cour et entamé le dialogue. Huit professeurs et psychologues : un homme, sept femmes. Tous appartiennent à  l’école Insan (humanité en langue arabe). Musulmans et chrétiens mélangés. Du groupe, seule Magy est coiffée d’un voile. Pour le reste, la confession est indiscernable. Ils y tiennent.  Sur le pas de  porte de son bureau, Charles Nasrallah, 34 ans, chemise claire et barbe naissante commente : « L’équipe se composent de toutes les confessions, chiites , sunnites, maronites, orthodoxes. Même les plus minoritaires sont représentées, druze, syriaque, copte. »

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# 6 du Liban : Mgr Saadé estime le « dialogue religieux » avec les musulmans « impossible »

Mercredi, octobre 7th, 2009

« Religieusement, le dialogue avec les musulmans est impossible », estime Mgr Boulos Emile Saadé, évêque maronite (*) de Batroun, interviewé par notre grand reporter Luc Balbont. Mais l’évêque estime que la coopération peut se réaliser sur d’autres terrains.

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# 5 du Liban : Le nord veut la samba brésilienne… pas le sud

Mardi, octobre 6th, 2009

Invitée par le ministère libanais, une troupe de samba brésilienne de la culture s’est produite en cette fin du mois de septembre 2009, dans les principales villes libanaises. Pas toutes. Dans la ville de Tyr, à majorité musulmane (Liban sud), des dignitaires religieux ont fait annuler la fête, en exerçant une pression sur la municipalité, qui s’est finalement pliée à leur diktat. Le fait pourrait paraître anodin. On pourrait même en rire. Mais pour les défenseurs d’un Liban uni, il est perçu comme les prémisses d’une déchirure entre un Liban chrétien et un Liban musulman.  

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# 3 du Liban : une visite chez mon ami cheikh Hussein Salim

Dimanche, septembre 27th, 2009

Bhabouch, village du nord Liban, est l’un des derniers vestiges de la « fameuse convivialité islamo-chrétienne libanaise». Si cette fraternité de la « Croix et du Croissant » existait avant la guerre civile de 1975 comme le prétendent beaucoup de Libanais, ce n’est plus le cas. Les communes où se côtoyaient chrétiens et musulmans, ont disparu dans les violences de ces trente-cinq dernières années, sauf quelques-unes dont Bhabouch.

Dans ce  bourg de 400 âmes cohabitent encore 2/3 de chrétiens pour 1/3 de musulman, et l’église et la mosquée se font presque face. Un vrai miracle du à la solidarité villageoise, qui dans les périodes de tension a joué un rôle essentiel, pour contrecarrer les interventions extérieures, visant à dresser les deux communautés l’une contre l’autre. Cheikh Hussein Salim est l’imam de ce village.

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