Archive la catégorie ‘Benoît XVI en Terre Sainte (mai 09)’

Premier bilan en guise de conclusion

Dimanche, mai 17th, 2009

Vendredi 15 mai

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Yahvé, Allah et Jésus-Christ main dans la main

Dimanche, mai 17th, 2009

Jeudi 14 mai 2009


Pour cause de « bouclage avancé », devant envoyer mon article au journal au plus tard vendredi matin, je ne verrai pas Nazareth, en Galilée « lieu béni par le mystère de l’Annonciation, lieu qui fut le témoin des années cachées du Christ » (voir Luc 2, 52), et qui reste, aujourd’hui encore, un des hauts lieux de la présence chrétienne en Terre sainte. Je n’assisterai pas non plus à la quatrième et dernière grande messe – après Amman (Jordanie), Jérusalem (Israël) et Bethléem (Territoires palestiniens) – que doit y célébrer Benoît XVI au Mont du Précipice. Je n’entendrai pas son homélie prononcée devant une foule fervente de 40 000 personnes venues de toute la Palestine chrétienne communier avec le Saint-Père.

 

 

La messe du pape Benoît XVI au Mont Precipice (AFP PHOTO/DAVID FURST)

La messe du pape Benoît XVI au Mont Precipice (AFP PHOTO/DAVID FURST)

Ses mots, je les découvre dans le communiqué n°22 fourni par le service de presse du Vatican, vibrant appel à l’amour familial comme « première pierre d’une société accueillante et équilibrée » ;  invitation pressante lancée à toutes « les personnes de bonne volonté » de toutes les communautés, à vivre en  « fidélité à notre foi commune au Dieu Unique, Père de la famille humaine » ; exhortation urgente à « rejeter le pouvoir destructeur de la haine et des préjugés, qui porte la mort dans l’âme des personnes avant de tuer les corps ! » (lire l’intégralité de l’homélie. Source : La Croix)

 

 

Condamné à vivre l’événement depuis ma chambre d’hôtel, je regarde depuis la fenêtre le panorama qui s’offre à moi de la Jérusalem moderne avec ses bâtiments cossus et ses rues ordonnées, son trafic trépidant et ses passants pressés. La « cité de la paix », la ville trois fois sainte, aurait-elle oublié son passé ? Pour m’en assurer, je décide de me rendre dans la vieille ville, à l’abri des hauts murs qui en gardent l’accès.

 

J’y pénètre, côté ouest, par la porte de Jaffa, l’une des sept entrées qui ouvrent sur cet univers sans âge. Comme on passe de la lumière à l’obscurité, on entre, passé l’esplanade qui jouxte l’ancienne citadelle transformée en musée, dans le monde du souk labyrinthique, royaume des marchands de pacotille. Sans doute le touriste y trouve-t-il son compte de pittoresque et de souvenirs. Déambulant au hasard des ruelles, j’avise une pancarte qui signale « le plus ancien restaurant de la vieille ville ». En réalité une échoppe minuscule, tenue par un vieux palestinien qui ne cherche plus, depuis longtemps, à appâter les clients. Dommage pour eux, car ses falafels, la spécialité locale, sont excellents. Aussi bien, ne demandez pas au propriétaire, comme d’ailleurs à n’importe lequel des tenanciers de boutiques proposant un fouillis d’articles pieux ou non, ce qu’il pense du voyage du pape en Terre sainte. Il vous répondra aussitôt, toute révérence gardée, que Benoît XVI aurait mieux fait de rester au Vatican. La face cachée de la guerre de religions que sont censés se livrer, en sourdine depuis les croisades, chrétiens et musulmans ? La véritable explication de ce ressentiment est beaucoup plus terre à terre. En raison des allers et venues du pape, la vieille ville a été bouclée deux jours durant et son accès interdit aux touristes ce qui n’est jamais bon pour les affaires. Or, pour l’autochtone, qu’il adore Yahvé, Allah ou Jésus-Christ, la paix dont est venu parler le Saint-Père reste une perspective lointaine quand il faut bien vivre entre temps en faisant marcher le commerce. Sans rancune, mon hôte m’offre le café, un café arabe chauffé dans un petit pot en cuivre, jus noir brûlant et sucré qui se déguste à petites lampées. Du fond du local où je suis assis, je vois défiler, comme dans un théâtre d’ombres, un monde étrange et baroque : soldats israéliens portant la traditionnelle kippa sur la tête ; femmes musulmanes voilées jusqu’aux yeux ; vieillards portant le keffieh palestinien ; enfants aux visages rieurs ; touristes allemands, russes ou français, appareils photos en bandoulière et main sur le porte-monnaie.

 

Je reprends mon bâton de pèlerin pour m’enfoncer dans la cité. Le hasard veut que ma première halte soit pour le Mur, dernier vestige du premier Temple bâti par le roi Salomon. Ce Mur qu’on appelle maintenant le Mur Ouest, mais qui reste le Mur des Lamentations. Un poste de sécurité en barre l’accès. La foi passée aux rayons X, on débouche sur une vaste esplanade où la ferveur le dispute au folklore. Ici, un groupe de juifs orthodoxes s’enroulent autour du bras et de la tête les lanières de cuir qui maintiennent les petits étuis contenant un extrait de la Torah. Là, un guide explique à un groupe de militaires l’histoire de ce lieu sacré. Plus loin, un vieil homme assis face au mur s’est endormi dans sa prière, tandis que de l’autre côté de la barrière qui délimite l’espace réservée aux femmes monte un chant profond et douloureux. Comme des millions d’autres avant moi, j’ai écrit une prière sur un feuille de carnet que j’ai pliée et repliée avant de la glisser dans une fente du mur. Il paraît que lorsque les bouts de papier deviennent trop nombreux, des préposés les enlèvent pour les brûler et enterrent les cendres en signe de respect pour ces messages adressés au ciel.

 

En levant les yeux, on aperçoit les contreforts de l’esplanade des mosquées. Pour y accéder, il faut emprunter une passerelle de bois qui conduit au mont où, selon la tradition hébraïque, Abraham conduisit son fils Isaac pour le sacrifier avant que l’ange du Seigneur ne retienne son bras. Pour l’islam, qui investit les lieux quelques siècles plus tard, la place sert de cadre à l’un des épisodes de la vie du prophète Mahomet qui se vit, en songe, monter au paradis depuis ce sommet. Un dôme doré monumental marque l’endroit vénéré par les musulmans du monde entier comme le troisième lieu sacré de l’islam après La Mecque et Médine. Alentour s’étend un vaste espace à l’architecture aérienne entouré de jardins ombragés où viennent pique-niquer les familles. L’endroit respire le calme et la tranquillité et l’on comprend pourquoi, au-delà des raisons religieuses, les musulmans de Jérusalem, ville conquise par les Israéliens lors de la guerre de 1967, tiennent à préserver ce sanctuaire qui leur tient lieu de havre de paix. On se souvient d’ailleurs qu’en 2000, la venue sur l’esplanade du Premier ministre de l’époque, Ariel Sharon, avait été perçue comme une provocation et sonné le déclenchement de la seconde Intifada, la révolte palestinienne.

 

Par contraste, l’atmosphère qui règne autour et dans la basilique du Saint-Sépulcre, troisième étape clé de cette journée,  peut dérouter voire déranger le pèlerin en quête de recueillement. Ici, dès le IVe siècle, les chrétiens ont honoré la mort et la résurrection du Sauveur. L’édifice actuel, bâti par les croisés, englobe en effet dans un même lieu le Golgotha où fut mis en croix Jésus et le tombeau d’où ressuscita le Christ. L’endroit qu’on espérait silencieux et priant est la proie d’une foule  bruyante qui défile au pas de charge de la chapelle grecque qui abrite, sous l’autel, le roc du calvaire à la rotonde de l’Anastasis où se trouve l’édicule abritant la chambre sépulcrale où fut inhumé le Christ. Mais après tout, n’est-ce pas le défi qu’ont à relever ses disciples que de s’abstraire du brouhaha du monde pour rester les yeux rivés sur le mystère de la mort et de la vie ?

 

Au même instant ou presque, à Nazareth, Benoît XVI avait rendez-vous, pour une ultime rencontre, avec les chefs religieux de Galilée à l’auditorium du Sanctuaire de l’Annonciation. L’événement fera, le lendemain, la une des journaux montrant une photo du pape en compagnie d’un rabbin et d’un imam musulman druze. Les représentants sur terre de Yahvé, Allah et Jésus se donnant la main : la Terre sainte n’en croyait pas ses yeux !

A l'Auditorium du sanctuaire de l'Annonciation  (AFP PHOTO/POOL/OSSERVATORE ROMANO)

A l'Auditorium du sanctuaire de l'Annonciation (AFP PHOTO/POOL/OSSERVATORE ROMANO)

Au pied du mur

Samedi, mai 16th, 2009

 

Mercredi 13 mai 2009


Messe à Bethléem. (AFP PHOTO/HO/OSSERVATORE ROMANO)

Messe à Bethléem. (AFP PHOTO/HO/OSSERVATORE ROMANO)

La messe est dite. Tout à l’heure, sur la place de la Mangeoire, à Bethléem, à deux pas de la Basilique de la Nativité bâtie au début du IVe siècle pour commémorer la naissance du Christ, près d’une dizaine de milliers de personnes ont écouté avec attention, malgré la morsure du soleil, l’homélie prononcée par le pape Benoît XVI au septième jour de son pèlerinage en Terre sainte. Ils sont venus de toute la Palestine, de Naplouse, de Djenine, de Beth Zeit et même de la bande de Gaza, pour converger vers ce petit bout de territoire sous contrôle de l’Autorité palestinienne, distant d’à peine 8 km de Jérusalem.

 

Bethléem, ville de l’Incarnation, est sans doute le dernier bastion chrétien de Terre sainte. Ici, se concentrent  près de 44 % de l’ensemble des chrétiens de Palestine. Sur le district, qui inclut les villes de Beth Saour et de Beth Jala, ils sont environ 15 000 pour une population totale de 60 000 habitants à majorité musulmane. Un ratio encore honorable, mais qui baisse dangereusement. Cette lente hémorragie démographique s’explique par le fait que les chrétiens ont, en règle générale, un nombre d’enfants moindre que les musulmans et par l’effet de l’exil massif de la jeunesse. En 1964 déjà, lors de son passage en Terre sainte, le pape Paul VI s’inquiétait du phénomène, redoutant que les lieux saints ne deviennent un jour des musées. Pour l’instant, le pire a été évité. « Chaque dimanche, et cela depuis 1700 ans sans discontinuer, notre communauté célèbre une messe dans l’Eglise de la Nativité. Voilà pourquoi il est tellement important que nous restions ici », explique Kamal Mukurker, 29 ans, catholique de Bethléem.


Comme beaucoup de jeunes gens d’ici, Kamal a lui aussi été tenté d’aller chercher ailleurs une vie meilleure. Il a fait ses études supérieures en Allemagne, où il a décroché un Master, puis il a poursuivi aux Etats-Unis pour se spécialiser dans la gestion et la finance. Comme ses deux frères aînés, il aurait pu s’installer à l’étranger et couler une vie paisible. Mais le petit dernier de la famille Mukurker a accepté de céder à sa mère qui se languissait de lui, et voilà deux mois qu’il est revenu au pays. Un choix qu’il ne regrette pas, mais qui n’a pas été facile à faire. « Ici, il n’y a aucune grande compagnie, la plupart des gens vivant du tourisme et des pèlerins. Pour espérer trouver un travail dans mes cordes, il faudrait aller jusqu’à Ramallah, plus au nord. Ce n’est pas très loin de Bethléem, une trentaine de kilomètres à vol d’oiseau à peine, mais pour y parvenir, il faut des heures et des heures à cause de ce mur qui nous empoisonne la vie », raconte-t-il.

 

Un mur. C’est ce que les Israéliens ont imaginé de mieux pour garantir leur sécurité. Sa construction a démarré en 2002 et les travaux ne sont toujours pas achevés. L’ouvrage se construit tronçon par tronçon, pas toujours raccordés, selon un calendrier qui ne cesse de prendre du retard en raison du coût exorbitant du chantier. Pour l’instant, 70 % environ a été réalisé. A terme, cette barrière infranchissable, sauf à quelques « check points » contrôlés par l’armée israélienne pour permettre le passage d’un monde à l’autre, dessinera une sorte de grande muraille proche-orientale enfermant les Palestiniens dans une sorte de « prison à ciel ouvert » et isolant les Israéliens dans une manière de « ghetto sécuritaire ».

 

L’existence de ce mur est très contestée. Côté israélien, le autorités, et une large partie de l’opinion, y voient un moyen de se protéger contre les incursions terroristes qui se sont multipliées après le déclenchement en 2000 de la seconde Intifida (la rébellion palestinienne), faisant de nombreuses victimes parmi la population civile israélienne. De fait, depuis son édification, il n’y a pratiquement pas eu d’attaques et les citoyens israéliens peuvent de nouveau dormir, sinon sur deux oreilles, au moins sur une. Côté palestinien, ce mur est devenu le symbole de l’oppression qu’ils subissent. Il a détruit des maisons, séparé des familles, isolé des paysans de leur terre, rendu la vie impossible à des milliers de Palestiniens. « Pour le franchir, il faut être muni d’un passe délivré par les autorités israéliennes et subir le bon vouloir des militaires qui font patienter des heures alors qu’il ne s’agit que de parcourir quelques kilomètres pour rejoindre son travail », raconte Kamal. Beaucoup dénoncent aussi le fait que le mur est le moyen pour Israël d’annexer, sans le dire, toujours plus de terre. « En 2004, le Premier ministre de l’époque, Ariel Sharon a fait bâtir une nouvelle colonie, Har Houma, sur une colline juste en face de Bethléem. Au prétexte de protéger les juifs installés là, environ 500 personnes pour la plupart venues de France,  le mur empiète désormais sur 18 % du territoire du district palestinien », poursuit le jeune homme.

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Le mur. Il était au coeur du discours prononcé par Mgr Fouad Twal, patriarche latin de Jérusalem, en ouverture de la messe célébrée sur la place de la Mangeoire par Benoît XVI. « Cette terre où Jésus est né a besoin de paix et de réconciliation, mais notre peuple souffre toujours de l’injustice, de la guerre, de l’occupation et du manque d’espoir pour un avenir meilleur. Et cette paix ne sera pas possible tant que Bethléem sera séparée de Jérusalem car personne ne peut prétendre posséder cette terre pour son propre compte et exclure les autres », a déclaré le patriarche avec véhémence. Ce mur, Benoît XVI n’en parlera  pas directement dans son homélie – sans doute l’une des belles, des plus prophétiques de ce pèlerinage – (lire le texte de l'homélie), mais il l’évoquera sans détours quelques heures plus tard, lors de sa visite au camp de réfugiés de Aïda, à la périphérie de Bethléem (lire le discours). D’ailleurs, comment aurait-il pu faire autrement, puisque ses miradors et ses fers barbelés étaient la toile de fond d’une rencontre diffusée sur les télévisions du monde entier.

 

 

Au camp d'Aïda (AFP PHOTO / ALBERTO PIZZOLI)

Au camp d'Aïda (AFP PHOTO / ALBERTO PIZZOLI)

« Dominant au-dessus de nous qui sommes rassemblés ici cet après-midi, s’érige le mur, rappel incontournable de l’impasse où les relations entre Israéliens et Palestiniens semblent avoir abouti. Dans un monde où les frontières sont de plus en plus ouvertes – pour le commerce, pour les voyages, pour le déplacement des personnes, pour les échanges culturels – il est tragique de voir des murs continuer à être construits. Comme il nous tarde de voir les fruits d’une tâche bien plus difficile, celle de construire la paix ! Comme nous prions constamment pour la fin des hostilités qui sont à l’origine de ce mur ! », lancera ainsi le pape dans son allocution.

 

Des mots qui ont touché droit au cœur Faten Mukurker, la mère de Kamal, qui suivait la cérémonie devant sa télévision. « Lorsque j’ai écouté le pape durant la messe, j’étais heureuse mais aussi un peu désappointée. Car c’est bien joli de me demander de faire la paix avec mon ennemi, mais comment faire si je ne le vois pas dans les yeux ? Comment lui serrer la main si je ne peux pas le toucher ? Maintenant, je suis rassurée. Grâce au pape, le monde entier a pu voir ce que nous subissons. Cela ne changera peut-être pas tout de suite la situation, mais cela contribue à mettre la pression sur Israël. Il faut maintenant que la communauté internationale prenne le relais pour que ce mur de la honte soit abattu », lâche Faten.

 

Il est tard et la nuit tombe tôt sur Bethléem. Il est temps de rentrer sur Jérusalem. Sur la place de la Mangeoire, quelques chauffeurs de taxis attendent le client en profitant de la fraîcheur qui vient avec le crépuscule. Je monte, au hasard, dans un des véhicules. « Pouvez-vous me conduire de l’autre côté du mur ? » demande-je au jeune conducteur. Celui me regarde en souriant. « Jérusalem, cela fait quatre ans que je n’y ai plus mis les pieds. A cause d’ennuis avec la police israélienne, je suis interdit de séjour. Mais je peux vous déposer au pied du mur », m’explique-t-il dans le peu d’anglais qu’il sait.

 

Au bout de la route, le mur. Où qu’on porte le regard, le mur. A droite, à gauche, en levant les yeux, le mur. Et sur son long, un couloir grillagé courant sur une centaine de mètres, qu’il faut bien emprunter malgré une certaine appréhension. On arrive alors à un premier tourniquet. Puis un second gardé par un soldat israélien, en l’occurrence une jeune femme postée dans une guérite. Le tourniquet est bloqué et j’essaye d’attirer son attention en exhibant, à travers les barreaux, mon accréditation de journaliste. Le document, pourtant très officiel, n’a pas l’air de l’émouvoir le moins du monde. De longues minutes s’écoulent. Comment vais-je me sortir de ce guêpier ? Deux Palestiniens me rejoignent. Je leur explique, par gestes, que le passage est bloqué et que la jeune femme dans son poste refuse de m’écouter. A leur tour, les deux Palestiniens l’interpellent en hébreu. Cette fois, la jeune militaire leur répond, mais au ton qu’elle emploie, je comprends qu’il va falloir se montrer patient. Vingt minutes plus tard, le tourniquet se débloque. Pourquoi maintenant ? Mystère. Nous entrons dans un no man’s land militarisée pour rejoindre un vaste bâtiment qui sert de poste de sécurité. Nouveau tourniquet, contrôle des affaires par rayons X, passage obligé sous un portique de sécurité. Au contrôle des papiers, une autre jeune femme militaire me demande ce que je suis allé faire de l’autre côté du mur. « Ecouter le message de Bethléem », ai-je envie de lui répondre. Mais je me tais.

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Guerre des drapeaux à « Josafat Valley »

Jeudi, mai 14th, 2009

Mardi 12 mai 2009, Jérusalem, Israël

Le pape Benoît XVI glisse un billet contenant une prière dans une fente du Mur des Lamentations. (AFP PHOTO/POOL/RONEN ZVULUN)

Le pape Benoît XVI glisse un billet contenant une prière dans une fente du Mur des Lamentations. (AFP PHOTO/POOL/RONEN ZVULUN)

Après une visite du Dôme du Rocher – le monument qui marque l’ascension du prophète Mahomet aux cieux – sur l’esplanade des mosquées où il a dialogué avec le Grand Mufti de Jérusalem (le discours su pape sur l'esplanade des mosquées. Source La Croix), puis une visite au Mur occidental, plus connu sous le nom du Mur des Lamentations – dernier vestige du temple bâti par le roi Salomon – suivi d’une rencontre avec les deux Grands Rabbins de la cité, Benoît XVI a encore eu le temps, dans la même matinée, de prier le Regina Coeli avec les évêques de Terre sainte dans la salle du Cénacle (lire le discours aux évêques) avant de se rendre à la co-cathédrale des Latins de Jérusalem.

 

Rami Saleh en route pour la célébration présidée par le papeRami Saleh en route pour la célébration présidée par le pape (photo A. d'Abbundo)

L’après-midi, le pape avait donné rendez-vous aux chrétiens de Terre sainte pour célébrer la messe dans la vallée de Josafat, partie nord de la vallée du Cédron, ample dépression qui sépare la colline du Temple des pentes du Mont des Oliviers. Une occasion que Rami Saleh, 33 ans, sa femme Ramia et leur jeune fils Jacques, 6 ans, n’ont pas voulu manquer. La famille Saleh fait partie de ces quelque 150 000 arabes chrétiens qui ont la citoyenneté israélienne. Une citoyenneté tronquée, certes, car ils ne bénéficient pas des mêmes avantages que les citoyens juifs – certains métiers considérés par les autorités israéliennes comme relevant de la sécurité nationale leur sont interdits –, mais une citoyenneté quand même : ils ont le droit de vote et disposent donc d’une représentation nationale de 7 députés, sur 130, à la Knesset, le parlement israélien. Rami et les siens habitent de longue date à Bet Hanina, quartier au nord de la vieille ville de Jérusalem. Pourtant, Rami ne se sent en rien israélien. Sa vraie, sa seule patrie, c’est la Palestine. Recouvrer sa terre et ses droits est son obsession quotidienne, à tel point qu’il a renoncé, il y a quelques années, à un poste relativement confortable de professeur de chimie pour s’engager dans une organisation non gouvernementale qui s’occupe de défense les droits de l’homme. Militant convaincu de la cause palestinienne, Saleh n’a cependant rien d’un enragé. Catholique pratiquant, il s’est toujours refusé à la violence, affirme-t-il. Pour autant, il n’accepte pas que seuls les Palestiniens soient qualifiées de terroristes. « Regardez ce que les Israéliens ont fait à Gaza en décembre et janvier derniers. Des milliers de victimes sous mortes sous leurs bombes : des femmes, des enfants, des familles entières. Qui sont les assassins ? », interroge-t-il. Rami porte un tee-shirt avec l’inscription en anglais « Remain your brain » – Souviens-toi – à la mémoire de ces victimes.

L’Eglise grecque-orthodoxe Saint-Stéphane Le bus dans lequel nous nous sommes rencontrés vient de stopper à proximité du premier poste de contrôle, tout près du Tombeau de la Vierge. Derrière, on aperçoit les bulbes dorés de l’Eglise grecque-orthodoxe Saint-Stéphane (photo A. d'Abbundo) qui resplendissent au soleil et, sur la droite, la tâche verte du Mont des Oliviers où Jésus aimait faire retraite et où il fut arrêté. Un épisode que Rami a longuement médité. « Lorsque Jésus a été conduit devant le grand prêtre Caïphe, un soldat l’a giflé. Alors Jésus lui a demandé : « Si j'ai mal parlé, fais voir ce que j'ai dit de mal ; et si j'ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu?» (Jean 18, 22-23). Pourquoi les policiers israéliens nous traitent-ils aussi mal ? » raconte-t-il.

Famille de RamiRami Saleh, 33 ans, sa femme Ramia et leur jeune fils Jacques, 6 ans (photo A. d'Abbundo)

Pour lors, il suffit de présenter son carton d’invitation pour pénétrer dans la vallée où a été dressé l’autel. A l’entrée, les organisateurs distribuent des casquettes aux pèlerins. Un cadeau que Rami s’empresse de repousser. « Elles portent l’inscription Israël et nous ne reconnaissons pas l’occupation de Jérusalem et des territoires. Nous voulons la paix, mais pas aux conditions et selon les règles fixées par Israël », souligne-t-il pour expliquer son geste.

drapeauxDistribution de drapeaux palestiniens (photo A. d'Abbundo)

Le petit Jacques, lui, s’est couvert d’un de ces couvre-chef sans provoquer la moindre réaction de son père. « Il est jeune, il doit se protéger du soleil », lâche Rami en souriant. Combien de personnes peuvent se tenir dans l’étroite vallée de Josafat ? Difficile à dire. En tout cas, les organisateurs ont mis à disposition des communautés chrétiennes autochtones environ 4 000 invitations. D’évidence, le compte n’y est pas.

La messe célébrée par le pape Benoît XVI dans la vallée de Josafat (AFP PHOTO/JACK GUEZ)

La messe célébrée par le pape Benoît XVI dans la vallée de Josafat (AFP PHOTO/JACK GUEZ)

Si les pèlerins étrangers sont nombreux, la présence d’arabes chrétiens est beaucoup plus discrète. Auraient-il décidé de bouder le pape, comme il se murmure ici ? « Non, réplique aussitôt Rami. Si nous sommes si peu, c’est parce que les Israéliens ont multiplié les tracasseries pour que les habitants des territoires occupés alentours renoncent à se déplacer », assure-t-il. Pourtant, en insistant un peu, Rami convient que beaucoup de ses amis sont dubitatifs sur ce voyage. « Il intervient au plus mauvais moment, seulement quelques semaines après la guerre menée par Israël contre Gaza. Nous redoutons que sa venue donne une légitimité à Israël après ce massacre. J’ai entendu le pape. Il a dit qu’il venait ici pour renforcer les liens entre le Vatican et l’Etat hébreu. Ce qui revient à dire qu’il tamponne le fait qu’Israël est un pays juif », s’emporte Rami.

Poste de contrôle avant d'accèder au lieu de la célébrationAu seconde poste de contrôle (photo A. d'Abbundo), une jeune policière se livre à un étrange rituel sur les mains de chacun des invités. Elle frotte chaque paume avec un petit chiffon, chaque échantillon étant soigneusement conservé. Un nouveau procédé pour relever les empreintes génétiques ? Un détecteur de résidus de poudre ou d’explosif ? La policière sourit sans répondre. Il faut encore passer par un portique de détection avant de pouvoir, enfin, pénétrer dans l’enceinte où quelques milliers de personnes vont attendre, trois heures durant, le pape Benoît XVI. Rami a passé l’examen sans trop de difficultés. Fièrement, il exhibe de son sac une centaine de petits drapeaux qu’il propose autour de lui. Aussitôt, des dizaines de bras se tendent pour s’emparer du fanion marqué d’un triangle rouge à bandes noire, blanche et verte. Des jeunes surtout qui agitent aussitôt, avec enthousiasme, leur emblème de fierté perdu au milieu des gigantesques bannières aux armes du Vatican ou de l’Etat hébreu, des drapeaux italiens, polonais ou argentins. C’est assez pour mettre sur les dents le service d’ordre israélien. Quelques minutes plus tard, trois gardes font irruption autour de Rami et le somment de les suivre. Celui-ci s’exécute sans esclandre. « Vous voyez, il suffit que nous sortions un simple drapeau pour leur faire peur », s’énerve un jeune homme, témoin de la scène. Ramia, l’épouse de Rami, ne semble guère inquiète. « Ils vont lui poser quelques questions et l’expulser de la messe. Vous savez, je commence à avoir l’habitude », lâche-t-elle fataliste. De fait, Rami n’assistera pas à la célébration. Interrogé deux heures durant par la police, celle-ci va vite devoir convenir que le jeune homme n’a aucun antécédent judiciaire et qu’aucune loi n’interdit de brandir un drapeau dans le ciel, fusse-t-il palestinien. Ce jour-là, Rami a obtenu un petite victoire : quelques heures durant, le drapeau palestinien a flotté sur Jérusalem, celle que les Arabes s’entêtent à appeler Al Qods.

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> Lire l'homélie du pape durant la dans la Vallée de Josafat (source La Croix)

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Le couac du cheik Attamimi

Mardi, mai 12th, 2009

Lundi 11 mai, Jérusalem, Israël 

 

La journée aurait pu être parfaite. Au programme : cérémonie d’adieu à l’aéroport Reine Alia d’Amman, puis départ par le vol RJ53366 de la Royal Jordanian Airlines pour l’aéroport Ben Gourion de Tel Aviv (voir notre diaporama), Israël, seconde étape du pèlerinage marathon entamé par Benoît XVI à travers la Terre sainte, où l’attendait le président de l’Etat hébreu et prix Nobel de la paix, Shimon Pères.

 

 

Le pape Benoît XVI et le président Shimon Peresau palais présidentiel, à Jérusalem (AFP / ETTORE FERRARI / POOL)

Le pape Benoît XVI et le président Shimon Peres au palais présidentiel, à Jérusalem (AFP / ETTORE FERRARI / POOL)

Si ce voyage a pu avoir lieu, c’est beaucoup à ce dernier qu’on le doit, lui qui a multiplié ces derniers mois les invitations lancées au Vatican pour que cette visite, que beaucoup d’experts disaient impossible en raison de l’instabilité chronique que connaît la région, devienne réalité. « Alors que les Israéliens viennent de se donner un Premier ministre, Benjamin Netanyahou, et un gouvernement de droite allié à l’extrême droite qui ont clairement fait savoir que l’heure n’était plus aux négociations avec les Palestiniens, le vieux leader travailliste est le dernier des hommes politiques israéliens à croire encore à l’utopie d’une paix possible », analyse un spécialiste de la politique moyen-orientale. « Pour autant, le pouvoir issu des dernières élections législatives n’a guère de raison de bouder cette visite. La venue du pape redore à bon compte le blason de l’Etat hébreu, alors que son capital sympathie auprès de l’opinion publique internationale a été sérieusement entamée avec l’opération Plomb durci menée contre la bande de Gaza en décembre et janvier derniers », ajoute un autre observateur.

 

Pour lors, Israël a donc décidé de dérouler le tapis rouge au chef de l’Eglise et dans les rues de Jérusalem  (voir notre diaporama ). L’étoile de David, roi des Juifs, côtoie la mitre papale du successeur de Pierre sans que la rue trouve à lever les yeux au ciel. « Vous savez, nous recevons chaque année plusieurs millions de pèlerins, alors un de plus, un de moins », commente Ezriel, 28 ans, étudiant d’une Yeshiva orthodoxe, une des centaines d’écoles talmudiques qui fleurissent dans la cité trois fois sainte.

 

Croisés à la porte de Jaffa, l’entrée ouest de la vieille ville, Abviel et Marie-Luc, Frères de Bethléem, se montrent nettement plus enthousiastes alors que surgit dans le ciel l’hélicoptère qui conduit Benoît XVI jusqu’au Mont Scopus. Ces deux moines qui d’ordinaire ne quittent guère leur cellule, sont venus à la ville pour déposer les articles artisanaux qui leur procurent les quelque ressources nécessaires à leur vie d’ermites. Volontairement coupés du monde pour consacrer leur vie à la prière, c’est à peine s’ils étaient informés de l’arrivée de BenoîtXVI aujourd’hui. Le savoir au-dessus d’eux est vécu par eux comme une grâce supplémentaire.  « Béni le Pape, Seigneur et ouvre lui la bouche », lâche Frère Abviel, les paumes tournées vers les cieux sous l’œil indifférent des policiers qui barrent la plupart des accès. Ici, on ne lésine pas sur la sécurité.

 

Lors de la cérémonie de bienvenue à l’aéroport Ben Gourion de Tel Aviv (lire l’intégralité du discours. Source : La-Croix.com), Benoît XVI a fixé point par point, en bon pédagogue qu’il est, les grandes lignes de son programme. « Je viens, comme tant d’autres avant moi, prier dans les lieux saints, prier en particulier pour la paix, la paix pour la Terre sainte et la paix pour le monde », a-t-il déclaré en préambule. « Or, cette paix ne pourra se construire que si la religion trouve sa juste place dans la société, au service de la défense de la liberté et de la dignité de chaque être humain » a-t-il aussitôt ajouté. « De manière tragique, le peuple juif a fait l’expérience des terribles conséquences d’idéologies qui ont nié la dignité fondamentale de l’homme », a enchaîné Benoît XVI pour rendre un vibrant hommage « à la mémoire des six millions de juifs victimes de la Shoah » et pour condamner toute forme d’antisémitisme ou de racisme comme « totalement inacceptable ».

 

Sans autre transition, le pape a ensuite plaidé pour la liberté d’accès aux lieux saints révérés par les trois religions monothéistes – judaïsme, christianisme et islam – dans Jérusalem. « Bien que le nom de Jérusalem signifie « la cité de la paix », personne n’ignore que depuis des décennies les habitants de Terre sainte ne connaissent pas la paix », a-t-il poursuivi avant d’exhorter les responsables israéliens et palestiniens « à explorer tous les chemins possibles pour une juste résolution des difficultés afin que les deux peuples puissent vivre en paix dans leur propre pays, avec des frontières reconnues et sûres. » Enfin, le pape a encouragé les chrétiens de Terre sainte a apporté leur « contribution particulière » à ce processus en fidélité à la foi qu’ils confessent et qui les engagent au pardon et à la réconciliation.

 

Quelques heures plus tard, invité du président Shimon Pères à la résidence présidentielle de Jérusalem, il reviendra sur ce thème de la paix comme « don de Dieu » et de la responsabilité particulière qu’ont les religions pour autant qu’elles se montrent fidèles à leur vocation ( lire le discours. Source La Croix.com). Citant le prophète Isaïe (32, 15-17), le fin théologien Benoît XV s’est alors livré à une savante exégèse pour démontrer le lien indissociable entre la sécurité et la justice sans lesquelles il ne peut y avoir de paix durable.  La paix : shalom en hébreu, salam en arabe, c’est le refrain entonné – dans les deux langues, fait exceptionnel en Israël – par la chorale qui accompagnait cette rencontre détendue entre deux hommes qui semblent, visiblement, s’apprécier. La visite qui suivra, à Yad Vashem, le mémorial à la mémoire des victimes de la Shoah, se déroulera dans une toute autre atmosphère.

 

 

Au mémorial Yad Vashem (Photo by Uriel Sinai/Getty Images)

Au mémorial Yad Vashem (Photo by Uriel Sinai/Getty Images)

L’événement, guetté par les médias du monde entier, a fait couler beaucoup d’encre. Benoît XVI allait-il visiter le pavillon où trône un portrait du pape Pie XII  souligné d’une légende mettant en cause sa ligne de conduite à l’égard des nazis ? Qu’allait-il dire après la levée d’excommunication de l’évêque intégriste Williamson dont les propos négationnistes prennent ici une résonance particulière ? Comme l’avait fait avant lui Jean-Paul II en mars 2000, Benoît XVI ne pouvait éviter cette étape, passage obligé pour tout chef d’Etat visitant Israël. Voilà sans doute pourquoi il aura décidé de la placer en tête de son programme.

 

Examen réussi ? Sans doute. Même si son discours a essuyé des critiques de la part de quelques rabbins qui estiment que le pape n’est pas allé « assez loin » dans la dénonciation des crimes nazis et de l’antisémitisme, la plupart des observateurs admettent qu’il a fait mouche dans l’opinion malgré sa brièveté et ce côté analytique, voire professoral, qui est la marque et le style particulier de ce pape.

 

Taysir Tamimi, grand Mufti de Jérusalem, à Notre-Dame de Jérusalem (Photo by Carsten Koall/Getty Images).

Cheik Taysir Attamimi, haut dignitaire musulman , à Notre-Dame de Jérusalem (Photo by Carsten Koall/Getty Images).

 

 

Restait la dernière « épreuve » du jour : la rencontre avec les organisations engagées dans le dialogue interreligieux prévu à Notre-Dame de Jérusalem, un centre d’accueil pour les pèlerins de Terre sainte fondé, à l’origine, par les Augustins de l’Assomption au 19e  siècle. Un dialogue entre chrétiens, juifs et musulmans : comment mieux finir cette première journée si bien entamée ? C’était sans compter l’intervention du haut dignitaire musulman de Jérusalem, le cheik Tayssir Attamimi, dont la diatribe aussi violente qu’imprévue contre Israël restera comme le premier « couac » de ce pèlerinage pour la paix. Que s’est-il passé exactement ? Il semblerait que ce haut dignitaire musulman, dont l’intervention n’était pas prévue au programme, ait convaincu Mgr Fouad Twal, patriarche latin de Jérusalem, de lui confier le micro pour remercier le pape de son intervention. Profitant de cette tribune inespérée offerte par les médias, l’orateur s’est alors lancé, en arabe, dans un discours véhément contre l’occupant israélien.

 

Qu’a-t-il dit exactement ? Dans la soirée, les autorités israéliennes travaillaient encore à établir une traduction exacte. Mais l’incident aura suffisamment marqué pour que le porte-parole du Vatican, le Père Federico Lombardi, rende public un communiqué sans équivoque : « L’intervention du Cheik Attamimi est une négation évidente de ce que doit être le dialogue. Nous espèrons que cet incident ne compromettra pas la mission du pape qui est de promouvoir la paix et le dialogue entre les religions. Nous espérons aussi que le dialogue entre les religions en Terre sainte ne sera pas compromis par cet incident. » Rien n’est moins sûr. « Monsieur Tamimi, que l’on présente pourtant comme un modéré, est coutumier de ce genre de propos que nous ne pouvons plus tolérer. Soit il se retire des institutions où les chrétiens, les musulmans et les juifs sont censés discuter. Soit c’est nous qui nous retirons », menaçait Oded Winer, directeur général du Grand Rabbinat d’Israël. « Vous savez, ici, ce genre de querelles doit être relativisé. Chaque camp fait monter la pression, puis tout rentre dans l’ordre jusqu’à la prochaine fois. C’est ça, le Moyen-Orient », me fait remarquer, en aparté, un officiel du ministère des Affaires étrangères mi fataliste, mi amusé.

Samedi 9 mai 2009, Amman, Jordanie

Samedi, mai 9th, 2009

De Moïse à Mahomet

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Redonner à la religion sa vraie dimension, celle d’une foi librement consentie au service de Dieu et des hommes. Inviter chaque croyant, quelle que soit sa confession, à être un digne témoin d’amour, de vérité, de justice et de paix. Rechercher la communion tout en respectant les traditions spirituelles, liturgiques et culturelles qui marquent  nos différences. Telle est la gigantesque tâche que semble s’être fixé l’infatigable pèlerin Benoît XVI.

 

 

Au Mont Nébo (AFP/ALBERTO PIZZOLI)

Au Mont Nébo (AFP/ALBERTO PIZZOLI)

Pour décliner ces thèmes, il était juste de commencer cette seconde journée passée en Terre sainte par le Mont Nébo, la montagne d’où Moïse contempla la Terre promise sans pouvoir y entrer. « En ce temps là, Moïse monta des steppes de Moab au Mont Nébo, sur un sommet qui est en face de Jéricho. Le Seigneur lui fit voir tout le pays : Galaad jusqu’à Dane, tout Nephtali, le pays d’Ephraïm et de Manassé, tout le pays de Juda jusqu’à la Méditerranée, le Néguev, la plaine du Jourdain, la vallée de Jéricho, ville des palmiers, jusqu’à Soar. Le Seigneur lui dit : «Ce pays que tu vois, j’ai juré à Abraham, à Isaac et à Jacob de le donner à leur postérité. Je te le fais voir, mais tu n’y entreras pas. » Moïse, le serviteur du Seigneur, mourut là, au pays de Moab, selon la parole du Seigneur», est-il écrit dans le livre du Deutéronome (34, 1-5) (lire l'intégralité du discours. Source La-Croix.com).

 


Avec le P. Jose Rodriguez Carballo au Mont Nébo (Photo by Carsten Koall/Getty Images)

Avec le P. Jose Rodriguez Carballo au Mont Nébo (Photo by Carsten Koall/Getty Images)

 

Comme l’avait fait son prédécesseur Jean-Paul II au cours de son voyage en mars 2000, le successeur de Pierre s’est longuement attardé, ce samedi matin, 9 mai, vers 9 h 15, devant ce large panorama, depuis l’esplanade du sanctuaire qui domine de 800 mètres la vallée en contrebas. Recueilli au pied de la croix en forme de serpent d’airain (voir Nombre 21, 9), il devait, quelques instants plus tard, livrer la clé de sa pensée à une petite assemblée de prêtres, de religieux et de fidèles venus célébrer avec lui la liturgie de la Parole.

 

Au Mont Nébo (AFP/ALBERTO PIZZOLI)

Au Mont Nébo (AFP/ALBERTO PIZZOLI)

 

 

« La magnifique perspective qui s’ouvre à nous ici, nous invite à méditer cette vision prophétique qui embrassait mystérieusement le grand plan de salut que Dieu avait préparé pour son peuple. C’est en effet dans la vallée du Jourdain qui s’étend sous nos yeux que, à la plénitude des temps, Jean le Baptiste devait venir pour préparer la voie du Seigneur. C’est dans les eaux du Jourdain que Jésus, après son baptême par Jean, a été manifesté comme le Fils bien-aimé du Père et que, consacré par l’Esprit-Saint, il a inauguré son ministère public », a expliqué le pape en réponse aux mots de bienvenue prononcés par le Père José Rodriguez Caballo, Ministre général de l’Ordre des Franciscains, responsables du lieu saint. Symbole de l’unité profonde entre l’Ancien et le Nouveau Testament, le Mont Nébo nous « rappelle le lien inséparable qui unit l’Eglise et le peuple juif » et nous appelle à « un amour renouvelé pour dépasser tous les obstacles à la réconciliation des chrétiens et des juifs dans le respect mutuel et la coopération au service de la paix », a conclu Benoît XVI avant d’inviter chacun à la prière du Notre Père.

 

En coulisses, la papamobile a été avancée. Le temps est compté et il faut déjà passer de Moïse à Mahomet, avec, entre-temps, une halte dans la ville de Madaba où doit être bénie la première pierre d’une université catholique voulue par le patriarcat latin de Jérusalem (lire le discours à Mabada. Source : La-Coix.com). Une initiative qui n’a rien d’anecdotique, mais qui sera largement éclipsée par l’événement attendu de la journée, à savoir la visite, prévue en fin de matinée, de la mosquée Al Hussein Bin-Talal, à Amman, suivie d’une rencontre avec les principaux chefs religieux de l’islam en Jordanie.

 

Benoît XVI dans un lieu de prières musulman, ce n’est certes pas une première. Tout le monde garde en mémoire sa venue à la Mosquée bleue d’Istanbul, lors de son voyage en Turquie en novembre 2006. A l’époque, le pape avait même prié, pieds nus, tourné vers la Mecque. Un geste qui avait, certes, choqué la frange la plus traditionaliste des catholiques, mais qui avait grandement contribué à lever les malentendus avec le monde musulman quelques semaines après la polémique provoquée par le discours de Ratisbonne semblant assimiler islam et violence.

 

Avec le  Prince Ghazi bin Mohammed à la mosquée d'Amman (AFP/ALBERTO PIZZOLI)

Avec le Prince Ghazi bin Mohammed à la mosquée d'Amman (AFP/ALBERTO PIZZOLI)

 

A Amman, le pape ne s’est pas déchaussé, car ses hôtes ne le lui ont pas demandé. Et il n’a pas prié, mais s’est recueilli par respect pour ce lieu de foi, a précisé à une presse avide de détails croustillants le Père Federico Lombardi, porte-parole du Vatican. Reste le fond d’un dossier, sur lequel Benoît XVI a, une fois encore, réaffirmé sa détermination à promouvoir le dialogue interreligieux et interculturel avec l’islam comme une des priorités de son pontificat (lire le discours du pape. Source : La-Croix.com). A cet égard, sa venue en Jordanie ne doit rien au hasard. Dans un monde musulman en proie à bien des tensions, où l’islam radical fait figure d’épouvantail, parfois au risque de la caricature, le royaume hachémite est vu, depuis le Vatican, comme un exemple de modération et d’ouverture destiné à servir de modèle dans la région. Les autorités jordaniennes ont en effet multiplié les initiatives, ces derniers temps,  manifestant leur volonté d’être des partenaires privilégiés du nécessaire dialogue entre chrétiens et musulmans. Ainsi, en octobre 2007, le prince Ghazi, cousin et conseiller pour les affaires religieuses du roi Abdallah II, avait adressé, avec 137 autres personnalités du monde islamique, une lettre au pape intitulée « Une parole commune entre nous et vous ». Elle posait pour principe que le christianisme et l’islam partagaient les mêmes valeurs d’amour de Dieu et d’amour du prochain.

 

 

Avec le Prince Ghazi bin Mohammed à la mosquée d'Amman (AFP/ALBERTO PIZZOLI)

Avec le Prince Ghazi bin Mohammed à la mosquée d'Amman (AFP/ALBERTO PIZZOLI)

Ce même prince Ghazi, ce samedi 9 mai, s’est adressé au pape Benoît XVI pour le remercier de « ses gestes d’amitié et ses bonnes actions envers les musulmans ». Evoquant le Dieu « Très haut et miséricordieux », formule traditionnelle de l’islam pour désigner Allah, le pape a salué la « détermination des responsables civils et religieux jordaniens à s’assurer que le versant public de la religion reflète sa véritable nature », qui est de « rechercher ce qui est juste et vrai » au « service du bien commun ». S’inscrivant en faux contre ceux qui soutiennent que « la religion est nécessairement cause de division dans notre monde », le pape a souligné que « c’est souvent la manipulation idéologique de la religion, parfois à des fins politiques, qui est le véritable catalyseur des tensions et des divisions, et parfois des violences dans la société. » Aussi a-t-il invité « musulmans et chrétiens à être cohérents avec leurs principes et leurs croyances » en s’efforçant de défendre « la dignité de toute personne humaine ».

 

 

Si le discours fut très applaudi, il n’est pas sûr pour autant qu’il ait levé toutes les préventions. Au sortir de la mosquée, plusieurs hauts dignitaires musulmans ont fait savoir qu’ils auraient apprécié « un message plus direct et plus clair » après les propos de Ratisbonne jugés « insultants pour le prophète ». Une offense qui, visiblement, a du mal à passer. De Moïse à Mahomet, la route paraît bien longue pour le pèlerin Benoît XVI…

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Vendredi 8 mai, Amman, Jordanie

Vendredi, mai 8th, 2009

L’amour qui sauve

Dans la vieille ville d'Amman, ruines romaines, chrétiennes et musulmanes mêlées

Dans la vieille ville d'Amman, ruines romaines, chrétiennes et musulmanes mêlées (A. d'A.)

 

 

 

 

 

 

Une « visite historique ». C’est ainsi que la presse jordanienne – de langue arabe ou anglophone – qualifiait ce matin, avec une belle unanimité, la venue du pape Benoît XVI prévue en début d’après-midi. Pour lors, en ce vendredi ensoleillé, jour de prières pour les musulmans, la capitale Amman prend son temps avant de se rendre à la mosquée comme il est demandé à tout bon croyant. Dans les rues désertées, le flâneur découvre alors, agréable surprise, les charmes insoupçonnés d’une cité d’ordinaire saturée des bruits de la circulation. Un silence dont il faut profiter en se rendant à la citadelle plantée sur l’une des sept collines – djebel, en arabe – sur lesquelles s’est bâtie l’antique cité de Rabba des Ammonites, peuple dont elle tire son nom actuel.

 

Là, sur ce promontoire qui domine les quartiers Est de la vieille ville, l’histoire semble arrêtée. Ou peut-être ne fait-elle que passer comme en témoignent les vestiges mêlés des occupations successives : romaine, avec les imposants restes du temple de Neptune, chrétienne qui bâtit la majestueuse basilique byzantine transformée plus tard, sous les Ommeyades, en mosquée, et aujourd’hui superbe ruine. En contrebas de la colline, la mosquée Hussein, toujours en activité elle, s’apprête à accueillir les fidèles pour le traditionnel prêche de l’imam. Aux abords de l’édifice, il se murmure que celui-ci devrait évoquer la venue du « Baba », le chef des chrétiens.

 

JORDAN-POPE

Le roi Abadallah II et de son épouse, la reine Rania, accueillent le pape à l'aéroport (AFP/PATRICK BAZ)

Comme indiqué  sur le programme réglé à la minute près,  le vol Alitilia AZ4000 s’est posé à 14 h 30, heure locale, sur l’aéroport Reine Alia d’Amman. Et ceux qui, après l’épisode de la petite phrase sur le préservatif prononcée, en avril dernier, lors du précédent voyage pontifical en Afrique, guettaient une nouvelle polémique à la descente d’avion, en auront été pour leur frais. A bord, Benoît XVI a certes accepté de répondre, durant une dizaine de minutes, aux questions des journalistes accrédités qui l’accompagnent – quelque 70 personnes au total –  , mais s’en est tenu avec prudence à des considérations générales (entretiens avec les journalistes : le texte en italien). D’abord sur son espérance de voir l’Eglise catholique jouer un rôle, comme force spirituelle, dans le processus de paix au Proche-Orient. Puis en insistant, de manière plus originale, sur la nécessité de développer un dialogue interreligieux tripartite entre juifs, chrétiens et musulmans.

 

C’est à ces derniers qu’il destinera l’essentiel de son premier discours prononcé lors de la cérémonie de bienvenue à l’aéroport international en présence du roi Abadallah II et de son épouse, la reine Rania, ainsi que des nombreux officiels venus l’accueillir (lire l'intégralité du discours : source La Croix). « Ma visite en Jordanie me donne l’heureuse occasion de dire mon profond respect pour la communauté musulmane », lance-t-il ainsi à l’assemblée, non sans avoir rappelé, au préalable, son attachement à la liberté religieuse considérée comme un « droit humain fondamental et inaliénable ». Dans un hommage appuyé à l’actuel souverain jordanien, et à son père et prédécesseur, le roi Hussein, dont il a salué la politique d’ouverture, le pape a prôné une « alliance des civilisations entre l’Occident et le monde musulman », invitant à promouvoir les valeurs de paix et de justice et à mettre en échec ceux qui, au contraire, considèrent « inévitables la violence et les conflits », en particulier tous les « extrémistes ». Rappelant les avancées obtenues à l’automne dernier, lors de la tenue du Forum catholico-musulman à Rome, Benoît XVI a enfin invité les deux traditions religieuses à approfondir le nécessaire dialogue à partir du « rôle central du commandement de l’amour » qui leur est commun.

 

Le pape Benoît XVI salue les enfants du roi et de la reine de Jordanie, à son arrivée au Palais royal à Amman. (AFP /ALBERTO PIZZOLI)

Le pape Benoît XVI salue les enfants du roi et de la reine de Jordanie, à son arrivée au Palais royal à Amman. (AFP /ALBERTO PIZZOLI)

 

 

 

 

 

 

L’amour qui sauve (Jean 12, 32) : c’est la parole forte que l’on retiendra de la seconde visite en terre jordanienne, intervenue en milieu d’après-midi. Lieu du rendez-vous : le centre Regina Pacis, à une vingtaine de kilomètres de la capitale. Une campagne de collines où l’olivier dispute sa place au rocher, endroit rêvé pour bâtir ce lieu d’accueil, de soins et d’insertion sociale destiné aux personnes handicapées fondé en avril 2004 par le patriarcat latin de Jérusalem et placé, depuis, sous l’autorité du dynamique vicaire du patriarcat d’Amman, Mgr Salim Sayegh.

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Notre-Dame de la paix : pouvait-on choisir plus belle figure tutélaire pour ce voyage ? Et comment mieux commencer ce pèlerinage que dans la rencontre avec ceux « marqués par la souffrance ou les épreuves » mais qui n’ont pas « renoncé à l’espérance ». Un symbole fort pour les quatre mille personnes réunies dans la cour du Centre Régina Pacis, venus de toute la Jordanie et au-delà, pour communier avec le pape dans la foi en « l’amour inconditionnel de Dieu, qui donne vie à chaque être humain, donne une dignité, un sens et un but à toute vie humaine » (lire lintégralité du discours. Source: la Croix). Une foule jeune, joyeuse et bien décidée à ne pas ménager sa voix pour dire son enthousiasme.

 

« Benedetto, benvenuto », scande ainsi, avec force, la petite troupe emmenée par le Père Fadi Tabet, venue en renfort du Liban voisin. Directeur de « La Voix de la charité », première radio chrétienne du Moyen-Orient, le Père Tabet est une figure locale sans équivalent. Cheveux mi-longs tirés en arrière, barbe soignée, costume noir cintré, ceinture de marque et escarpins lustrés, il aurait pu faire sans problème une carrière au cinéma. Il a choisi de parler aux jeunes de Jésus-Christ, à sa manière : en musique et sans complexe. Et à voir l’effet d’entraînement qu’il provoque chez les adolescents – et les adolescentes – on se dit que sa méthode et son habit peu orthodoxes ont finalement du bon.

 

L'arrivée au centre

 

 

 

Il est 15 h 31 et la température monte encore d’un cran quand se présente, enfin, le cortège officiel. Vibrant à l’unisson de la foule restée à l’extérieur, une grande clameur ponctuée de youyous s’élève de la chapelle quand Benoît fait son entrée. Il sourit, tend les bras, presse des mains, visiblement heureux de cette première vraie rencontre avec le peuple chrétien jordanien. Puis il s’agenouille devant l’autel et, instantanément, le silence se fait. « A la différence des pèlerins du passé, je ne viens pas avec des présents ou des offrandes. Je viens simplement avec une intention, une espérance : prier plus particulièrement pour le don précieux de l’unité et de la paix, très spécialement au Moyen Orient (…) Prier pour un paix durable qui naît de la justice, de l’intégrité et de la compassion, la paix qui surgit de l’humilité, du pardon et du désir profond de vivre en harmonie les uns avec les autres », dira-t-il plus tard avant d’entonner, avec l’assemblée, le Notre Père chanté en arabe.

 

Au Centre

Paroles exigeantes que celles de ce Pape qui annonce d’emblée qu’il vient, les mains vides, nous inviter à croire en cet « amour sauveur » qu’évoque l’Evangéliste Jean. Auront-elle été entendues ? L’heure n’est pas encore aux questions, mais à la fête et à la joie. Déjà, quelques-uns s’avancent vers le Saint-Père, les bras chargés de cadeaux. C’est d’abord deux jeunes trisomiques qui lui remettent un somptueux tabernacle d’argent et d’or orné d’un agneau. Puis deux scouts viennent poser sur les épaules du pape ce foulard de tête brodé rouge et blanc qui résume l’identité bédouine. Benoît XVI, tout sourire, ne paraît pas s’en effrayer. Le Saint-Père en keffieh : les journalistes tiennent leur cliché ! (voir photo)

 

La messe au Centre

 

 

 

Puis, c’est au tour de deux jeunes femmes en fauteuil roulant de se présenter. Parmi elles, May, 27 ans,  a rejoint le centre Regina Pacis depuis six mois. C’est ici qu’elle a découvert qu’elle n’était pas seulement handicapée, mais qu’elle avait aussi un talent pour la céramique, la mosaïque et les bijoux. Que derrière ce corps cabossé, il y avait une âme d’artiste. Au pape, May avoue qu’elle n’a pas su quoi dire. « J’ai juste pu embrasser sa main. » Ce qu’elle pense de cette rencontre, de ce voyage ? « Je suis heureuse. Que dire d’autre ? », réplique-t-elle simplement.

 

Dehors, les journalistes ont pris d’assaut les officiels, les gens importants, les experts. « Ce pèlerinage commence bien, mais la Jordanie est la partie la plus facile. C’est une fois passé le Jourdain, en Israël, que la politique va s’inviter dans le débat. Et là, le jeu sera plus compliqué » , lâche l’un d’eux aux micros tendus.  May, elle, est restée prier encore un moment dans la chapelle. « Pour dire merci à Dieu », lâche-t-elle.

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Jeudi 7 mai 2009, Amman, Jordanie

Vendredi, mai 8th, 2009

 

En attendant Benoît XVI

 

Comme un retour aux sources, Rome, capitale mondiale de l’Eglise universelle, a rendez-vous avec Jérusalem, la cité où se sont rejoints, il y a de cela plus de deux mille ans,  l’Ancien et le Nouveau Testament. Mais auparavant, il y aura le détour obligé par la Jordanie, cette partie de la Terre sainte qui refuse d’être oubliée. Comme Paul VI et Jean-Paul II avant lui, le pape Benoît XVI a donc fait sienne la tradition qui veut que tout pèlerinage pontifical sur les lieux de l’Incarnation passe d’abord par Amman, première étape d’une visite qui le mènera jusqu’au vendredi 15 à travers la Jordanie, Israël et les Territoires palestiniens. Ce qui, entre parenthèse, signe le premier « record » de ce voyage puisque les prédécesseurs du Saint-Père n’avaient passé eux,  respectivement, que trois et six jours dans la région.

L'accréditation des journalistes

Au centre de presse d'Amman, l'accréditation des journalistes

 Cette fois, Benoît XVI foulera, trois journées durant, le sol jordanien (voir le programme). Un « événement » auquel les autorités semblent bien décider à donner le maximum de publicité tant il offre au pouvoir en place une visibilité inaccoutumée sur la scène internationale. Ainsi, pour l’occasion, les portraits du souverain Abdallah II qui ornent, à intervalles réguliers, les murs de la ville ont accepté de partager la vedette avec les fanions blanc et jaune aux  armes du Vatican qui flottent désormais sur les grandes artères de la cité. Une démonstration qui n’a pas l’air de heurter une population qui, bien qu’à 95 % musulmane, semble tirer, dans sa grande majorité, une certaine fierté de cette visite du chef des chrétiens. «  C’est un honneur pour nous de recevoir un personnage si important. C’est un homme de foi qui vient apporter un message d’espoir. Des mots que tous les hommes de bonne volonté ont envie d’entendre, quelle que soit leur religion », me confie, avec le peu d’anglais qu’il sait, Nidal, 46 ans, le chauffeur – musulman – qui me conduit à l’évêché de l’Eglise latine d’Amman, dans le quartier huppé d’Al Sweifieh. « La société jordanienne est une société paisible où musulmans et chrétiens savent vivre en bonne intelligence, me confirme – dans un Français parfait – le Père Kildani, chancelier de l’évêché. Tous les Jordaniens, sans distinction, regardent avec amour et respect le Saint-Siège et voient le pape comme un homme de justice et de paix. »

A l'évêché de l'Eglise latine d'Amman, les derniers préparatifs avant l'arrivée de Benoît XVI

A l'évêché de l'Eglise latine d'Amman, les derniers préparatifs avant l'arrivée de Benoît XVI

 

 

 

Trop beau pour être vrai ? Le Père Kildani ne manque pas d’arguments pour convaincre les circonspects. Par exemple, cette anecdote qu’il garde du précédent voyage de Jean-Paul II, en mars 2000.  »J’avais commenté la visite à la demande de la télévision nationale jordanienne et, deux ou trois semaines après, un commerçant musulman chez qui j’ai l’habitude d’acheter mon café m’accueille avec un grand sourire et m’interpelle ainsi : « Vous savez, j’ai tout suivi sur mon poste, mais ce n’est pas bien de dire que le pape, c’est le vôtre. C’est le pape de tous les hommes qui veulent la fraternité !  »», raconte-t-il. « Oublié, vraiment, la polémique née du discours de Ratisbonne qui avait enflammé le monde musulman ? », insiste le journaliste. Un épisode que mon interlocuteur balaye de la main pour signifier qu’il appartient désormais au passé. « Vous savez, les Jordaniens ne sont pas des fanatiques. Même  les Frères musulmans, qui représentent ici l’islam le plus radical et ont demandé des excuses publiques pour ses propos jugés insultant, ont renoncé au langage de la provocation pour un dialogue constructif. Je suis certain que l’immense majorité des Jordaniens auront à cœur d’accueillir  Benoît XVI aussi dignement qu’ils l’ont fait pour Jean-Paul II », soutient le Père Kildani.

 

Le Père Kildani montre les souvenirs laissés par le pape Jean-Paul II lors de son voyage en mars 2000

Le Père Kildani montre les souvenirs laissés par le pape Jean-Paul II lors de son voyage en mars 2000

Pour lors, à l’évêché, on s’active à régler les derniers détails malgré la fatigue et l’heure tardive. Dans un bureau, trois jeunes volontaires font et refont le compte des groupes attendus pour assister à la grande messe prévue, dimanche 10 mai, au stade international d’Amman : si l’addition est bonne quelque 25 000 personnes devraient assister à la célébration. Dans une autre pièce, Majdi Dayyat, responsable du Centre Notre-Dame de la paix, vérifie la liste des invités qui auront le privilège d’accompagner le pape dans sa visite. Sami Hanna, lui, met la dernière main à la décoration de la salle à manger où dînera le pape au soir de son arrivée. Dans l’armoire qui flanque l’un des murs, on a pieusement conservé l’assiette et la tasse à la café dont se servit Jean-Paul II lors de son passage. Une étagère est déjà prévue pour présenter les couverts qu’utilisera le tant attendu Benoît XVI.

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Le  programme jordanien 

Après la cérémonie de bienvenue à l’aéroport Reine Alia, prévue ce vendredi 8 mai, à 14 h 30 (heure locale), le pape doit en effet effectuer une première visite au Centre Notre-Dame de la paix - fondé en 2004 par le patriarcat latin de Jérusalem et géré par l’Eglise de Jordanie – pour s’occuper de l’accueil, des soins et de la réinsertion sociale des personnes handicapées. De là, il se rendra dans le quartier de Maqar où se trouve le palais royal Al-Hussein, résidence officielle des souverains jordaniens, pour une visite de courtoisie – c’est le terme diplomatique utilisé – à ses hôtes, le roi Abdallah II et son épouse, la reine Rania.

Le lendemain, samedi 9 mai, après une messe privée célébrée dès  7 h 15 dans la chapelle de la nonciature d’Amman, Benoît XVI se rendra à la basilique-mémorial du Mont Nebo, au sud d’Amman, promontoire d’où le patriarche Moïse aperçut la Terre promise sans pouvoir y pénétrer (Deutéronome 34, 1-5). De là, le pape ira à Madaba, l’antique Medba de la Bible, connue pour la splendide mosaïque byzantine qui orne l’église orthodoxe de Saint-Georges, représentation de la Palestine la plus ancienne connue à ce jour (VI siècle). Il devrait y bénir la première pierre de la future université catholique de Magdaba,  voulue par le patriarcat latin. Une heure plus tard, retour à Amman pour une visite du musée Hachémite et de la mosquée Al-Hussein Bin-Talal avant une rencontre avec les chefs religieux musulmans, le corps diplomatique et les recteurs d’universités jordaniennes. En fin d’après-midi, Benoît XVI célébrera les vêpres avec les prêtres, les diacres, les séminaristes, les consacrés et les mouvements ecclésiaux en la cathédrale grecque-melkique Saint-Georges de Amman.

Dans les rues d'Amman, le drapeau aux armes du Vatican

Dans les rues d'Amman, le drapeau aux armes du Vatican

 

Le grand événement populaire aura lieu le dimanche 10 mai au stade international d’Amman où sera célébré une messe où sont attendues quelque 25 000 personnes. La célébration sera suivie d’un déjeuner avec les patriarches et les évêques de Terre sainte. Puis le pape se rendra à Béthanie, sur le Jourdain, à la frontière entre Jordanie et Isarël, au lieu du baptême du Christ (Jean 1, 26-28 et Marc 1, 9-12) où le pape consacrera la première pierre d’une église latine et d’une église gréco-melkite.


Après une messe privée célébrée tôt le matin du lundi 11 et la cérémonie de congé à l’aéroport international d’Amman, Benoït XVI s’envolera à 10 h 30 (heure locale) pour Tel Aviv, en Israël, seconde partie de son voyage.

 

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